O Sensei ne faisait pas d’Aikido

Monsieur, vous avez montré un atemi dans votre cours... je ne comprends pas. Parce que moi je ne veux pas faire un art martial... je veux faire de l'Aikido.

Et me voilà un peu abasourdi comme un maître nageur auquel un élève viendrait dire « Mais monsieur, moi je ne veux pas aller à l'eau... je veux faire de la natation ».

Je remercie infiniment le jeune pratiquant qui est venu me trouver à la fin d'un stage et qui m'a fait cette réflexion. C'est une phrase merveilleuse. On ne peut pas mieux résumer le malentendu qui est né avec l'apparition de l'Aikido en Occident. A l'époque de Woodstock, juste après mai 1968, on pouvait lire sur les keikogi de certains pratiquants d'Aikido : « Faites l'amour, pas la guerre ». L'Aikido est amour et harmonie donc je ne peux pas donner un atemi, l'Aikido est amour et harmonie donc je ne peux pas manipuler ce sabre qui, dans mon imaginaire, dégouline encore du sang des champs de bataille du passé. C'est le credo.

Seulement voila : les documents photographiques montrant O Sensei exécutant des atemi ou coupant symboliquement son adversaire en deux avec son sabre ne manquent pas. « Témoignages d'un Aikido archaïque, immature, inabouti », répondent les adeptes de l'amour en se voilant la face. Ce faisant ils oublient un simple « détail » : ces photos ont été prises à tous les âges de la vie du Fondateur, à 50 ans comme à 80, ce qui rend impossible de les expliquer par les tâtonnements, les égarements, voire les erreurs de la jeunesse.

Alors quoi ? Jusqu'à sa mort le Fondateur de l'Aikido a donc frappé en esprit (et parfois en réalité) ses uke avec poing sabre et bâton ! Que faut-il en conclure ? Et bien voyons c'est fort simple : puisque en Aikido on ne peut pas donner un atemi, et puisque O Sensei a donné des atemi toute sa vie, O Sensei ne faisait pas d'Aikido.

Et voilà, CQFD. O Sensei était à l'évidence un homme à l'esprit agressif et brutal. Quant à nous qui sommes civilisés, nous avons des opinions, nous fuyons la violence, nous pratiquons dans des salles chauffées et avec douches un art de paix, nous faisons de l'Aikido. Tout cela est-il si difficile à comprendre ? Quand on y réfléchit, nous sommes très certainement la chance de l'humanité. Personne sans nous n'aurait su ce qu'était l'Aikido.

Est-ce qu'il n'est pas beau le mental ? Est-ce qu'il n'est pas monumental ? Est-ce qu'on voit où il mène si on pousse sa logique jusqu'au bout ?

Ne pas appuyer ses jugements sur des préjugés est une humilité salutaire. L'Aikido soulève des questions légitimes, certes, mais pourquoi toujours chercher des réponses immédiates dans le bazar des idées reçues. Je voudrais dire à ce jeune pratiquant qui bute sur Aikido art de guerre -- Aikido art de paix, qu'il existe un moyen simple de résoudre ce paradoxe : c'est de faire un tout petit peu confiance à O Sensei et de suivre le chemin qu'il nous indique clairement, même si c'est avec un sabre, une lance et des atemi. De la pratique fidèle à celle suivie par le Fondateur et laissée par lui comme un héritage et une méthode, sortira la vision du monde que propose l'Aikido, qui dépasse infiniment bien sûr la vulgaire capacité technique de couper une tête. Mais cette tête il faut quand même apprendre à la couper. Avant de connaître le paradis de l'homme réalisé, il faut descendre en enfer. Pas d'initiation sans cela. C'est la voie du guerrier. Le guerrier a besoin de la confrontation. Ce n'est pas la science infuse, c'est l'engagement qui lui permet de comprendre, au bout de la voie martiale, la vanité de la volonté de détruire et l'inutilité du combat. Certes « celui qui ne lutte pas, nul au monde ne peut lutter avec lui. » Mais quel sens donner à cette phrase ? Il serait tellement facile de se méprendre sur cet enseignement du Tao s'il n'était qu'une spéculation, s'il ne devait pas être le fruit de l'expérience. Si le guerrier véritable ne lutte pas, cela ne veut pas dire en effet qu'il soit devenu passif. C'est tout le contraire, il agit pleinement car il a accédé au domaine de l'action authentique, de l'action pure. C'est-à-dire qu'il ne cherche plus la solution des conflits dans la force d'opposition dont il a patiemment désappris l'usage, mais dans le respect des lois de l'Univers qu'il a appris à reconnaître. Il est parvenu à la conscience claire que la force d'opposition la plus raffinée et la plus talentueuse du monde est sans issue, parce qu'elle parvient inéluctablement à la limite suivante : détruire l'autre ou être détruit par lui. Si le guerrier véritable triomphe, ce n'est pas parce qu'il est plus fort, plus rapide ou plus habile, il triomphe parce qu'il se positionne de telle manière dans le flot du monde qu'il ne peut pas en être autrement. Et pour cette raison, son triomphe n'est pas la destruction d'un ennemi mais la préservation de l'équilibre du Ciel et de la Terre. A travers lui s'exprime une force plus haute que celle qui permet ordinairement à un homme de jeter à terre son semblable.

