Aikido moderne

Cette article a été publié dans la revue Poseidon Judo N°6 de décembre 1993.

L’Aikido est un très bel art, mais Il ne met en scène que des partenaires, à la différence du Judo où l’on affronte un adversaire.

Tel fut le commentaire de la démonstration d’Aikido du gala télévisé d’arts martiaux de Bercy à Paris en 1993.
Je songe à l’existence tumultueuse du fondateur de l’Aikido, Maître Morihei Ueshiba. En Mandchourie tout d’abord, dans les premières années du siècle, ou sa virtuosité à la baïonnette lui sauva la vie à plusieurs reprises face aux troupes chinoises, et le distingua entre tous les soldats de son régiment. Dans les territoires glacés d’Hokkaido, quelques années plus tard, quand il fonda le village de Shirataki, à la tête d’une centaine de pionniers, en disputant aux brigands et aux loups les terres que le gouvernement japonais essayait désespérément de peupler. En Mongolie ensuite, dans la tentative de fondation d’un royaume de la Paix sur Terre, expédition ou ses talents de garde du corps sauvèrent la vie au révérend Onisaburo Deguchi, chef spirituel de la religion Omoto-kyo, qu’il accompagnait dans cette aventure utopique mais non sans danger.

Je songe enfin aux années d’enseignement dans le Tokyo d’avant guerre, au sein des académies militaires et de police. Années difficiles d’implantation de l’Aikido au Japon, qui valurent à maître Ueshiba plusieurs défis d’experts en arts martiaux désireux d’éprouver sa valeur, et qu’il sut vaincre et convaincre si bien qu’ils devinrent ensuite ses élèves.

Je songe à cette vie tout entière passée sous le signe du combat, et nulle part je ne vois la moindre trace de complaisance. C’est la vie d’un guerrier qui trouva sur son chemin d’autres guerriers. L’art qui vint couronner 86 ans de pratique et d’étude de la discipline martiale dans les conditions qui viennent d’être évoquées, cet art ne pouvait être une chorégraphie.

L’Aikido d’O Sensei Morihei Ueshiba n’est pas un ballet exécuté par deux ou plusieurs partenaires, à l’issue d’une convention, et dans un esprit de divertissement. Pourtant, sans apprécier peut-être toute la signification de son propos, le commentateur de Bercy ne s’est pas trompé. L’Aikido qu’il avait sous les yeux est bien fondé sur la collaboration étudiée de deux partenaires. Ce qu’il ignore sans doute, c’est qu’O Sensei aurait du mal à reconnaître là son art. L’Aikido moderne n’est pas l’Aikido de Maître Ueshiba, il en est l’apparence. Le démontrer exige le rappel de quelques points méconnus de l’Histoire.

Le Centre Mondial Aikikai so hombu

Maître Ueshiba a enseigné son art à Tokyo entre 1927 et 1941. En 1941, il quitte définitivement la capitale japonaise ou il ne retournera plus que pour de brefs séjours. Il s’installe à cette date, avec sa famille, à Iwama, minuscule village de la Préfecture d’Ibaraki, qu’il ne quittera qu’à sa mort en avril 1969. Voilà la réalité historique. Pendant les vingt-neuf dernières années de sa vie, le fondateur de l’Aikido précise, développe, approfondit et enseigne son art à quelques paysans, bien loin du "Centre Mondial Aikikai so hombu" de Tokyo, qu’il ne visitera plus que rarement, et qu’il laissera sous la direction technique de quelques élèves d’avant guerre, comme messieurs Shirata et Osawa, et sous la responsabilité administrative de son fils Kisshomaru.

La compréhension de ce fait historique est capitale car elle permet de concevoir la vérité suivante, a priori insoupçonnable : tous les Maîtres d’Aikido actuels qui, uchi deshi ou pas apprirent l’Aikido à l’Aikikai de Tokyo après la seconde guerre mondiale, ne furent pas les disciples d’O Sensei Morihei Ueshiba. Ils suivirent bien sûr quelques cours du Maître, mais cet enseignement fut occasionnel, et ne suffit pas à établir le lien très particulier de disciple à maître, qui se construit avec le temps et la vie commune. Tous furent des élèves épisodiques d’O Sensei, aucun ne fut un disciple véritable partageant la vie quotidienne du Maître pendant des années. A cela au fond la raison est fort simple : ils ne vivaient pas au même endroit que lui.

La naissance de l’Aikido

On parvient ainsi à cette constatation étonnante : au moment ou l’Aikido reçoit la reconnaissance officielle du gouvernement japonais, à l’époque ou les différents pays du monde accueillent avec enthousiasme cette discipline merveilleuse et où les experts de l’Aikikai songent déjà à une carrière internationale, dans le même temps, le découvreur de l’Aikido, l’homme qui rendit tout cela possible et réel, O Sensei Morihei Ueshiba, vit isolé, presque sans élève, dans la campagne japonaise, pendant près de trente ans. Trente ans ... mesure-t-on ce que cela signifie ? Trente ans entre 58 et 86 ans, l’âge où un homme parvient à la maturité de l’esprit, où les expériences d’une vie donnent enfin tous leurs fruits... Il eut fallu peu de chose pour que les trésors mis au jour par cet homme d’exception pendant toutes ces années ne fussent irrémédiablement perdus, oubliés faute d’un disciple véritable, capable de les retenir et de les transmettre.

