Autant faire du vélo !

Je viens de lire l'entretien avec Alain Guerrier publié dans Aikido journal n°17.

Dans les années 1976/77, époque où il rentrait du Japon, Alain enseignait parfois à l'université de Sciences de Nice et j'ai participé à quelques uns de ses cours. Depuis une trentaine d'années, nos chemins mutuels se sont séparés, mais j'ai suivi de loin son parcours. Il fait partie des quelques professeurs d'Aikido français qui méritent qu'on les écoute quand ils prennent la parole car il possède une qualité estimable : le franc parler.

Ce n'est un secret pour personne, l'Aikikai n'a jamais reconnu qu'O Sensei enseignait l'aiki ken et l'aiki jo comme étant une partie intégrante de l'Aikido. Et je me suis toujours demandé si cette position était la conséquence d'une ignorance profonde de ce que sont aiki ken et aiki jo, ou bien si elle était le résultat d'un calcul.

Le discours d'Alain Guerrier m'ouvre les yeux. Comme toujours, la vérité est dans le milieu.

Il y a visiblement des professeurs d'Aikido sincères qui pensent, comme Alain, qu'une pratique habituelle des armes ne peut pas servir à l'Aikido.

A ceux-là, et contre toute attente, je dis qu'ils ont parfaitement raison. Je joins ma voix à la leur. Cent pour cent d'accord, j'applaudis des deux mains... et je m'explique.
Dans l'esprit des professeurs qui tiennent ce discours, « les armes », ce sont le ken jutsu, le jodo, le iaido... que l'on étudie au Japon dans des dojos spécialisés auprès d'excellents experts.

Si l'on imagine que l'étude de ces disciplines peut être d'une aide quelconque pour l'Aikido, alors, je me range au nombre des détracteurs des armes et je le dis tout net, avec plus de force qu'eux encore : autant faire du vélo !

Parce que le principe de l'Aikido est sans rapport avec ce que l'on enseigne dans ces écoles d'armes:

Ce que j'appelle aiki n'a rien de commun avec ce que l'on a appelé aiki jusqu'ici.-- O Sensei

Alain Guerrier explique d'ailleurs que maître Yamaguchi, pourtant 7ème dan de ken jutsu, ne mélangeait pas cette connaissance avec l'Aikido. Je vois là une très grande sagesse de la part de ce maître et une parfaite confirmation de mon propos. Car l'Aikido en effet n'a rien de commun avec le ken jutsu.

Où donc alors faut-il chercher l'erreur, puisqu'en réalité l'Aikido privé de la pratique du ken et du jo est comme un pianiste privé de l'usage d'un bras ?

Dans ce simple détail : l'aiki ken et l'aiki jo non plus n'ont rien de commun avec toutes les écoles d'armes qui peuvent exister au Japon. Bien sûr on y manipule, vu de l'extérieur, les mêmes instruments. Un sabre ressemble toujours à un sabre et un bâton à un bâton évidemment. Mais ce que l'on tient dans les mains n'est qu'une image. L'erreur consiste à s'arrêter à cette apparence. Car ce qui compte c'est la manière d'utiliser ces instruments. O Sensei par exemple aimait démontrer la notion d'irimi en utilisant un éventail. Dira-t-on, parce qu'il avait un éventail à la main, qu'il ne faisait plus d'Aikido ? Et bien pareillement quand O Sensei maniait un ken ou un jo, il ne faisait pas du Yagyu, du Shinkage, du Katori, du Kashima, ou du Muso ryu. Il faisait une chose nouvelle, inconnue jusqu'alors, il faisait de l'aiki ken et de l'aiki jo. C'est-à-dire qu'il faisait de l'Aikido. C'est pourquoi les experts de toutes ces autres écoles considéraient d'un œil curieux et perplexe l'originalité de ses techniques d'armes.

Ueshiba Sensei avait un style très personnel avec le jo ou le ken. Bien entendu, certains manient l'épée suivant différentes méthodes anciennes, d'autres en accord avec les règles du Kendo moderne, ou bien encore suivent le style Muso ryu de maniement du jo. Mais il est impossible d'exprimer l'esprit d'O Sensei au travers du jo de ces différentes écoles. A moins de pratiquer l'art de Ueshiba Sensei, vous ne pouvez pas exprimer son esprit.

Le personnage qui s'exprimait ainsi, interviewé par Stanley Pranin en 1984 (Les maîtres de l'Aikido, p 187.), n'était pas un fanatique partisan d'Iwama, c'était une très haute autorité de l'Aikikai : Rinjiro Shirata (1912 - 1993).

Il semble donc qu'aujourd'hui existe une catégorie de professeurs d'Aikido qui n'ont pas compris cela et qui, en toute bonne foi, confondent l'aiki ken et l'aiki jo avec les divers enseignements prodigués au sein des innombrables ryu d'armes japonais. Cette confusion est la marque de l'ignorance de ce que sont en réalité l'aiki ken et l'aiki jo. Et cette ignorance est elle-même la simple conséquence du fait qu'ils n'ont jamais eu l'opportunité d'étudier sérieusement l'aiki ken et l'aiki jo. Et qu'on ne peut tout simplement pas avoir une idée juste de ce qu'on ne connaît pas.

En revanche quand je lis les propos de Monsieur Fujita, auxquels Alain Guerrier semble accorder un certain crédit, je ne perçois pas du tout la sincérité, j'entends la langue de bois administrative.

Ainsi, bon peuple, la pratique intensive du ken et du jo dans laquelle O Sensei s'est immergé à Iwama entre les années 40 et les années 60 c'est-à-dire, par pure coïncidence, au moment même où l'Aikido a été créé, cet aiki ken et cet aiki jo qu'il pratiquait et enseignait chaque matin, tout cela n'était en réalité pour lui qu'un divertissement, une distraction. Aux heures perdues certains font du jardinage, d'autres font du tricot, O Sensei, lui, faisait du ken et du jo. Un hobby en somme. Morihei Ueshiba était un dilettante.