Si l'on excommunie d'emblée l'art martial pour cause de « mauvais genre », quel sens faut-il alors accorder à la notion de transcendance ? Transcender, n'est-ce pas précisément utiliser un moyen pour lui faire produire des fruits qui sont au-delà de la nature ou des possibilités apparentes de ce moyen ? Transcender l'art martial c'est lui faire produire ce que jamais le sens commun n'aurait imaginé qu'il puisse produire. Mais pour cela évidemment il faut accepter d'emprunter la route qui est proposée. Morihei Ueshiba n'est pas devenu O Sensei par décret, il a accompli un parcours, il est allé de la guerre vers la paix en suivant ce chemin qui met en scène et en œuvre l'art martial, et en respectant ses règles du jeu. A moins en effet d'être illuminé par la Grâce, on ne parvient pas à la vérité par la vérité, on parvient à la vérité par l'erreur. On ne parvient pas à la joie par la joie, on parvient à la joie par la fatigue et la douleur, et si je veux le plaisir de voir pousser mon potager, c'est avec ma sueur que je dois l'arroser. La nature est exubérante, elle crée sans cesse de nouvelles formes, de nouveaux paysages, de nouveaux êtres, mais si elle est capable de cela c'est parce qu'en même temps elle rase des montagnes, comble des océans, et détruit tout sans état d'âme. Il n'y a pas de création sans destruction. Le futur de la vie est dans la mort et l'avenir de la mort est dans la vie. L'interdépendance des choses opposées est une évidence que le monde met continuellement sous nos yeux. Dans le processus de l'éternel retour, toutes choses nourrissent et engendrent leur contraire. Dès lors, en quoi est-il étonnant qu'un art de paix comme l'Aikido soit né d'un art de guerre ? N'était-ce pas justement une nécessité ? Pouvait-il en être autrement ? Le bouddhisme, voie du renoncement et du dénuement, n'est-il pas sorti de l'or et des soieries d'un palais royal ? Siddharta Gautama était prince des Sâkya, fils de roi. Qui s'en offusque ? Mais qui aussi en comprend la raison profonde ?

L'attitude qui consiste à préférer un seul aspect des choses, à le choisir, à s'attacher à lui et à rejeter le reste, à penser que l'on peut avoir la vie sans avoir la mort aussi, avoir le bonheur sans avoir le malheur nécessairement, cette attitude là a un nom : c'est le dualisme. C'est l'état d'ignorance. Cette dualité n'existe pas en soi dans le monde, elle est dans notre rapport au monde, elle n'est qu'un moment, sans doute nécessaire, de notre conscience encore rudimentaire. L'Aikido ne s'oppose pas à la dualité mais propose d'affiner notre conscience pour lui faire découvrir que, sous la gangue de cette dualité, est caché en réalité le diamant de l'Unité : Aiki est le chemin de retour au ki unifié. Mais sans la gangue point de diamant. L'amour n'est que l'autre face de la haine. La douceur n'existe pas sans la violence. La paix est mariée avec la guerre. La tempérance est la sœur de l'excès. Les anciens Grecs avaient personnifié ces forces concurrentes dans les divinités opposées et complémentaires d'Apollon et de Dionysos, et les avaient symbolisées dans la figure de Janus, le dieu aux deux visages. Sur la pièce de monnaie ou s'inscrit le destin de l'homme, il n'y a pas pile ou face, il y a pile et face. Et si je n'aime pas le côté pile, je peux bien essayer de couper ma pièce dans le sens de son épaisseur, j'obtiens encore un côté pile.