Maître Morihiro Saito

Parce qu’il devait en être ainsi, ce rôle fut tenu par Morihiro Saito, jeune paysan d’Iwama qui intégra le Shu Ren dojo en 1946 comme on entre en religion, qui vécut et travailla tous les jours, à partir de cette date et pendant plus de vingt ans, avec Maître Ueshiba. Lui seul fut présent au quotidien pendant cette période capitale d’après-guerre où le Fondateur accéda progressivement à la plénitude de son art, développant des pans entier de l’Aikido (le travail des armes selon le principe aiki par exemple) qui n’étaient qu’embryonnaires avant la guerre. Au sens rigoureux du terme, Morihiro Saito fut le seul et unique disciple du fondateur de l’Aikido.

L’après guerre

Au début des années cinquante, l’Aikikai reprend ses activités interrompues depuis 1941 par la guerre, puis par l’interdiction, sous l’occupation américaine, d’enseigner les arts martiaux. Cette époque est un tournant dans l’histoire de l’Aikido. Elle marque la naissance de l’Aikido « moderne ». Les experts, pour avoir trop peu travaillé avec le Fondateur, n’avaient pas accédé à l’intégralité et au détail des connaissances techniques de base. Ne maîtrisant pas toutes les raisons logiques qui fondent les techniques d’O Sensei, ils furent contraints souvent de les imaginer, et parfois d’aller chercher des arguments dans les écoles sans rapport avec l’Aikido. Or la recherche en ce domaine ne souffre pas la médiocrité. O Sensei appartenait à un autre âge dont il fut l’héritier génial. Mais bien que son talent martial ait été tout à fait exceptionnel, il eut besoin d’une longue vie jalonnée de rencontres et d’expériences très singulières pour acquérir sa compréhension subtile du combat, et structurer son art en fonction d’elle.

Par quel miracle un quelconque pratiquant moderne d’Aikido, incomparablement plus limité que le Fondateur, pourrait-il – à l’égal d’O Sensei – retrouver de son propre chef, et avec justesse, les éléments techniques qu’il n’a jamais appris ? C’est pourtant ce que tentèrent avec plus ou moins d’innocence les élèves de l’Aikikai, puis leurs élèves, et les élèves de leurs élèves, perdant progressivement de vue les réalités qui guidèrent toujours Maître Ueshiba. C’est de ce processus qu’est sorti l’Aikido moderne et sa notion de partenariat. L’absence de relation directe et soutenue avec le Fondateur, les incertitudes techniques qui naquirent de cette situation, et le manque de compétence avec lequel on y répondit, vidèrent lentement l’Aikido de sa réalité martiale, et par suite de son sens. Car l’unité que propose l’art d’O Sensei réside dans l’union des contraires, et bien évidemment pour qu’il y ait une union des contraires, Il faut qu’il y ait contraires. La résistance est indispensable à l’art de la non-résistance. Sans pair il n’y a pas d’impaire et l’ombre n’existe que par la lumière. Sans opposition, la non-opposition est un non-sens.

Tai no henka
Alignez votre pieds sur celui d’Uke

Dualité, unité, Amour

En Aikido, l’autre doit incarner l’opposition, la résistance que j’anéantis en m’y unissant selon certaines lois. C’est précisément cela l’amour dont parlait maître Ueshiba, l’amour qui désigne la conciliation – d’un point de vue supérieur – des contradictions d’un monde qui – d’un point de vue inférieur – donne l’apparence d’une lutte permanente.

Cet amour passe nécessairement par la phase de combat, parce que le combat est une réalité au niveau du monde sensible, et que l’on ne peut jamais construire que sur ce qui existe. L’Aikido mène à la découverte concrète que les forces engendrées par tout combat ne sont pas contraires, mais complémentaires, et peuvent être ramenées à l’Unité. L’Aikido permet de comprendre, de manière opérative, que l’unité naît de la dualité, qu’elle n’est pas l’absence de dualité, mais la résolution de la dualité.

L’Aikido moderne oublie simplement que l’univers entier est une harmonie de tensions, et au lieu de s’appuyer sur le sol ferme de la dualité pour la dépasser ou la transcender dans l’unité, il croit pouvoir négliger cette dualité, la supprimer a priori. Or transformer l’adversaire en partenaire n’est pas une simple "évolution" comme on l’affirme souvent sans réfléchir. C’est en réalité la négation de la grande loi qui équilibre le cosmos et qu’O Sensei eut constamment à l’esprit. C’est la destruction de la source même de l’Aikido : la notion d’opposition.

L’Aikido nouveau

Que dirait-on d’un savant qui voudrait faire "évoluer" les mathématiques en supprimant par exemple la notion d’opération ? Toutes choses égales par ailleurs, c’est ce qu’accomplit tranquillement l’Aikido moderne. Un figurant mime une attaque sans réalité, accompagne docilement le déplacement de son partenaire dans l’espace (quand il ne le précède pas) et chute par convention. L’attaquant est maitrisé parce qu’il y a consenti au préalable ...