Merci Monsieur Fujita d'éclairer, par cette information décisive, la lanterne des quelques Occidentaux qui ont pu imaginer, dans leur égarement, que les dizaines de milliers d'heures consacrées par O Sensei à la mise au point de mouvements de ken et de jo en symbiose avec les mouvements à mains nues aient pu avoir la moindre importance dans la conception de l'Aikido.

C'est pour le coup qu'on a envie de s'asseoir dans l'herbe et de rigoler comme notre ami Stéphane Benedetti, avec un verre de vin pour faire passer l'énormité du propos.

Qu'Alain me pardonne si je n'ai pas pour Monsieur Fujita la même estime que lui - peut-être n'ai-je pas non plus la même naïveté - mais je ressens comme un très grand mépris l'attitude qui consiste à faire prendre aux gens les vessies pour des lanternes. Monsieur Fujita, qui est Secrétaire Général et surtout Eminence Grise de l'Aikikai depuis de très longues années, n'a bien sûr, comme tant d'autres enseignants de l'Aikikai, jamais appris d'O Sensei l'aiki ken et l'aiki jo. Il n'a donc aucune idée de ce que cela représente dans l'Aikido. Mais sa préoccupation de toute façon n'est pas de rechercher honnêtement, comme Alain Guerrier, la vérité de la pratique du ken et du jo en Aikido. De cela il n'a cure. Son souci à lui, d'une autre nature, est de maintenir coûte que coûte la ligne politique choisie par l'Aikikai. Cette ligne politique consiste à éradiquer de l'Aikido la pratique du ken et du jo : dans le cadre de son plan mondial d'expansion politico-économique, l'Aikikai a choisi d'expurger l'Aikido de toute référence aux armes pour la raison que cette référence risquait d'être mal interprétée par une société internationale à peine sortie de la guerre mondiale, avide de paix, et à laquelle on présentait justement l'Aikido comme discipline d'harmonie et d'amour.

Eu égard à ce choix politique, Iwama a toujours été considéré comme un empêcheur de tourner en rond. C'est la raison de la guerre souterraine que lui livre l'Aikikai depuis la mort d'O Sensei.

Je formulerai donc la réponse à l'interrogation que j'évoquais au début de cet éditorial de la manière suivante.

Il est certain que règne dans le monde de l'Aikido une grande ignorance de ce que sont en réalité l'aiki ken et l'aiki jo d'O Sensei. Cette ignorance a provoqué dans les esprits sincères une confusion entre deux choses qui appartiennent pourtant à des mondes différents : l'aiki ken et l'aiki jo d'une part, et les armes telles qu'elles sont pratiquées dans les ryu japonais spécialisés d'autre part. Ce malentendu est à l'origine du rejet parfois radical « des armes » par de nombreux professeurs d'Aikido. Il est significatif, d'ailleurs qu'ils utilisent ce terme d'« armes » plutôt que ceux d'aiki ken et aiki jo.

Mais, par ailleurs, cette ignorance est utilisée de manière malhonnête par des esprits falsificateurs qui entretiennent volontairement la confusion, afin d'orienter l'Aikido vers le créneau lucratif des disciplines d'expression corporelle où le sabre et la lance pourraient faire mauvais genre dans la bouillie spirituelle qu'on y présente en guise de valeurs d'harmonie et d'amour.

Avec tout le respect que j'ai pour Alain Guerrier, je voudrais lui dire qu'il commet une erreur d'appréciation en pensant que c'est à cause des armes que l'Aikido d'Iwama est «rigide et plutôt dur». L'étude du ken et du jo n'y est pour rien. La raison véritable de la pratique rugueuse d'Iwama, c'est que là où Alain Guerrier a cru voir l'Aikido d'Iwama, il n'y a en réalité pas encore d'Aikido.

A Iwama, les débutants ont effectivement un travail très carré. Quand on construit patiemment et laborieusement les fondations de sa maison, elle n'a pas encore la fière allure qu'elle prendra peut-être une fois sortie du sol. De même que les fondations ne sont pas encore la maison, le débutant à Iwama ne fait pas encore d'Aikido : il apprend une sorte de gymnastique préparatoire à l'Aikido, il construit la possibilité de faire de l'Aikido un jour peut-être. A Iwama on reste longtemps débutant. Jusqu'au 3ème dan généralement. Mais il arrive aussi qu'on reste débutant toute sa vie, car la meilleure méthode comporte ses dangers et notamment celui de s'enfermer dans cette méthode et de ne plus jamais en sortir. C'est ce que Stéphane Benedetti appelle très justement dans ce même numéro 17 d'Aikido journal « la forteresse du désert des Tartares ». Alain Guerrier a pris le travail de ces débutants, voire de ces débutants attardés, pour de l'Aikido. Ce n'était encore que de la gymnastique.

La méthode Iwama, n'est pas infaillible. Qui le conteste ? Mais quelqu'un voudrait-il avoir l'amabilité de m'indiquer sur cette terre un parcours qui soit sans aucun risque ?

Alors, une fois évalués les dangers d'une méthode, il est juste aussi d'en reconnaître les qualités. La qualité première de la méthode d'apprentissage utilisée à Iwama est de permettre à tout pratiquant de comprendre ce qu'il fait sur un tapis d'Aikido, et pour cette raison de le faire avec justesse, précision et vérité, en conformité avec les lois immuables sur lesquels se greffera plus tard cette fluidité évidemment indispensable à l'Aikido. En utilisant pour ce faire tous les outils qu'O Sensei a façonnés et laissés à notre disposition, c'est-à-dire le tai jutsu, le ken et le jo.

A l'opposé de la méthode Iwama se trouve la méthode Aikikai. Cette méthode est en réalité une absence de méthode que l'on pourrait résumer ainsi : bougez, du mouvement sortira quelque chose !

Je vais peut-être surprendre, mais je considère que cette manière d'apprendre a de grands avantages. En effet, aucun cadre rigoureux ne fait ici courir au pratiquant le risque de s'enfermer dans une pratique trop rigide en confondant le moyen et la fin, c'est-à-dire en prenant la méthode pour l'Aikido.