La pente naturelle de l'homme est vers le plaisir facile et le bonheur immédiat. Je vais vers l'amour comme je vais vers le sucre, parce que c'est doux et agréable. Mais si je ne mange que des gâteaux je deviens diabétique. Le déséquilibre entraîne la mort. Toute existence est un équilibre et l'amour ne fait pas exception. Un équilibre est constitué de forces complémentaires dont il n'est pas facile évidemment de respecter l'harmonie. Mais à ce jeu on ne peut pas faire semblant, l'art de la non-résistance implique la résistance, on ne peut pas tricher, et si uke tombe tout seul, le sens véritable de l'Aikido est perdu. L'Aikido est une voie qui détient dans son essence même la possibilité de la vie et de la mort, la possibilité de la destruction et la possibilité de la création. A cet égard, c'est le prototype même de ce que le Fondateur appelait l'art martial véritable, le Bu de Vérité. Cet art martial peut être utilisé pour sa dimension de force créatrice et protectrice de toutes choses dans l'univers, et c'est le sens que lui avait donné O Sensei, c'est le sens de Takemusu Aiki, c'est le sens que tout pratiquant authentique doit lui donner. Mais si l'Univers lui-même ne peut construire sans détruire en même temps, combien moins encore un homme le peut-il ! Irimi-tenkan est le principe qui illustre en Aikido cette incontournable vérité de l'Etre. Le sabre, la lance, l'atemi sont les symboles qui rappellent cet aspect fondamental des choses.

Autrement dit comment puis-je espérer devenir l'Univers et m'asseoir un jour sur le trône de la raison céleste, là où toutes choses trouvent leur résolution spontanée dans l'union des contraires, si avant même de commencer je récuse une partie du monde, si au nom d'une idée j'entre en guerre contre la violence et la déclare persona non grata ? La solution n'est pas d'exclure la violence, la solution est de savoir ce que j'en fais. Le noble a pour racine le médiocre, le haut a le bas pour fondement dit le Tao. L'eau fraye son chemin jusque dans les lieux les plus bas et les plus sordides, c'est ainsi qu'elle gagne l'Océan et arrose finalement les montagnes de sa pureté nourricière. De même la grandeur de l'Aikido sort de la misère de l'art martial. L'Aikido est l'union de la lumière et de l'ombre, de l'amour et de la haine, de la paix et de la guerre. Rejeter quoi que ce soit, fût-ce la violence, au nom même des préceptes moraux les plus légitimes et les plus incontestables, c'est s'opposer à elle, et cela, explique O Sensei, ce n'est déjà plus le cœur divin. On touche ici le sens profond de ce que signifiait maître Ueshiba quand il disait : « Ne faites pas un problème de choses relatives comme le bien et le mal. » Autrement dit cherchez à vous situer par-delà le bien et le mal, parce que ces concepts sont trop humains, cherchez à vous situer dans le royaume de ce qu'il appelait satoshi gokoro : la conscience divine. Jésus le Nazaréen ne disait pas autre chose en proclamant « le Royaume des Cieux est en vous ».

Quiconque est conscient du but véritable visé par l'Aikido comprendra que ce fut une farce énorme de faire dépendre cet art du Ministère des Sports. L'Aikido n'est pas un sport évidemment, même si l'on y transpire. La vision qui est proposée est grandiose, mais elle exige qu'on prenne un peu d'altitude et qu'on ne juge pas le paysage du fond de la vallée, avant même de gravir le premier caillou de la montagne qui nous attend. Il faut croire qu'il y a sur le sommet un joli coup d'œil, et commencer patiemment et avec confiance à mettre un pied devant l'autre dans le sentier emprunté avant nous par O Sensei. Car il faut donner pour recevoir. « Quelle confiance profonde en l'intelligibilité de l'architecture du monde (...) devait animer Kepler et Newton pour qu'ils aient pu éclairer les rouages de la mécanique céleste ! », écrit Albert EINSTEIN. Si elle ne sent la confiance, Isis reste voilée.