Et personne ne s’étonne. Voici l’Aikido nouveau, transformé au gout du vingtième siècle finissant, forme exotique et élégante d’expression corporelle, les Aikidokas ne comprennent décidément plus rien au symbole du sabre qu’ils portent. Ils confondent la liberté que propose l’Aikido au terme d’un long chemin de contrainte et d’efforts, avec la liberté d’accomplir d’emblée n’importe quelle fantaisie gratifiante et illusoire.

Ainsi les forces qui veulent suivre leur intérêt particulier prennent-elles la forme de celles qui auparavant ont donné les vraies impulsions. Mais la flamme qui brilla à l’origine de l’Aikido n’est pas de nature à s’éteindre si vite. Car elle n’émane pas simplement de la volonté d’un homme, aussi exceptionnel soit-il. Cette volonté qui se manifesta lors de la création de l’Aikido, agit aujourd’hui pour préserver son intégrité. Elle agit bien sûr à travers Maître Saito qui l’incarne momentanément. Parce qu’il fut l’homme du tournant de l’Histoire, l’homme placé par la providence pour recueillir les techniques de Maître Ueshiba. Et tout aussi important, l’homme capable de rassembler en une méthode l’enseignement multiforme et antisystématique d’O Sensei. Car l’Aikido sans guide demeure hermétique. C’est un labyrinthe sans fil d’Ariane Et l’Aikido moderne s’y est perdu. Mais encore une fois, Maître Saito n’est lui-même qu’un acteur, un instrument aux mains ce cette volonté qui le dépasse infiniment. Cette volonté qui a donné naissance aux techniques des Arts Martiaux à travers les âges, cette volonté qui a inspiré Morihei Ueshiba, cette volonté qui veille aujourd’hui sur l’Aikido traditionnel dans la périlleuse traversée de la Modernité, cette volonté dépasse notre humanité.

Takemusu est une manifestation de cette volonté. C’est pourquoi Takemusu n’appartient à personne, et n’est l’expression d’aucun courant partisan. Pour cela, Il est juste et digne de servir ses desseins. Ceux-ci ne passent ni par Bercy ni par aucune forme de complaisance.

Philippe Voarino, Vincennes, le 21 septembre 1993

Commentaires

Jeune pratiquant, je suis l’enseignement de Gérard Blaize Senseï qui a été l’élève de Hikitsuchi Senseï. Je ne vois pas apparaître ces deux maîtres dans vos références. Pourriez-vous m’en indiquer les raisons, s’il vous plait ?
En tout cas merci pour ce site qui, s’il n’éclaire pas sur l’aspect spirituel recherché par O Senseï, est fort utile au stade ou j’en suis de ma recherche de l’Aïkido.
Hervé Brocail

J’ai bien connu Gérard à une période de ma vie où j’habitais Paris. Nous nous entraînions ensemble au jodo de l’école Shindo Muso. Mon professeur dans cette discipline était Pascal Krieger, élève direct de maître Shimizu, dernier soke de l’école. J’ai compris un jour que l’on ne pouvait mener de front cette discipline et l’Aikido pour des raisons fondamentales qu’il serait trop long de développer ici. J’ai donc choisi l’Aikido.

Quelle que soit la discipline qu’on pratique il faut longtemps pour prendre la juste mesure des choses et la place de chacun. Je dis souvent pour faire comprendre cela par exemple que le jour où Nobuyoshi Tamura a noué sa ceinture blanche pour la première fois, Morihiro Saito venait de recevoir son 6ème dan des mains d’O Sensei. Alors Gérard est un camarade que j’estime, mais il n’a pas la stature d’un maître au point où nous sommes parvenu de l’Histoire de l’Aikido. Ce qui explique que je ne fasse pas référence à lui.

Il en va différemment d’Hikitsuchi sensei qui fut un élève proche d’O Sensei. Il se trouve que je n’ai pas suivi l’enseignement de ce maître et que je ne le connais donc pas suffisamment pour en parler avec autorité. Je préfère me limiter à ce que je sais de source sûre pour avoir vécu personnellement l’enseignement techniques et tous les évènements que je rapporte.
On ne peut parler d’une manière constructive que de ce que l’on connaît vraiment. Ce n’est qu’à cette seule condition qu’on est crédible. Autrement, on rapporte des propos entendus ailleurs et on tombe vite dans la discussion type du café du commerce.

bonjour
Tamura Sensei ne sera t il toujours qu un jeune
car venu a l Aikido que bien apres Saito Sensei ?

Quoi qu’il n’y ait pas péril en la demeure, personne ne reste toujours jeune...malheureusement.

Il est vrai que maître Tamura qui vivait à l’Aikikai auprès de son professeur Kisshomaru Ueshiba n’a pas vu et entendu ce qu’a vu et entendu maître Saito qui vivait à Iwama auprès d’O Sensei.

Et je me rappelle à cet égard cette histoire que racontait souvent maître Saito. Un jour qu’il avait pratiqué de manière intense avec O Sensei il lui avait fait la réflexion suivante :

"Sensei,tout ce que vous mettez au point actuellement, tout ce que vous faites ici, votre fils qui vit à Tokyo n’en voit rien."

O Sensei répondit simplement : "Les choses sont bien comme elles sont."

