Le shiho nage exécuté sur cette vidéo par maître Saito en mode kotai, est un livre ouvert pour qui veut bien consacrer un peu de temps à regarder les détails du mouvement.

1 – Ce n’est pas uke qui initie la technique, c’est maître Saito. Tori reçoit donc l’attaque telle qu’il l’a anticipée, ou si l’on veut préparée.

2 – Il n’y a aucun recul de la part de tori : l’angle pris au moment du changement de hanmi est l’angle idéal pour trouver le déséquilibre d’uke tout en portant atemi. C’est cet angle qui va permettre à tori de donner au bras d’uke l’extension nécessaire à ce que la rotation qui suit s’effectue de manière efficace et hors de portée du bras libre de l’adversaire.

3 – Les deux mains de tori saisissent le bras d’uke dans un ordre très précis et invariable pour tous les shiho nage : la main de tori qui est le plus près de l’extrémité du bras d’uke saisit la base du pouce, elle est première à saisir, la seconde main qui a frappé au visage finit sa course en saisissant l’avant-bras d’uke, juste au-dessus de la première main.

Cette manière de faire, très visible sur la vidéo, est rationnelle dans le cours du mouvement, et il se trouve que c’est elle aussi qui permet à tori de parvenir au moment de la projection proprement dite avec les mains décroisées : c’est parce que les mains sont croisées au départ de la rotation que la main de tori qui tient la base du pouce peut donner au bras d’uke une bonne extension, et c’est parce qu’elles sont ainsi croisées au départ de la rotation que la rotation les décroise naturellement pour atteindre la saisie la plus puissante et la plus efficace.

Inverser cette position des mains au départ du mouvement, c’est empêcher l’extension du bras d’uke, donc empêcher son déséquilibre, et par conséquent pivoter dangereusement sous le bras d’un adversaire en équilibre. A supposer que tori parvienne quand même au bout de la rotation, sa saisie de l’avant-bras d’uke et son rapport à uke sont alors bien trop faibles pour lui permettre de projeter un adversaire solide.

4 – A la fin de la rotation, l’avant-bras d’uke est porté au-dessus de la tête de tori tel un sabre, les deux mains de tori sont parfaitement au sommet du crâne, elles ne tombent pas sur le côté de sa tête. Ce moment constitue dans la méthode la fin de la rotation, uke est ensuite amené au sol – en sens contraire de la rotation initiale –pour rendre sa chute confortable et éviter toute blessure. Dans la réalité, la rotation initiale doit être menée jusqu’au contact des cervicales d’uke avec le sol, mais ce mouvement développe une très grande puissance et enlève toute possibilité à uke d’amortir sa chute, c’est pourquoi la méthode interdit de l’exécuter jusqu’à son terme. Cet aspect des choses est particulièrement net sur la vidéo de maître Saito.

Philippe Voarino, juillet 2019.