Quand l'éthique se mêle de condamner et de bannir, au nom d'une conception partisane de l'harmonie, un des éléments qui confèrent à l'Aikido l'équilibre qui est le sien, elle détruit cet équilibre et mène au chaos. Au nom de l'unité elle plonge dans la dualité. Au nom de l'Aikido elle abolit l'Aikido, elle le réduit à néant. En lieu et place de l'Aikido se développe alors une sorte de simulacre, un sport, une gymnastique dualiste qui n'est peut-être pas plus mauvaise au fond que bien des méthodes d'expression corporelle actuelles, mais qui, en toute rigueur, ne devrait pas porter le nom d'Aikido. Bien des étudiants enthousiastes pratiquent en réalité, en guise d'Aikido et en toute bonne foi, ce faux semblant. Et quand ils rencontrent vraiment l'Aikido au hasard de leur chemin, ils ne peuvent pas y reconnaître leur discipline bien sûr. Les plus honnêtes parmi eux - et je salue sincèrement ici le jeune interlocuteur qui m'a donné le sujet de toute cette réflexion - assument alors logiquement leur conviction. Ils ont accepté l'idée que l'Aikido était sans rapport avec l'art martial, donc ils ne veulent pas entendre parler d'art martial. Les plus inconséquents, qui sont toujours prêts à transiger pour éviter les remises en question, prétendent que toutes les différences ne sont jamais qu'affaire de détails, et qu'au fond tous les styles se valent. Comme s'il pouvait exister des styles en Aikido ! Trouve-t-on par exemple des styles différents d'application du théorème de Pythagore ?

... Et dire qu'on parlera malgré tout de cet éditorial comme d'un article Iwama style !

Philippe VOARINO, Antibes le 25 août 2006

Commentaires

Bonjour,
Nishio Sensei (paix à son ame) a dit lors d’un stage : les atemis c’est 80% de l’Aikido.
J’ai mis du temps à percevoir le sens de cette phrase, d’autant que 80% des gestes de cet expert n’étaient pas des atemis.
Et que dire des 20% restant ? et pourquoi pas 27,5 % ?
En fait, je commence a gouter la profondeur de ces 20 %... seulement maintenant.
Un des plis du Hakama (Shin) symbolise la sincerité je crois que cette vertu est une des clefs de notre pratique mais cette sincérité est vis a vis de soi meme : nous sommes les seuls juges de notre sincerité et coherence.
Je trouve courageux ce pratiquant qui vous a interpellé sur quelque chose qui dérangeait sa coherence. Les mots aussi ont une capacité de transcendance (comme cette phrase de nishio Senei, qui pour moi a traversée les années). Peut-etre ce pratiquant a t-il transcendé quelque chose en lui meme par votre stage.
Bien amicalement
Pascal

Bonjour, vous ne me connaissez peut-etre pas. Je suis- ou etait comme je ne suis plus au liban- un eleve de Tarek Alawie. je voulais juste dire quelque chose a propos de la partie du texte ou vous aviez explique que pour arriver a la paix, il faut passer par la violence ( je sais ke peut-etre la maniere dont je l’ai dite n’est obligatoirement correcte mais bon ). voici une phrase prononcee par un maitre de iaido dont je ne me souviens malheursement pas du nom mais que je trouve convenante : the finest blade stays in its scabbard. c’est une phrase que je pense illustre bien le message que vous vouliez passer malgre qu’elle soit un peu profonde. Je veux aussi vous poser une question : vous parliez de resolution de problemes, je sais que c’est impossible mais il faut neanmoins essayer, ne serait-il pas meilleur d’essayer d’eviter les problemes au lieu de les resoudre ?
merci d’avance pour votre reponce.

Merci Pascal pour votre commentaire. Je ne connaissais pas cette parole de Nishio Sensei. Je crois comme vous que la cohérence est une vertu et que nous devrions toujours nous regarder sans complaisance de ce point de vue.

Bonjour Georges. Effectivement, le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau. Et dès lors, si l’on est logique, il n’est plus besoin de porter de sabre.

Quant aux problèmes, la seule manière de les éviter c’est de ne pas être. L’existence est la source des problèmes, mais c’est aussi un merveilleux voyage où nous sont offerts bien des possibles. Les problèmes en soi ne sont pas des choses négatives, ils sont le métier sur lequel nous devons apprendre à tisser. Ils sont le moyen que nous avons de nous élever...ou de nous abaisser.

Philippe Voarino

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O’Senseï disait : « aikido c’est irimi et atemi ». Il n’y a pas à chercher plus loin.

Je ne vais pas trop me tromper en disant que l’aikido est une forme née de la recherche martiale de maître Ueshiba qui a étudié bon nombre d’écoles traditionnelles, le daito-ryu aikijujutsu étant l’une des écoles dont le nom retentit sans cesse aux oreilles des pratiquants.