A plus forte raison bien sûr pourrait-on appliquer ces remarques à maître Tamura qui fut l’élève du fils justement.

Pour autant on ne peut pas négliger le travail et le chemin accomplis par maître Tamura. Il pratiqua bon an mal an suffisamment sous la direction d’O Sensei pour s’imprégner d’une certaine image du Fondateur et de ses formes de travail. Riche de cette expérience privilégiée il s’installa en Europe ou il s’efforça pendant de nombreuses années de transmettre sincèrement ce qu’il avait reçu. Il y parvint en renforçant progressivement, tout en enseignant, sa connaissance de l’Aikido à partir des bases qu’il avait reçues. Seule faisant défaut la connaissance de l’aiki ken et de l’aiki jo. Grâce à cette constance, il put jouer un rôle important dans le développement de l’Aikido français et européen. Cette partie de sa vie est à son plus grand honneur. Et je vous remercie de me donner ici l’occasion de dire cela, n’en déplaise aux esprits manichéens.

Pour des raisons que j’ai longuement expliquées, parce qu’il s’est trouvé prisonnier d’un conflit d’intérêts entre son pays natal et son pays d’adoption, il cessa de transmettre au début des années 80 sur le mode qu’il avait adopté pendant la période précédente. C’est un choix et c’est une autre histoire. Mais je ne dirai pas que maître Tamura n’est pas parvenu, grâce au contact direct qu’il eut avec O Sensei, à une maturité de sa connaissance de l’Aikido. Et croyez moi s’il vous plaît, si une personne ne peut pas être suspectée de complaisance à son égard, c’est bien moi.

la pratique d’un aïkido efficace ne peut se faire sans une unification de l’esprit et du corps.
O sensei été toujour attentif pour expliquer le concepte spérituel des techniques, comme il a toujour expliqué que la technique n’est pas une fin mais un moyen pour atteindre l’esprit. seulement, dans la pratique moderne de l’aïkido on s’interesse beaucoup plus au corps que l’esprit.

Je tiens à réagir sur la question portant sur mon senseï Hikitsuchi
Je suis de votre avis sur la valeur des dan toute relative cependant Hikitsuchi senseï à fait la Guerre ,ce qui lui donne par rapport à d’autre une valeur toute remarquable ,les techniques il les a experimentés dans la situation de vie et de mort pas simplement dans un entrainement viril.
D’autre part O senseï lui à donner un rouleau de dessin representant les techniques de masakatsu bo-jutsu qu’il a enseigné tel qu’il les avaient reçu quoi de meilleurs support que des instruction sur les armes reçu directement du fondateur

Enfin O senseï a lui même passé peu de temps en compagnie de ses Senseï est-ce a dire qu’il n’avait rien compris a leurs enseignements ?

Bonsoir moh. L’unité du corps et de l’esprit. Je suis d’accord. Je suis d’accord oui et non. Je suis d’accord à condition que l’on y mette quelques précisions de vocabulaire. Car en disant le corps et l’esprit on se place encore dans le domaine de la dualité. Pourquoi ne pas chercher sur la piste qui ferait de l’esprit une sorte de prolongement du corps plutôt qu’un concept différent du corps ? Ce qui permettrait au passage de comprendre comment on peut, en Aikido par exemple, toucher l’esprit grâce à un travail effectué sur le corps. A cet égard, il n’est peut-être pas inutile de considérer ces paroles contenues dans l’Evangile selon Thomas qui appartient aux manuscrits coptes retrouvés en 1945 à Nag Hammadi en Haute Egypte, vieux de 2000 ans, et connus sous le nom de Manuscrits de la mer Morte :

"Si la chair a été à cause de l’esprit,
c’est une merveille ;
mais si l’esprit a été à cause du corps,
c’est une merveille de merveilles."
logion 29

Bonjour philippe voarino. merci pour le message.
je suis débutant en aikido et je me suis inscrit dans un club aikido aikikai sans une connaissance prealable de l’existance de l’aikido Iwama, et maintenant aprés avoir lu tous vos articles concernant aikikai je me suis rendu dans des clubs iwama pour essayer de comprendre la difference, j’ai eté impressionné par la justesse des gestes, et par la puissance des mouvements. seulement, je veut savoir pourquoi le fils du fondateur s’est eloigné du chemin de son père ? et pourquoi le fondateur ne s’est jamais opposé à son fils ? et
est ce que la pratique de l’aikido aikikai serai moins efficace que celle de aikido Iwama pour atteindre l’esprit par le corps.

Bonsoir aqil. Je ne pense pas avoir jamais mis en doute les compétences d’Hikitsuchi sensei que je n’ai pas connu personnellement. Comment pourrait-on avoir un avis sur quelqu’un et aussi bien d’ailleurs sur quelque chose que l’on ne connaît pas ?