Malheureusement, et c'est tout le problème, l'absence de cadre rigoureux n'est pas sans contrepartie. Elle exige trois conditions :

  • un professeur pour très peu d'élèves, car seule une grande proximité permet de redresser les erreurs de l'apprentissage au fur et à mesure qu'elles apparaissent,
  • un professeur formé de manière complète, c'est-à-dire dans la compréhension du lien qui unit les techniques de corps aux techniques d'armes de l'Aikido,
  • un professeur expérimenté, capable de gérer avec finesse une transmission du savoir privée du garde-fou que constitue une méthode rigoureuse.

Ces conditions d'apprentissage ont existé, elles étaient celles des petits ryu japonais où l'Aikido est né. Mais elles ne sont plus celles de l'enseignement moderne. 3200 aikidokas réunis à la Halle Carpentier à Paris. Le Monde fait un article. Bravo pour la promotion. Mais qui pose le problème de la transmission du savoir dans de telles conditions ? Qui pose le problème de la formation d'enseignants qui ne soupçonnent même pas qu'il existe un lien fondamental entre les mouvements du ken, du jo, et les mouvements à mains nues de l'Aikido, et qui enseignent tranquillement des mouvements de ken jutsu dans le cadre des cours d'Aikido ?

La méthode Aikikai est appliquée par des professeurs formés de manière incomplète à des élèves trop nombreux. Ces derniers ne courent peut-être pas le risque d'être rigides et durs, ils courent en revanche celui de ne jamais accéder à la logique des mouvements qu'ils exécutent. Absents de logique, ces mouvements ne peuvent avoir ni justesse ni réalité. Uke n'est plus désormais contraint de chuter. Il apprend donc à chuter délibérément, sans nécessité : il collabore pour obéir aux règles nouvelles d'une figure imposée. La conséquence de cette pratique est la transformation de l'Aikido en un jeu de rôles, en une chorégraphie où la convention a remplacé la vérité et la réalité des mouvements et où les pratiquants sont devenus des figurants.

Aujourd'hui, l'Aikido est sans dimension. Il est vide, sans contenu. Nous ne voyons plus rien que des imitations sans aucune compréhension de la réalité (...) C'est pourquoi il ressemble tellement à une danse à notre époque.

Le personnage qui s'exprimait ainsi, interviewé en 1992 par Stanley Pranin (Les maîtres d'Aikido, p 222) était une très haute autorité de l'Aikido. Et s'il avait pris quelque distance avec l'Aikikai, il n'était pas davantage que Rinjiro Shirata un fanatique partisan d'Iwama. Il s'appelait Gozo Shioda (1915 - 1994)

Entre le Charybde d'Iwama et le Sylla de l'Aikikai, le pilote doit donc ouvrir l'œil et tracer sa route en guettant les écueils. Ce n'est pas toujours facile.

En 1986, au terme d'une dizaine d'années de pratique dans le système Aikikai, je le dis en toute franchise, il y a un geste que je regrette de ne pas avoir accompli. C'est celui auquel Maître Saito contraignit Patricia Guerri, élève de Maître Nocquet à l'époque : allumer un brasier dans un grand chaudron et y jeter son hakama. J'y aurais encore ajouté mes diplômes qui n'étaient que des bouts de papier. C'eut été pour moi le geste le plus juste à cette époque... j'étais 2ème dan Aikikai... je ne possédais aucune base.

Ceci pour dire qu'il faut un certain temps pour ouvrir les yeux et que le réveil est parfois douloureux, le pire bien sûr étant de ne jamais se réveiller. Et si la méthode Iwama comporte certains risques, comme toute chose sous le soleil, au moins procure-t-elle les outils qui font défaut à la pratique Aikikai, et permet-elle, grâce à eux, d'approcher malgré tout la porte de ce jardin où l'on s'assoit, comme dit Stéphane avec un sens rabelaisien de l'allégorie, « le cul dans l'herbe tendre ». Elle n'y mène pas tout le monde. Entendu. Et après ? Rien n'est acquis. Que veut-on ? Un supermarché de l'initiation ? Est-ce que chacun dans cette quête n'a pas aussi sa part de responsabilité ?

Philippe Voarino, Howth, 1er avril 2006

Commentaires

Bonjour,

L’article de Sensei Ph. Voarino est rassurant et instructif. Le silence est la 1ère vertu des Arts martiaux mais les mises au point de Sensei Voarino valent leur poids de sagesse (aucune flatterie ni ironie de ma part...).

Permettez moi de parler de ma petite expérience. L’Aikido à Madagascar est devenu, il me semble, une affaire de frimeurs et de snobs qui à leur position sociale dominante se plaisent à ajouter dans leur keikogi un Budo "emasculé et médiatique" pour mieux paraître au devant de la scène. L’Aikido est devenu un gadget idéologique, ce qui est malheureusement vrai dans mon pays sous-développé (dans tous les sens) : Aikido esthétique et planant ? Je rejette ça.

J’ai vu un article d’Aikido Journal) qui disait qu’à Iwama les jeunes qui pratiquaient avec O’Sensei étaient des paysans à qui il enseignait après les durs labeurs de la journée. Je me souviens que cet article évoquait les citadins de l’Aikikai venant en stage à Iwama peinaient comme des "bleus"... Et pourtant c’est ça le Budo : de la sueur et des larmes. L’Aikido est un langage universel qui se pratique avec les tripes, les jambes, les mains, au service de l’esprit... Un enfant, comme un manouvre progressent plus vite qu’un intello en Aikido. Et surtout ils sont plus sincères et honnêtes car sans arrière pensées malsaines politico-idéologiques...

Contrairement à ce qu’on a tendance à vouloir nous faire croire dans cette civilisation de l’argent (je n’écris pas "oligarchique" pour ménager les âmes sensibles), rien ne s’acquiert sans l’effort de toute une vie, et encore on ne sait pas si on aura compris quelque chose au moment de rendre l’âme.

