Les trois techniques qui sont démontrées ici par maître Saito sont des techniques dures, des techniques faites pour mettre un adversaire hors de combat. On trouvera ces techniques dans le Daito ryu, et il est incontestable qu’un grand nombre de formes utilisées dans l’Aikido ont pour origine l’art ancestral de la famille Takeda. Mais attention, ceci ne vaut que pour le détail de la forme extérieure, pour l’apparence de la technique.

En effet, la différence fondamentale qu’il y a entre l’art de Sokaku Takeda et celui de Morihei Ueshiba se trouve dans la position initiale des pieds (hanmi) et dans le travail de déplacement qui en est la conséquence : ce sont bien les mêmes techniques qui sont utilisées, mais dans un mouvement du corps radicalement différent. O Sensei a ouvert la voie de l’Aikido en abandonnant la position des pieds en carré (shikaku) du Daito ryu, et en adoptant la position triangulaire hanmi (sankaku). C’est là le point de divergence essentiel entre l’Aikido et le Daito ryu (cf. "Lettre en réponse à Olivier Gaurin" pour une argumentation détaillée en rapport avec cette affirmation).

Maître Saito démontre dans cette vidéo les mouvements en awase (ki no nagare), on dira en français dans un mouvement dynamique d’harmonisation avec le partenaire. Il s’agit bien en effet à ce stade d’un partenaire et non d’un adversaire. On ne répète pas des exercices d’apprentissage avec un adversaire, on peut seulement faire cela avec un partenaire d’entraînement. L’exercice de kokyu nage en ki no nagare démontré ici est la base des trois formes martiales destinées à éliminer un adversaire. L’Aikido est un shinbudo (budo récent) qui plonge ses racines dans la nuit des anciens budo japonais (kobudo), il dépasse cependant par sa nature le caractère essentiellement pragmatique et utilitaire des arts martiaux anciens. L’Aikido authentique peut en effet être appliqué aussi bien à la recherche spirituelle qu’au combat. En revanche, le budo sportif, qui prend aujourd’hui abusivement le nom d’Aikido, n’est qu’une gymnastique aux couleurs du folklore japonais, et demeurera toujours incapable de l’un comme de l’autre.

Philippe Voarino, août 2019.