Votre remarque sur O Sensei est très pertinente. Je n’irai pas jusqu’à dire comme vous qu’il a passé peu de temps avec ses maîtres, car l’influence de Takeda et de Deguchi a eu le temps de s’exercer sur plusieurs années et surtout dans des conditions de transmission très privilégiées puisqu’il partageait leur vie et que le contact quotidien est en l’occurence un facteur capable de compenser les années manquantes. Mais il n’en est pas moins vrai que très rapidement O Sensei a opéré une synthèse originale des enseignements qu’il recevait et s’est séparé de ses maîtres.
Et ce qui est en jeu à ce point, c’est de savoir si n’importe qui dans la même situation en aurait fait autant ou, au contraire, si O Sensei n’était pas par hasard pourvu d’un génie hors du commun et d’une vision de l’art martial qui n’est pas à la portée des hommes les mieux doués des temps passés, présent et futurs. Ce qui n’en fait pas pour autant évidemment un kami. Je penche pour ma part pour la deuxième hypothèse. Et ce n’est pas faire insulte à Hikitsuchi sensei que de ne pas lui supposer les mêmes dispositions qu’O Sensei dans ce domaine.

Bonjour moh

Je voudrais juste donner mon avis sur certaines questions que vous posez.
Bien entendu je ne sais pas pourquoi O’Sensei ne s’est jamais opposé à son fils, par contre ce que je peux vous demander, c’est que s’il l’avait fait, s’il avait renvoyé Kishomaru au rang des débutants, qui alors aujourd’hui parlerai d’Aikido ?

Aujourd’hui il est dans l’air du temps d’oppose la pratique de l’Aikikai et la pratique dispense à Iwama, mais tout cela n’est possible que parce que Kishomaru était à la tête de l’Aikikai, sans quoi on ne parlerai peut être plus d’Aikido aujourd’hui.

Je ne pense pas que Kishomaru était un technicien, par contre c’était un très bon commercial. Il a su faire ce que son père ne pouvait pas faire, ne savait pas faire... Dans la préface de Budo il y a un passage ou Kishomaru explique que dans les années quarante Morihei était à Iwama dans la pratique et la contemplation des arts martiaux alors que lui avait la tache de s’occuper de la gestion administrative des bâtiments du Wakamatsu Cho.

Et je pense que bien des réponses se trouve dans cette année 1942, O’Sensei part s’installer à Iwama, et kishomaru reste à Tokyo. C’est à mon sens à partir de là qu’est la base des confrontations actuelles.

O’Sensei à Iwama en 1942 n’enseignait pas un art finis, il continuait de se perfectionner et de perfectionner son art, peut être pas tant sur le plan technique, mais plus sur ce que l’on appelle RIAI, il comprenait et mettait en avant des principes au travers d’exercices qui pour un oeil non expérimente n’avaient aucun lien logique.

Et pendant que lui continuai à se former, kishomaru lui se plaça en professeur d’Aikido, avec en tête l’expansion et le développement de l’Aikido au niveau mondial, on peut alors se demander quel Aikido ? Quand on sait que Morihei lui-même n’était qu’en train de le mettre en place ce que lui appela Aikido.

Kishomaru non seulement pris la place de professeur, mais alla plus loin dans cette tache en décidant de faire une exportation massive de ces élèves entre 1960 et 1970 afin de faire connaître au monde l’Aikido...

Le problème c’est que l’Aikido qui a été pris pour un jujutsu supérieur par nombre de nos anciens, n’était en réalité que la vision d’un Aikido par un pratiquant qui n’avait pas beaucoup plus de cinq années d’expérience dans le domaine des arts martiaux quand celui se plaça à la tête de la formation de ceux qui devinrent par la suite les shihans de l’Aikikai.

Car ne l’oublions pas quand Morihei partit à Iwama cette année là il avait derrière lui plus de quarante années de pratique dont une vingtaine de l’Ecole Daito sous la férule de Sokaku Takeda, maître répute pour sa sévérité et son caractère bien trempe. Face à lui son fils qui en 1942 venait d’être diplôme de l’université, et avait à son actif cinq six années de pratique.

Je me demande aujourd’hui en tant que pratiquant qui cherche à progresser sur le tapis et qui essaye de comprendre l’art léguer par O’Sensei comment son fils pouvait prétendre à la connaissance et à la formation d’enseignants compétents en Aikido ?

Pour finir je dirai que ce qui est merveilleux dans l’art qu’est l’Aikido, c’est que celui ci nous propose d’intellectualiser des concepts par une expérience physique. Mais pour cela je pense qu’il est nécessaire de pratiquer en respectant certaines conditions, certains principes, ceux que Morihei mis en place à partir de 1942 à Iwama et qui échappèrent au regard des élèves de l’Aikikai... Et qui à mon sens son absent de bons nombres de dojos. Alors comment ne pas avoir un léger regard amusé quand certaines personnes parle de l’ésotérisme de l’Aikido, de sa vision de paix et « d’amour », toutes ces notions qui pour prendre réellement un sens doivent provenir d’une compréhension profonde de la pratique physique...

Bonjour moh. Le commentaire de Matthieu vous livre quelques éléments de réflexion intéressants. Je répondrai pour ma part sur un plan complémentaire.