Heureux qu’il y ait encore des Senseis comme M. Ph. Voarino pour nous rappeler la nécessaire abnégtion pour progresser sur la Voie : "désapprendre", "apprendre à apprendre", pour espérer commencer à "apprendre". L’Aikido n’est pas un produit de consommation qu’on peut vendre ou acheter comme une voiture avec option ou sans option. C’est un système : Aiki Jo & Aiki Ken & Tai Jutsu. Enlever un élément et tout devient inopérant.

Je n’ai jamais pratiqué avec des anciens élèves de Saito Sensei (je n’ai pas eu cette chance jusqu’à ce jour, Madagascar étant aux Antipodes) et je n’ai pas la prétention d’être un Aikidoka (loin de là, plus je m’entraîne, plus j’ai l’impression d’être ignare que les nouveaux arrivés), notre courant issu de l’enseignement de Tadashi Abe a souvent été décrié par les Grands Penseurs de l’Aikikai (il y en a chez nous aussi, cf. supra). Mais je sais que pour pratiquer le vrai Aikido tel qu’il est évoqué sur les colonnes du site de TAI il faut retourner au bas de l’échelle. Moi aussi je brûlerai mon hakama comme Sensei P. Guerri et jetterai mes diplômes fallacieus comme Sensei Tadashi Abe.

J’ai mis des années à comprendre que l’Aikido dont les intellectuels nous rabâchent n’est que de la danse gymnique (aérobic en hakama, il ne manque que les tambours nippons) bonne pour les mères/pères de famille voulant garder la ligne. Seuls les imbéciles ne savent pas reconnaître leurs erreurs, j’espère dorénavant l’être moins, rêvant qu’un expert de TAI voudra bien un jour s’occuper de notre cas malgache, qui mérite aussi d’être d’être dirigé sur la Voie.

Merci,

Danyk
Aikido Club de l’Académie Nationale des Sports
Antananarivo, Madagascar

Bonjour (ou bonsoir c’est selon le fuseau horaire)

Je reviens encore une fois sur l’article de Sensei Voarino. A force de le relire je finirais par le connaître par coeur, ce qui n’est pas nécessaire si on veut tout oublier. Bref, un paragraphe met le doigt sur la plaie de l’Aikido "moderne" :

"Il apprend donc à chuter délibérément, sans nécessité : il collabore pour obéir aux règles nouvelles d’une figure imposée. La conséquence de cette pratique est la transformation de l’Aikido en un jeu de rôles, en une chorégraphie où la convention a remplacé la vérité et la réalité des mouvements et où les pratiquants sont devenus des figurants ".

C’est ça l’Aikido à Madagascar aujourd’hui. J’envoie une copie de cet article à mes condisciples, si l’auteur et le site TAI m’y autorisent évidemment.

J’en connais autour de moi qui se complaisent dans ces figures de ballets, réconfortantes certes pour nage qui s’expérimente sur uke.

Les artifices doivent être bannis des dojos. Il s’agit d’un art martial, tout mouvement signifie la vie ou la mort. La vraie pratique se fait dans la conscience du danger et non pas en faisant des acrobaties de guerrier voulant épater sa Belle "plane bien et roule bien, je t’envoie virevolter autour de la salle ! je travaille pas avec toi car tu ne sais chuter d’une manière spectaculaire..."

Danyk

Bonjour, lundi 3 avril 2006
Suite aux commentaires que vous faites sur l’article PH. VOARINO (autant faire du vélo)révant qu’une personne de chez TAI vienne à Madagascar, je suis menbre du collège TAI et je suis à ta
disposition pour un stage prends contact avec moi si cela t’intéresse sur ce site.

Bonsoir Danyk. Merci pour votre commentaire. Vous pouvez évidemment faire connaître cet article si vous le souhaitez. J’ai déja indiqué qu’il n’y a pas de copyright-mania sur le site de TAI.

L’intervention d’andilo me laisse à vrai dire un peu perplexe, car les membres du Collège TAI n’ont pas de pseudo. Quand ils s’expriment ils annoncent leur nom et ils signent. Laissez-moi le temps de vérifier ce qu’il en est. De toute façon, ne laissez pas d’informations trop personnelles sur le site. N’oubliez pas que TAI sent un peu le soufre dans les beaux salons de l’Aikido. Je ne voudrais pas que votre prise de position courageuse vous rapporte des ennuis. Si vous voulez établir un contact personnel, vous pouvez le faire en écrivant au webmaster qui me transmettra.

Philippe Voarino

Bonjour Danyk. Vérification faite, c’est bien un membre du Collège TAI qui vous a répondu. Il s’agit d’Alain Grason. Vous pouvez le contacter personnellement si vous le souhaitez en écrivant au webmaster qui transmettra. Je crois qu’Alain serait très heureux de venir vous donner un coup de main à Madagascar.

Philippe Voarino

bonjour
Votre article est pour moi tres revelateur, donc tres interessant. Mais je me demandais si je pouvais avoir une petite precision historique sur la pedagogie de l’enseignement. C’est a dire est ce que c’est de son propre chef et de sa propre deduction que maitre Saito a developpe cette methode d’enseignement donc une interpretation positive de l’enseignement du fondateur lui meme. Ou est ce la methode que lui a enseigne O Sensei Uechiba ?
En fait je me demandais aussi comment cela ce faisait il que O Sensei laissa cette derive que vous decrivez dans l’enseignement ? ou laissa t il cette liberte mais alors comment peut on l’expliquer ?
Je suis desole d’etre moins structure que vous donc je pose les questions telle qu’elles me viennent mais je pense que O Sensei a du voir quand meme dans sa grande lucidite les travers de l’aikido-aikikai, non ?.
Aussi par les eleves de Jim Alcheik par exemple j’ai pu apprendre que O Sensei avait valide les etudes disgressives de Mochizuki au sein meme de son ecole avant qu’il fonde son Yoseikan. N’etait ce pas une maniere pour O Sensei de laisser se developper son art par un chemin de biais comme il l’avait fait lui meme sur le Daito ryu ? (j’ai conscience que je peux me tromper mais comme vous dites il est preferable de demander)
Pour resumer comment enseigner le Maitre fondateur ?