O’Senseï a étudié des formes de jujutsu, de kenjutsu, il s’est intéressé au juken-jutsu, au sojutsu etc… Dans chacun de ces arts martiaux, il y a une frappe, une coupe, en défense ou en attaque.
Si on regarde seulement du point de vue du jujutsu…ainsi que dans les autres arts martiaux, l’atemi sert a distraire l’adversaire, ou bien à casser ses appuis, à « fermer la fenêtre de son esprit » (cf livre Budo).

En aikido, l’atemi sert selon moi à trouver le bon ma aï, à déconcentrer le partenaire-adversaire, à lui casser son assise (ou ses appuis au sol), et à amorcer un déséquilibre probant.

Je pratique l’aikido « Aikikai », au sein de la FFAB. Mon senseï ayant fait du karaté, a inclus dans son aikido le principe de l‘atemi que j‘ai énoncé dans le paragraphe précédent. (bien que le mot « inclure » ne soit pas vraiment approprié car on peut croire qu‘il mélange allégrement aikido et karaté ce qui est faux).

Bien qu’ayant une pratique souple et puissante, celle-ci est néanmoins très axée sur l’importance des atemis qui constituent selon lui le point essentiel à la création des critères obligatoires au bon déroulement de la technique.
Sans atémi, pas de déséquilibre amorcé et donc la technique en elle-même sera faussée.

Aujourd’hui on voit trop un aikido axé certes sur le principe de non violence, mais avec des atemis inexistants ou bien remplacés par des sortes de caresse au visage. C’est dommage car aikido est un art martial. Il faut apprendre les bons placements et les bons réflexes, sinon ce n’est plus aikido.

Mon senseï dit ceci à quelque chose près, ce ne sont pas ses mots exacts, mais cela résume assez bien son enseignement ainsi que ce que l’on voit aujourd’hui dans trop de dojos :

« aujourd’hui même certains gradés ne savent pas donner un tsuki…aujourd’hui on dirait qu’ils jouent à la pétanque…la pétanque c’est bien aussi avec un bon verre au soleil, mais ce n’est plus de l’aikido. Apprenez à frapper tsuki, shomen ou yokomen ou bien à saisir vos partenaires correctement, sans vous suicider… sinon un karatéka n’hésitera pas à vous allumer les côtes ».

Ono-San

Bonjour Ono-San.

L’atemi oui mais en accord avec la technique. Autrement l’atemi devient toute la technique, ce qui n’est pas faux, mais je ne vais développer que le premier point.

Prenons comme exemple kata dori ikkyo.

Il faut placer un atemi au moment de la saisie en même temps que sortir le corps de la ligne d’attaque au moyen d’hito e mi. Mais attention, si vous frappez tsuki votre poing doit effectuer un mouvement d’aller retour, il doit après avoir frappé revenir vers votre épaule pour saisir la main d’uke. La dynamique de la frappe est dans ce cas contradictoire avec la dynamique de la technique : le tsuki repousse uke et si vous frappiez véritablement, il est certain qu’il lâcherait votre épaule. Comment alors faire ikkyo ? Comment concilier l’atemi et la technique ? Je vois dans ce problème une raison qui a pu faire abandonner l’atemi aux aikidoka.

Il y a une solution. Dans ce cas l’atemi n’est pas un tsuki, c’est un yokomen. Le yokomen en frappant le côté de la tête d’uke amène son corps vers sa saisie, c’est à dire vers votre épaule et ne l’en détache pas, ce qui rend votre saisie de sa main possible. Et, cerise sur le gâteau, cette saisie de la main d’uke s’inscrit dans la trajectoire du yokomen alors qu’elle ne s’inscrivait absolument pas dans la trajectoire du tsuki. La fin du yokomen amène naturellement votre main en position de saisir celle d’uke qui tient votre épaule.

En règle générale, la dynamique de l’atemi et la dynamique de la technique doivent être en harmonie. Sans cela l’atemi est une pièce rapportée qui vient contrarier le mouvement technique, le rendant impossible.

Philippe Voarino

A Monsieur Philippe Voarino,

Je vous remercie de répondre à l’article sur les atemis. Votre exemple sur Kata dori ikkyo est assez intéressant.