Pourquoi le fils s’éloigne du chemin du père ? Question difficile. Je ne suis pas Lacan. Il est certain qu’il n’est pas facile d’être le fils d’un homme qui a tracé dans sa vie un sillon profond et qui a marqué son époque ou son art. Il n’était pas facile d’être le fils du général de Gaulle par exemple. Chaque homme accomplit dans sa vie un parcours, et inévitablement quand le père était lui-même un monstre sacré, ce parcours sera jugé par rapport à celui du père. C’est très lourd. L’acteur Pierre Brasseur, c’est un autre exemple, a été pendant longtemps comme une ombre immense pour son fils Claude. Et il a fallu beaucoup de talent à ce dernier pour quitter cette ombre.
Bien souvent, le fils rompt avec le parcours du père en choisissant un domaine d’activité radicalement différent, ce qui empêche les comparaisons trop pénibles. Mais quand il marche sur les traces de son père, parce que les circonstances de la vie en ont décidé ainsi, alors il doit s’attendre à être jugé à l’aune des réalisations de ce dernier. Incontestablement, être le fils de Morihei Ueshiba et faire de l’Aikido n’était ni une tâche ni une vie faciles. Etre la pale imitation d’un génie n’a rien de bien enthousiasmant, et Kisshomaru, comme tout homme, a éprouvé le besoin de se démarquer de son père. Comment pouvait-il se démarquer de son père tout en faisant de l’Aikido ? Certainement pas en tout cas en faisant de l’Aikido mieux que son père, il le savait bien. Alors il a choisi la voie qui correspondait à son tempérament, la voie qu’il connaissait et dans laquelle il avait une chance d’aboutir : la voie administrative. Kisshomaru a administré le développement mondial de l’Aikido. Et il a incontestablement réussi dans cette voie. Le problème, c’est qu’on ne peut faire vraiment bien dans sa vie qu’une chose. La technique de Kisshomaru n’était pas à l’égal de ses compétences administratives. Il était donc inévitable qu’il s’écarte sur ce plan, comme vous le dites moh, du chemin de son père. On ne peut pas lui reprocher cela. Quand j’étais jeune enseignant, la réflexion d’un professeur d’Aikido slovaque m’avait fait réfléchir. Il m’avait lancé solennellement cette phrase en parlant de Kisshomaru : « Je ne crois pas possible qu’un homme qui porte le nom de Ueshiba ne soit pas le meilleur pratiquant d’Aikido du monde. » Et bien je dis moi que cela est possible, je dis même que cela est normal. En vertu de quelle loi un homme qui n’est là que par l’accident de la naissance, et qui a de surcroît et de son propre aveu débuté l’Aikido contre son gré, devrait-il être plus doué que les milliers de pratiquants qui sont venus étudier auprès d’O Sensei de leur plein gré, par libre choix, répondant ainsi à l’appel profond de l’art ? L’Aikido n’est pas transmis par la génétique. Et si l’on peut comprendre que la charge sociale et politique en soit héréditaire, comme sous l’Ancien Régime si vous voulez, il ne faut surtout pas confondre la direction de l’Aikikai avec une quelconque référence technique. Or la compétence technique reste quand même, que cela plaise ou non, la valeur fondamentale quant à la transmission de l’art.

Vous demandez pourquoi O Sensei n’a pas réagi à cette déviation qu’il percevait évidemment dans le développement de l’Aikikai. Je ne suis pas d’accord avec vous sur ce point. O Sensei a réagi. Il a d’abord eu quelques colères quand il s’est aperçu que l’Aikikai modifiait son enseignement. Mais ces colères n’auraient pas changé le cours des choses et pas empêché le profond processus de modification engagé à Tokyo qui était inévitable. Il a donc réagi à mon sens de la manière la plus judicieuse et la plus constructive. Il a donné des cours d’une très grande sincérité à Morihiro Saito à Iwama pendant plus de vingt ans, parce que ce dernier était en mesure de recevoir ce que Kisshomaru, le propre fils de Morihei n’était pas, lui, en mesure de recevoir. N’était-ce pas au fond la meilleure réaction ? Ce choix n’a-t-il pas été efficace ? Regardez ce qui se passe aujourd’hui. L’Aikikai ne manque pas bien sûr de clamer sur tous les toits que seul le Hombu dojo est garant de l’Aikido « officiel » comme ils disent. Mais la réalité est tout autre. Un vaste courant s’est développé dans le monde, transmis par Saito sensei. Ce courant n’est peut-être pas l’Aikido officiel, et ce n’est pas lui qu’on trouvera en première page des magazines féminins de santé et de mode, mais c’est l’Aikido fidèle à l’enseignement authentique du Fondateur de l’Aikido, O Sensei Morihei Ueshiba.

C’est ainsi que s’écrivent les choses et le monde au fond est bien fait. A chacun ensuite de faire ses choix. "Qui cherche trouve... frappez et l’on vous ouvrira." Quel sens autrement aurait donc l’engagement, votre engagement, vous qui justement avez effectué cette démarche de recherche de la vérité de l’enseignement de l’Aikido parce que vous ne vouliez pas vous contenter du premier dojo et du premier professeur qui se trouvaient, par hasard, sur votre chemin ?

merci matthieu, merci voarino pour tous les détails. seulement une petite question m’intrigue. pourquoi O sensei dans ces derniers jours a demandé à saito sensei de rester fidele à la famille Ueshiba ce qui implique aussi rester sous l’administration de l’aikikai, et il n’a pas demandé que saito sensei soit indépendant et promouvoir l’aikido tel que conçu par O sensei ?