Cordialement

Bonjour leplombeur et merci pour votre question qui est importante et qui va me permettre de faire une mise au point dans un domaine où on entend un peu tout et son contraire.

O Sensei était un être intuitif d’une grande créativité. En lui, à travers lui, s’exprimaient de manière spontanée des impulsions qui dépassaient la dimension de sa personne, de son individualité. Un peu comme Mozart à la fin de sa vie dont on sent que ce qui parle dans ses oeuvres n’est pas simplement Monsieur Wolfgang Amadeus mais quelque chose qui s’exprime grâce à lui, quelque chose de plus grand que lui, disons l’esprit de la musique s’il faut mettre un mot sur des choses qui dépassent notre capacité de les conceptualiser.
Mozart n’avait pas besoin de solfège, il n’avait pas besoin de partition car la musique vivait et dansait en lui, il était la musique. Les notes sur une portée sont nécessaires pour apprendre la musique et pour la transcrire et la transmettre, mais elles ne sont pas encore la musique, elles sont mortes tant qu’un musicien n’est pas capable de les faire chanter, au besoin en prenant certaines libertés d’interprétation. Le solfège, c’est la méthode.

O Sensei bien sûr a appris dans sa jeunesse le solfège des arts martiaux, mais son enseignement, dans la dernière partie de sa vie, ne s’exprimait plus de manière scolaire. Il était un peu comme un musicien génial capable de jouer une symphonie dans sa tête. Aussi, pour comprendre véritablement ce qu’il faisait, fallait-il être auprès de lui chaque jour et quasiment vivre avec lui et recevoir son enseignement comme une imprégnation quotidienne. Dans ces conditions idéales de transmission les remarques techniques et les explications fusaient, car O Sensei, contrairement à ce qu’on peut lire trop souvent, expliquait et corrigeait. Mais il est vrai qu’il n’aimait pas expliquer quand il estimait que les conditions n’étaient pas réunies. Comme elles ne l’étaient pas souvent, c’est le fameux "Volez ma technique !" qui s’est imposé à tous les pratiquants de l’époque, la très grande majorité, qui ne l’ont vu que de loin, à l’occasion d’une visite, d’un cours exceptionnel, ou d’une démonstration.

Les hasards de l’histoire des individus et de la géographie on fait que Maître Saito a véritablement partagé l’existence quotidienne d’O Sensei à Iwama pendant 25 ans. Iwama étant la résidence principale d’O Sensei, contrairement à ce que laissent entendre certaines biographies du Fondateur dans lesquelles la période Iwama a été tout simplement zapée. Maître Saito a pu apprendre d’O Sensei parce qu’il était dans cette position privilégiée, parce qu’il était à la source. Mais très vite quand il a commençé à enseigner lui-même, il s’est rendu compte de l’impossibilité de transmettre une connaissance authentique de l’Aikido à des élèves qu’il ne voyait dans beaucoup de cas que trop rarement, la trop grande distance entraînant un phénomène inévitable de distorsion et de modification des techniques. Aussi l’élève-professeur Saito a-t-il demandé à O Sensei la permission de créer une méthode qui reprendrait son enseignement sous une forme plus scolaire, afin de permettre à l’immense majorité de ceux qui n’avaient pas la chance de vivre avec le Fondateur d’accéder à une connaissance de l’Aikido la plus fidèle possible à l’origine. O Sensei lui a donné cette autorisation. Mais il n’a donc pas créé cette méthode et il n’enseignait pas selon cette méthode pour les raisons que j’ai indiquées au début. Fort de cette autorisation, Maître Saito a mis au point la pratique kotai du travail à mains nues, les kumijo et les kumitachi (le sanjuichi no jo et le jusan no jo étaient pratiqués par O Sensei tels qu’ils sont aujourd’hui). Mais les kumijo et kumitachi ne font qu’inscrire dans des exercices imposés les formes exactes à l’identique qui étaient pratiquées librement et sans autre ordre que celui de l’inspiration du moment par O Sensei. Ces formes reposant évidemment sur les mêmes suburi rigoureux que respectait O Sensei.

Et bien cette permission qu’O Sensei accorda à Saito de concevoir une méthode pour la transmission de l’Aikido est en réalité la réponse à votre question : c’est la manière trouvée et à tout le moins acceptée par O Sensei pour, sinon empêcher, du moins limiter la dérive de l’enseignement dont vous parlez.

Car O Sensei était bien sûr tout à fait conscient de la dérive qui, de son vivant déjà, s’était installée à l’Aikikai. Un jour qu’il rentrait d’une visite au Hombu dojo, il se mit dans une grande colère en arrivant à la gare d’Iwama et dit :

"Ils changent mes techniques, je n’irai plus enseigner là bas désormais. Saito tu iras à ma place !"

C’est ainsi que Maître Saito assura un cours régulier chaque dimanche matin à l’Aikikai pendant une grande partie des années 1960. Et c’est ainsi avec lui que beaucoup d’enseignants de l’Aikikai apprirent les rudiments d’aiki ken et d’aiki jo qu’ils connaissent.

La carte que jouait ainsi O Sensei, en acceptant la mise en place d’une méthodologie de l’enseignement de l’Aikido par son élève Saito, avait bien peu de chances de gagner contre l’énorme machine qui se mettait en place dans le monde et dont l’Aikikai était la cheville ouvrière. Et puis Maître Saito aurait pu mourir 20 ans plus tôt, sans avoir le temps de mener à bien la mission qui lui était destinée. Une bonne étoile a fait que les choses ne sont pas passées ainsi. Ce qu’a transmis Saito de l’enseignement d’O Sensei est assez solide désormais pour vivre. La graine a pris racine, et TAI est une des forces à l’oeuvre dans le monde de l’Aikido qui s’efforce de favoriser ses chances de survie.

Bonjour,

Bien que pratiquant de style aikikai, et pratiquant a l’aikikai, j’apprecie l’eclairage de certains articles present sur ce site.

Mais je deplore, encore et toujours, que la guerre souteraine, mené en Iwama et l’aikikai, perdure !
Je deplore, qu’elle soit soutenu, des 2 cotés ! Je me dit parfois, que certain Maitre de l’aikikai, ne sont pas vraiment digne de leur titre, en menant cette guerre. Je suis rassuré de voir, qu’il en est de meme de l’autre coté !

