Soto kaiten nage est l’un des exercices de la méthode qui est directement applicable dans la réalité d’une attaque de groupe.

Il permet en effet à tori d’entrer dans l’angle avant droit ou gauche, selon la saisie d’uke, de quitter le centre des attaques des adversaires où il se trouvait, et d’y projeter uke dans le même mouvement pour faire diversion.

Pour cela, il est important que tori effectue une rotation à 180°. Il est important que cette rotation soit faite avec le sentiment de kokyu (utilisation du tekatana, le tranchant de la main), afin d’obtenir le contrôle et le déséquilibre d’uke. Maître Saito insiste sur ce point dans la vidéo.

Le pas en retrait de la jambe avant, qui intervient dans un second temps, permet de descendre uke et de contrôler le sommet de son crâne. Il doit être réalisé avec un angle, c’est la condition du déséquilibre d’uke. Si le pas est pris tout droit vers l’arrière, parallèlement à la position d’uke, ce dernier n’est pas déséquilibré et il a envie de lâcher sa saisie du poignet. L’angle utilisé par maître Saito est clairement visible sur la vidéo, il est de 45° environ.

Enfin, il a souvent été répété sur ce site que tout mouvement d’Aikido vient nécessairement d’une poussée de la jambe arrière, et que cette poussée n’est possible que dans la mesure où la jambe arrière reste en place quand elle est exercée. Il en est ainsi par exemple dans le deuxième suburi de ken, où l’on ne doit pas avancer la jambe et couper ensuite, il faut au contraire couper d’abord et avancer la jambe ensuite. Avancer la jambe trop tôt est la garantie d’exposer le corps et de se priver de toute puissance. On voit sur la vidéo, au geste rageur de maître Saito (zenzen dame) quand il explique la nécessité de cette juste coordination, combien ce point avait d’importance dans son enseignement. La jambe arrière avance naturellement, en son temps, quand elle est tirée par la rotation des hanches qui frappent. Avancer la jambe arrière trop tôt, quel que soit le mouvement, est une faute majeure en Aikido, une faute qui peut coûter la vie dans un engagement réel.

J’ajoute ici cette remarque personnelle de maître Saito à l’occasion de ce stage que j’avais organisé pour lui, et à qui l’attitude des pratiquants paraissait trop ludique : "Philippe, me dit-il le soir dans l’ascenseur de l’hôtel, réfléchissant sur la journée écoulée, si l’Aikido ne peut plus servir à sauver la vie de quelqu’un qui est en danger, alors il ne sert à rien". C’est Daniel Boubault, qui était aussi dans cet ascenseur, qui m’avait traduit ces propos. C’était il y a trente ans, l’Aikido moderne était déjà arrivé sur les tatamis, et maître Saito s’en désolait.

Philippe Voarino, juillet 2019.