merci

Bonjour moh. Observez la société japonaise. Il existe au Japon, c’est banal de le dire, un véritable patriotisme du travail. Savez-vous pourquoi ? Parce que le travailleur japonais a un sentiment très fort d’appartenance à son groupe social. Il considère son entreprise comme il considère sa famille. C’est pour cela qu’ii est extrêmement fidèle et change rarement d’employeur au cours de sa vie professionnelle. La famille au Japon a une importance primordiale. Elle est une valeur de référence. O Sensei, qui vivait dans cette culture, n’échappait pas à ce sentiment. Et à sa mort il a demandé à Morihiro Saito de protéger sa famille. C’est très simple et très naturel. Au passage je vous rappelle que Morihiro est un nom qui signifie protecteur, et que c’est O Sensei qui l’a baptisé ainsi, modifiant son nom initial qui était Morizei. Ceci dit, O Sensei a laissé bien sûr à maître Saito la liberté de ne pas aligner son enseignement sur la technique enseignée à l’Aikikai. Heureusement pour nous ! Voyez comme les japonais parviennent à concilier des choses apparemment contradictoires et qu’il serait beaucoup plus difficile de faire cohabiter en Occident.

Bonsoir Philippe Voarino,

Parmi les senseis "anciens" en France certains ont pris leurs distances avec les 2 grosses fédérations. C’est le cas de Michel Soulenq qui a créé le GCERCCE, il y a plus de 20 ans.
L’avez vous connu, si oui, Qu’en pensez vous. Je pose la question car je m’intéresse toujours aux sensei qui sentent le souffre, plutôt qu’aux enseignants qui font l’unanimité avec stages de masse, passages de grades impersonnels...
Par avance je vous remercie de votre éclairage.

La rose_des_vents

Bonsoir rose des vents. Je ne connais pas Michel Soulenq que je n’ai jamais rencontré. Je ne suis donc pas en mesure de répondre à votre question. J’en suis désolé.

Pour ne pas vous quitter d’une manière aussi abrupte, et puisque vous préférez l’odeur du souffre au consensus des masses, je vous livre cette réflexion d’Oscar Wilde, si vous ne la connaissez déjà, qui nous permet de terminer sur un clin d’oeil :

"Dans un siècle où l’on ne prend au sérieux que les imbéciles, je vis dans la terreur de ne pas être incompris."

Bonjour,

Cet article est très intéressant, bien qu’inexact sur certains points. Je comprends l’intérêt pour vous de déclarer que M. Saito était le seul élève de M. Ueshiba, mais l’étude historique des faits amène à remettre en cause certains faits.

En premier lieu, M. Ueshiba, s’il avait pour lieu d’habitaton principal Iwama, n’a cessé de voyager pour visiter ses élèves (nouveaux et anciens). Il s’est retiré très malade à Iwama (sa santé était fragile depuis des années, à tel point que son neveu assurat la plupart des cours dans son dojo à une époque).
Une fois remis et la guerre finie, il a recommencé à voyager. A titre d’exemple, il a passé un an et demie à partir de l’année 1951 au dojo de son ancien élève Bansen Tanaka. Après avor commencé l’étude de la calligraphie auprès de son élève Seiseki Abe, il a commencé à passer un tiers de chaque mois au domicile de ce maitre.

A l’inverse, Morihiro Saito, qui a commencé à étudier après ses cours auprès de M. Ueshiba, a du quand même subvenir à ses besoins et travailler un jour sur deux pour les chemins de fer, et dormir de temps en temps comme tout un chacun.

Tout cela pour dire que si l’histoire du hombu dojo peut être révisée, il est bon d’éviter l’excès inverse, ce mythe de M. Saito étudiant 7 jours sur 7 auprès de M. Ueshiba pendant 23 ans.

M. VOARINO,

Vous parlez dans votre article de "collaboration étudiée de deux partenaires".
Or, cette expression ne s’applique-t-elle pas aux Kumitachi et Kumijo
élaborés par maître Saïto ?
En effet, les rôles d’aïte et de nage sont prédéterminés.
Je comprends la démarche de Saïto senseï qui n’avait pour autre but que de faire acquérir à l’étudiant les bases nécessaires à la pratique des armes pour, par la suite, évoluer vers une pratique plus spontanée, plus proche de celle de O’senseï (sans bien entendu prétendre se comparer à lui).
Toutefois, je comprends moins pourquoi la totalité des démonstrations effectuées par les experts 5, 6, 7°dan élèves de maître Saïto, tout comme lui de son vivant, ne donnent à voir que les Kumitachi et Kumijo exécutés de façon scolaire les uns à la suite des autres ?
Je suis au regret de vous dire que de telles démonstrations ne sont pas plus réalistes que celles du haut-gradé français auquel vous faisiez référence dans votre article.
Il ya fort à parier "qu’O Sensei aurait du mal à reconnaître là son Art", notamment quant à la pratique des armes qui fut la sienne et qui s’apparente plus à celle de maître Tamura (voir cette vidéo http://www.dailymotion.com/visited/search/tamura/video/xkdnp_tamura-sens...).
Ne voyez dans cette dernière remarque aucun esprit de clan ; je ne me sens pas plus proche de tel ou tel maître, mon camp étant, pour reprendre une expression de Daniel Toutain, celui de l’aïkido.

Cordialement.