Il faut admettre, qu’il y a aussi des "mauvais" dans les 2 styles ! Et que le choix pedagogique des 2 ecoles, comme cela a etait dit dans l’article, n’est pas efficace a 100%
Je pense que certain pratiquant, serons plus a meme de suivre un enseignement a l’aikikai, et d’autre a Iwama.
Il faut admettre, qu’il existe aussi dans le courant "Aikikai" des professeurs qui ont des bases, peu d’eleves et en sont trés proche, et qu’ils ont une "vrai recherche"

Que ce soit chez Iwama, ou Aikikai, si l’on a vraiment la passion pour l’aikikai, et l’ouverture d’esprit necessaire, on fera la demarche de trouver ces gens là !

Celui qui recherche vraiment, finira par trouver son maitre.

J’ajouterais aussi, que l’aikikai ne rejette pas les armes a ce point. J’ai moi meme, des professeurs, qui n’hesite pas a expliquer une technique, par l’utilisation du Bokken ou du Jo, au sein meme de l’aikikai !
Enfin, je ne suis pas persuadé, que la pratique d’autres arts, y compris les arts "d’armes" soit si innutile a l’aikido.
Certes, ce n’est pas de l’aikido, et il faut en etre bien concient, pour ne pas melanger. Mais des qualités martial, indispensable aux arts martiaux en general, peuvent etre acquise de cette facon. (Comme savoir faire face, avoir une vision globale, apprendre a coupé...)
Cela peut permettre aussi, de prendre plus de recule sur l’aikido, et d’avoir une recherche plus personnel.

Je pense, avant tout, qu’il y a des valeurs universelle, quelque soit le courant d’aikido. la premiere etant le respect !
Et j’ai comme reve, que chaque courant, puisse respecter l’autre.
Malheureusement, nous en sommes encore loin... Et tout le monde a encore du chemin a faire.

Bref, je vous remercie pour ces eclaircissements... Et je vous invite, a essayé d’etre mon "aggressif", envers le courant Aikikai.
Pour 2 raisons, la premiere, c’est le respect, cité plus haut. La seconde, c’est la mauvaise interpretation que font certain de vos eleves, et qui en viennent a defendre leurs idées (pas forcement en accord avec celle des dirigeants...) avec conviction, mais mepris pour l’aikikai.
Je reste persuadé, que cette etat d’esprit, n’est pas celui qui doit animé le pratiquant moderne, qui n’aspire qu’a la paix interieur.

Je vous souhaite une bonne continuation, et j’espere pouvoir vous rendre visite, a mon retour vers l’Europe.

Cordialement,

S

Bonsoir

Passionné du site TAI et n’appartenant pas aux 2 courants dits « antagonistes » je ne vois pas en quoi les articles de P. Voarino pourraient être « agressifs ».

A mon sens ce sont des exhortations fraternelles pour ne pas dénaturer l’Aikido et pour reconnaitre que Morihiro SAITO pour des raisons historiques a été un légataire privilégié de l’enseignement du Fondateur. Au contraire la disponibilité du collège TAI pour contribuer à faire perdurer cet héritage est une opportunité pour les pratiquants, quelque soit le courant ou le lignage ...

L’argumentaire ou les explications
choquent certains ? Mais quel éducateur consciencieux et professionnel accepterait que la médiocrité ou le dilletantisme prévalent dans sa discipline ?

A Madagascar nous accueillerons avec joie le (ou les) membre(s) du collège TAI pour un stage. C’est à nous maintenant de planifier et de mobiliser nos ressources locales.

Danyk

Bonjour Question... cette formule pourrait faire le titre d’un livre. Et ce serait plus gai que Bonjour tristesse après tout.

Celui qui cherche trouve ... frappez et l’on vous ouvrira... Oui, j’en suis convaincu moi aussi Question. Et en y réfléchissant je crois que cette disposition de l’homme à ne pas s’arrêter à ce qu’il a, ou à ce qu’il croit à un moment donné, est justement ce qui est chez lui particulièrement digne de respect. C’est le fondement du progrés, qu’il soit individuel ou collectif. Le problème c’est que la vie d’un homme est très limitée dans le temps. Le moindre chêne le bat en longévité. Aussi y a-t-il une chose qui semble difficilement acceptable, c’est qu’il perde son temps là où ce n’est pas absolument indispensable. Or je sais de manière certaine, pour ce qui me concerne, que j’ai perdu dix années de ma vie en croyant sincèrement - tout aussi sincèrement que vous-même le croyez aujourd’hui - que l’enseignement de type Aikikai que je suivais alors avait pour but de me guider vers la connaissance. A l’époque, pour défendre cette idée, j’aurais renversé des montagnes, croyez-moi. Je sais aujourd’hui que je me trompais. On peut se tromper, l’expérience au fond est une somme d’erreurs. Il y a des gens sincères partout, vous avez raison, et je suis convaincu qu’il y a des enseignants sincères à l’Aikikai. Mais il y a aussi à l’Aikikai une chose bien particulière que l’on ne retrouve pas ailleurs dans le monde de l’Aikido : il y a une doctrine. L’Aikikai se présente comme l’autorité unique détenant la vérité de l’interprétation de l’Aikido dans le monde. L’Aikikai pratique et enseigne l’Aikido officiel. Et l’Aikikai exerce une pression considérable pour faire apparaître toutes les autres organisations d’Aikido au mieux comme d’aimables variantes et au pire comme les vestiges de formes désuées du budo.