Dans votre réponse vous déclarez : « le tsuki repousse uke et si vous frappiez véritablement, il est certain qu’il lâcherait votre épaule. Comment alors faire ikkyo ? Comment concilier l’atemi et la technique ? ».

Vous proposez une idée en transformant le tsuki en yokomen sur kata dori ikkyo. C’est une bonne idée et une recherche intéressante à appliquer.

Je m’interroge également sur une autre idée. N’hésitez pas à me corriger. En regardant les photos dans le livre Budo on remarque les atemis de maître Ueshiba comme étant plutôt percutants et pénétrants…touchant le partenaire et allant dans son « centre ».

Mais lorsque l’on compare avec des vidéos de O’Senseï…on remarque à certains moments, des atemis non pas pénétrants, ni percutants, mais disons réalisés pour détourner l’attention de uke quelques instants, mais sans réellement le toucher.

Je me pose la question suivante : doit-on adapter la forme de l’atemi (tsuki, yokomen etc...) et le fond (atemi percutant et atemi de "diversion") afin de réaliser une technique et cela en fonction de la situation ?

Cordialement,

Ono-San

Monsieur Philippe Voarino,

J’avais réfléchi à une question qui me triturait sans cesse le cerveau il y a un ou deux ans, notamment sur ma pensée des atémis, des armes et de l’attaque en général. J’ai retranscrit mon questionnement dans un recueil personnel et je m’étais dit que lorsque j’aurai trouvé la réponse je la noterai afin de me souvenir et de laisser une trace de mes interrogations et si possible de voir mon évolution interne sur une pratique à long terme.

Voici un extrait de mes pensées et de mes questionnements.

" Il y a une époque je croyais qu’utiliser le sabre, même en entrainement ce n’était pas aïkido, cela me paraissait contradictoire. Parce que je savais que le bokken en lui-même était une arme, et qui dit arme dit automatiquement « mort » ou « blessure ». […] Ce n’est pas parce que l’on a une arme que l’on fait le mal.
Les armes en aïkido aident à ressentir, à saisir le sens de la technique à mains nues, cela aiguise notre esprit. Les armes en aikido nous aident à nous imprégner de la technique et de l’esprit du guerrier ; comme un dessinateur qui dessine avec un crayon…il apprend tel ou tel style de dessin qui correspond à telle culture et à telle finalité. Mais un dessinateur sans crayon n’est-il pas un dessinateur… ?. Pourtant peut-on dessiner avec un autre outil qu’un crayon ? Bien sur que oui. Les armes ne sont pas toujours ce que l’on croit, les outils ne sont pas toujours employés de la même manière. L’arme la plus dévastatrice c’est l’esprit. L’esprit ordonne l’attaque. Si notre esprit pense relation, pense culture, pense recherche, alors le sabre ne sera qu’un simple outil, comme le prolongement du bras, juste pour comprendre quelque chose, saisir le sens du mouvement, mais en aucun cas pour blesser. […]
On nous donne des outils, ensuite il nous appartient d’utiliser ces outils selon notre bon vouloir…cependant AIKIDO de part sa notion de paix nous inculque certaines valeurs morales qui ne nous permettent pas d’utiliser les techniques du Budo pour tuer ou faire le mal. […]
On peut apprendre à se servir des armes… après est-ce que l’on utilise les armes pour saisir un concept, la notion de riai, l’union, les points fondamentaux entre les techniques de Taïjutsu et les techniques bukiwaza ? Ou bien simplement pour apprendre à faire le plus de mal possible ? Sachant que le concept de l’AIKIDO c’est la paix et l’harmonie…la première solution est la meilleure et s’impose d’elle-même…."

Au début je trouvais cela contradictoire…si aikido était bel et bien l’art de la paix, alors pourquoi utiliser une arme ? ou pourquoi frapper ? Etant plus jeune que je ne le suis aujourd’hui et sans nul doute plus ignorant quant au fait même de la technique…j’essayais de comprendre le pourquoi du comment. Et en relisant votre article et également mes propres articles retranscrit dans mon journal de pratique…j’ai vu une sorte de même pensée, de réponse commune.

Aikido sans atemi ou sans arme, c’est comme je le disais un dessinateur sans son crayon. Pourtant je crois qu’il existe d’autre outils pour dessiner. Peut être que pour l’aikido il y a d’autres outils, à vrai dire je n’en sais rien…peut être avez-vous un semblant de réponse à cette question.

Cordialement,

Ono-San

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/comment/559
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