Une doctrine repose sur un certain nombre de dogmes. Et ce sont les dogmes qui fondent la doctrine qui doivent être vérifiés si l’on veut avoir la moindre chance d’y voir un peu clair. L’un de ces dogmes par exemple, dans la doctrine Aikikai, concerne les armes. Il énonce ce credo repris très officiellement à maintes reprises, y compris dans la gazette officielle de l’Aikikai, d’abord par Kisshomaru doshu, puis par Moriteru doshu, par le Secrétaire Général Monsieur Fujita, puis partout ensuite sur la planète : "A partir du moment où l’on tient un sabre ou un jo dans les mains, on ne fait plus d’Aikido. Si vous voulez faire des armes, adressez-vous à des dojos spécialisés."
Ce dogme il existe bel et bien, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, ce n’est pas un fruit de mon imagination. Alors comment concilier un tel dogme avec la suivante réalité des faits : O Sensei a tiré de son étude intense du ken du jo et du tai jutsu un principe unique de fonctionnement du corps humain qu’il a appelé Aikido ?

Si une doctrine est telle qu’elle utilise pour exercer sa volonté de puissance des dogmes manifestement en contradiction avec la réalité historique, estimez-vous que ce soit manquer de respect que de le dire ? Manquer de respect à qui ? A ceux qui, connaissant parfaitement cette réalité historique, ont néanmoins délibérément choisi de faire passer pour vérité ce qu’ils savaient être une erreur et tenaient pour tel ? Cette voie là est sinistre et je le dis. Je mets bien au-dessus des quelques égratignures que peuvent recevoir les uns ou les autres le seul respect véritable, le respect que je dois et que nous devons tous à cette discipline magnifique. Et à vrai dire j’aurais bien peu de respect pour moi-même si je ne le faisais pas. Ne confondez pas cela avec une quelconque agressivité. Plus on devient lucide plus on devient calme, mais plus aussi on est déterminé.

Sans doute avez-vous raison, ici ou là mes propos peuvent être interprétés avec trop de fougue et donner lieu à des prises de position extrêmes. Mais il y a les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. Une action légitime entraîne parfois des actions illégitimes. Faut-il pour cela s’arrêter d’agir ?

Bonjour,

Je me pose des questions : Kisshomaru Doshu a-t’il proscrit l’enseignement de l’Aiki Ken et de l’Aiki Jo parce que :

(1) il n’était pas "compétent" dans les armes ? (on le voit pourtant sur des photos et films anciens s’entraîner avec son père, et selon des témoignanges de ses contemporains il aurait appris dès son plus jeune âge le Kenjutsu)

(2) il voulait effacer des mémoires l’image d’un Japon impérialiste ? Pensait-il que le message de paix de l’Aikido était incompatible avec l’usage des armes ?

Merci

Danyk

Bonjour Danyk. L’Occident a accédé à la connaissance de l’Aikido à travers un épais brouillard. Je ne parle pas seulement de l’aspect technique mais ici plus particulièrement de l’aspect historique. Le manque total d’informations un peu sérieuses qui a caractérisé les trente premières années du développement de l’Aikido en Occident, a tout naturellement favorisé une sorte de bouche à oreille par lequel les informations les plus contradictoires ont été véhiculées. C’est ainsi par exemple que les enseignants qui ont quitté le Japon ont été considérés de l’autre côté de l’océan comme autant de fils spirituels d’O Sensei. Les Japonais n’ont d’ailleurs pas forcément eu un rôle actif dans cette méprise. Disons qu’ils ont laissé dire et laissé croire sans les contredire ces Occidentaux portés par un enthousiasme un peu excessif et prompts à construire des mythes.
Si l’on veut y voir un peu plus clair, il est bon de faire attention à la chronologie de toute cette histoire.

Kisshomaru Ueshiba est né en 1921. Comme tous les enfants japonais il pratique à l’école le kendo. Vers l’âge de dix-sept ans c’est en sa qualité de kendoka qu’il commence à servir d’uke à son père pour les techniques de sabre. De son propre aveu il n’aime pas chuter et n’a pas encore commencé à cette époque à étudier sérieusement l’Aikido (que l’on appelait Aiki budo). Nous sommes en 1938. Il intègre l’université de Waseda juste avant guerre et là continue sa pratique du Kendo. Il est important de noter que Kisshomaru conservera toute sa vie de nombreuses relations dans le monde du Kendo et ce point aura sans doute une importance dans ses choix futurs pour le développement de l’Aikido. En 1941 O Sensei quitte Tokyo et part s’installer définitivement à Iwama. Kisshomaru reste à Tokyo pour suivre ses cours à l’université. Comprenez bien ceci Danyk : quand les destins d’O Sensei et de son fils se séparent ainsi, Kisshomaru est un adolescent de vingt ans qui a assez peu pratiqué l’Aikido et qui a surtout une formation en Kendo, mâtinée, dans le meilleurs des cas, de quelques conseils paternels. C’est cet adolescent, cet étudiant de vingt ans, qui reçoit brutalement en 1942 la direction du Kobukan dojo de Tokyo et qui y poursuivra tant bien que mal avec quelques anciens sa formation en Aikido bien après la guerre. Car pendant la guerre la pratique est interrompue, le dojo servant de refuge à de nombreuses familles victimes des bombardements, et dans les années d’après guerre la pratique des arts martiaux est interdite par les autorités américaines d’occupation. Le Hombu dojo (le dojo central) est d’ailleurs à l’époque à Iwama où vit O Sensei.
Après guerre, Kisshomaru ne se rend à Iwama que pour visiter son père. Il vit à plein temps à Tokyo où le retient son travail pour une firme d’audit et bien sûr la direction de l’Aikikai à Shinjuku.

Ce parcours montre que Kisshomaru a relativement peu profité de sa condition de fils du Fondateur pour étudier avec son père et que sa connaissance en armes était surtout celle d’un kendoka.

Or ce kendoka nous révèle dans un entretien accordé à Stanley Pranin (Les Maîtres de l’Aikido p 326) :

"Je n’aime pas beaucoup le sabre."

Alors pour répondre à vos questions, Danyk, je dirai que la réalité des faits nous oblige à constater, en toute impartialité, les éléments suivants :

Kisshomaru, peut-être bon kendoka, n’avait pas de formation véritable en aiki ken et bien moins encore en aiki jo.

Kisshomaru n’aimait pas beaucoup la pratique du sabre.

Kisshomaru avait des hautes relations dans le monde du kendo qui préféraient très certainement que l’Aikido ne marche pas sur les plates bandes du kendo et se limite à un enseignement à mains nues.

Kisshomaru a sans doute vu qu’il serait bien difficile de faire comprendre à des Occidentaux qu’un art qui manie l’épée et la lance puisse être un art de paix. Et ce d’autant plus dans un contexte d’après guerre naturellement et spontanément porté à rejeter même l’apparence d’un conflit.

Kisshomaru, comme il est dit dans le discours officiel de l’Aikikai, a standardisé et simplifié le programme de l’Aikido.

Si vous mettez ensemble les éléments qui précèdent, vous aurez une réponse à vos questions qui sera très proche de la réalité.

Une dernière précision pour dire que l’usage des armes dans le cadre de l’Aikido n’est évidemment pas incompatible avec le message de paix, mais que la compréhension de cette notion tout de même paradoxale passe par la pratique. Pour quiconque ne pratique pas encore, une arme est évidemment un instrument destiné exclusivement à tuer. Je comprends tout à fait que beaucoup de débutants venus à l’Aikido pour son message de paix soient rebutés par l’usage du ken et du jo car ils ne peuvent pas comprendre a priori le sens de cet usage. Il faut au départ un minimum de foi et c’est également là que le rôle du professeur est crucial. Ces débutants devraient toutefois réfléchir qu’il est évidemment très immédiat de rejeter une arme chargée d’un sens très fort auquel est attaché le sang, mais que le travail à mains nues de l’Aikido est tout autant issu de techniques martiales dont la vocation était initialement de tuer. Et s’ils acceptent que des techniques de guerre et de destruction à mains nues puissent se métamorphoser en mouvements oeuvrant pour la paix de l’univers, pourquoi ne l’accepteraient-ils pas de techniques avec armes ? Au-delà de l’apparence plus dramatique de l’arme, le principe n’est-il pas le même ?

Bonsoir Philippe

Merci pour vos explications. Vais-je encore envenimer la polémique en écrivant cela ?

Je ne le souhaite pas et je suis navré de voir certains nier des faits.

L’Hisoire de l’Aikido est remplie de mythes alimentés par des fausses vérités. Vos recherches et vos enseignements basés sur la logique et le bon sens ne pourront que contribuer à éclaicir les esprits et à nous aider à progresser.

Danyk

Que de belles paroles !
Cela fait plaisir de voir l’application de "Plus on devient lucide plus on devient calme, mais plus aussi on est déterminé." !
Dommage pour ceux qui se sentent bléssés ou agréssés !
C’est qu’il ont quelques parts des doutes quand à ce qu’ils avancent ! ou trop d’orgueil et d’amour propres pour voir la vérité en face !
Quoi qu’une vérité à été dite par Senseï Voarino et est je pense une réponse de taille, la doctrine imposé par la base !
Peux-etre cet élève en est-il une preuve vivante !
Merci à vous senseï Voarino !

Bonjour M.Voarino,

Une question me brûle les lèvres :

En quoi la pratique d’une autre école d’armes japonaises (par exemple l’iaido Muso Shinden ryu pour ne pas le citer) serait - elle sans rapport avec l’Aikido avec ou sans armes ?

Pourrait-on avoir plus de détails sur les points techniques qui selon vous rendent notamment impossible la mise en relation avec la pratique à mains nues ?

Y aurait-il des divergences en particulier quant au travail des parties du corps (en plus des positions de pieds) qui développeraient des réflexes inappropriés jusque dans l’éxécution des suburi, ou cela se limiterait-il à la conception stratégique (par exemple la prise en compte d’un seul adversaire) ?

Les deux arts seraient-ils totalement incompatibles, l’iaido ne serait-il pas "soluble" au prix de quelques modifications dans l’aikido ?

Bonjour kakuto.

Il y a une notion qu’il est capital de bien comprendre en Aikido, c’est irimi-tenkan. Irimi-tenkan est particulier à l’Aikido. Je ne dis pas qu’il n’existe pas dans d’autres arts martiaux certaines techniques où l’on « entre » ou bien où l’on « s’efface ». Mais je n’ai vu nulle part ailleurs comme en Aikido irimi-tenkan érigé en principe fondamental de l’art. Il n’existe pas en Aikido de technique qui ne soit articulée autour de ce principe.

Irimi-tenkan dépend de la rotation de l’axe vertical du corps autour d’un point immobile dans l’espace.

Or la rotation de l’axe vertical du corps dépend elle-même de la position hanmi, c’est-à-dire de la position rigoureusement triangulaire des pieds et donc de l’ouverture maximum du corps.

Il se trouve que la plupart des arts martiaux utilisent la position shikaku (carrée), c’est le cas du Muso Shinden par exemple, ou une position avoisinante. Même la position du célèbre Katori Shinto Ryu, bien que plus ouverte que la plupart des autres écoles est encore loin du hanmi de l’Aikido.

Le problème c’est que les pieds, quand ils sont en shikaku au lieu d’être en sankaku (triangle), interdisent la rotation de l’axe du corps sur lui-même. Et donc irimi-tenkan est impossible à réaliser.

Si irimi-tenkan est impossible, cela veut dire que le principe même autour duquel est organisé tout l’Aikido est inappliquable. Cela veut dire qu’il n’y a pas d’Aikido possible.

Vous touchez du doigt par votre question l’importance capitale du respect rigoureux de la position hanmi. La position hanmi ne peut pas être « à peu près ». « A peu près » veut dire que les conditions nécessaires à l’Aikido ne sont pas encore réunies. Et de ce point de vue il suffit d’un coup d’œil aux déplacements d’un aikidoka pour savoir s’il fait de l’Aikido ou pas.

Il faut longtemps avant de maîtriser la position hanmi. Et l’étude des armes de l’Aikido permet d’accélérer grandement cette acquisition parce qu’aiki ken et aiki jo sont, comme le tai jutsu de l’Aikido, ordonnés autour du principe irimi-tenkan, ce qui n’est pas le cas, pour les raisons que j’ai évoquées, des autres écoles d’armes.

Philippe Voarino

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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