Bonjour Karim.

Je partage pleinement votre analyse. Les kumitachi et les kumijo sont un travail conventionnel. Ce ne sont ni plus ni moins que des exercices d’étude, des suburi mis bout à bout dans le but d’une part, comme vous l’indiquez, de préserver une connaissance et, d’autre part, de permettre à l’élève d’acquérir une habileté dans la manipulation des armes et de parvenir à la compréhension de notions telles que hanmi, kakuto, maai, awase, shisei, irimi-tenkan, kokyu etc...

Permettez-moi justement d’attirer votre attention sur le fait que kumijo et kumitachi sont des enchaînements. Afin que soit rendue possible, pour des élèves qui n’étaient pas au contact quotidien du Fondateur, l’étude des solutions que propose l’Aikido dans diverses situations à mains armées, Maître Saito créa (avec l’autorisation d’O Sensei) des enchaînements de mouvements sous la forme 1-2-3-4 etc... Le problème inhérent à cette méthode est qu’elle introduit une forme qui ressemble à la dualité dans un art qui, par définition, exige l’unité.

Je prends un exemple. Sur une attaque yokomen uchi gedan avec le jo, vous reculez la jambe avant dans un mouvement tenkan et vous contrôlez le jo d’uchi avec le vôtre. Dans un tel cas, vous avez donc fait tenkan, en respectant le maai, c’est-à-dire en vous synchronisant (awase) grâce à la respiration (kokyu) avec la vitesse et la distance d’uchi, vous êtes en position hanmi dans un angle (kakuto) correct. Vous avez donc mis en œuvre incontestablement des notions aiki. Pourtant il y a quelque chose qui n’est pas du tout aiki dans cette séquence : c’est le contrôle, le blocage, la parade, appelez ça comme vous voulez, du jo d’uchi par le vôtre. Comment en effet pourrait-on savoir si uchi va attaquer gedan ou jodan ? C’est parce qu’on ne peut pas le prévoir et parce que la protection reste une dualité que l’Aikido rejette justement par principe la notion de protection. En Aikido il n’y a pas de protection, la seule protection c’est irimi. Sur une attaque, quelle qu’elle soit, on ne peut parler de réponse aiki que dans la mesure où irimi est présent. Dans le cas qui nous occupe, une réponse aiki serait par exemple d’entrer en frappant le genou d’uchi au lieu de reculer en contrôlant son jo. Par une telle action juste, le ki est unifié l’espace d’une fraction de seconde. Mais il y a un problème. Le caractère définitif de ce type d’action fulgurante, qui se résume chaque fois à un mouvement, rend très difficile de l’utiliser tel quel pour l’apprentissage. Alors est née l’idée qui a produit les kumitachi et les kumijo : ce mouvement que l’on doit normalement faire en irimi en frappant le genou d’uchi, on va le faire en tenkan en frappant son jo, mais attention : « empli de l’esprit qu’on frappe en réalité son genou en irimi ». J’insiste sur cette dernière notion car la confusion entre une telle frappe et une protection est des plus faciles et des plus courantes, et c’est bien le problème. Par ce déplacement tenkan on rétablit donc un maai qui rend possible une deuxième attaque de la part d’uchi, puis une troisième etc... jusqu’au moment où, au lieu de faire tenkan, on décide de conclure par un irimi final.

Ces exercices ont tout leur sens et toute leur justification quand on les considère comme un outil de formation aux principes de l’Aikido. Mais ils ont leur limite. Elle se situe là où commence la production spontanée de techniques libres de tout arrangement préalable. Et de ce point de vue on peut dire que le travail conventionnel et artificiel des kumitachi et kumijo n’est pas de l’Aikido, ou si l’on préfère n’est qu’une méthode préparatoire à la compréhension de l’Aikido. Cette méthode fonctionne, c’est pourquoi j’enseigne kumitachi et kumijo. Mais si on perd de vue que ces exercices ne sont jamais qu’un moyen et qu’on finit par considérer ce moyen comme une fin, alors on ne se situe pas dans la voie qui a été tracée par O Sensei.
Alors prend tout son sens votre critique concernant le fait que des hauts gradés se limitent leur vie durant, en démonstration ou ailleurs, à répéter ces exercices conventionnels (et je tiens à signaler ici que la vitesse d’exécution ne change rien au problème). Ce stade, qui est nécessaire, doit être dépassé.
La liberté qui est indispensable à l’Aikido ne s’obtient pas sans contrainte. Et c’est pourquoi l’apprentissage utilise largement les outils de la contrainte que sont kotai et les formes prédéfinies. Mais les formes de la contrainte doivent un jour s’effacer et être oubliées pour qu’apparaisse enfin la spontanéité vraie de l’Aikido. Je dis « vraie » car on rencontre fréquemment aussi une pseudo spontanéité qui est en réalité de la poudre aux yeux, une apparence de liberté, une illusion qui cache bien mal la grande faiblesse technique d’une pratique sans bases. Et à cette dernière j’attire votre attention sur le fait qu’il ne faut pas non plus se laisser tromper.

Philippe Voarino

Bonjour, encore un avis

            Ma  Pratique  Martiale

J’ai souvent entendu dire que l’Aïkido était ceci, mais n’était pas cela. C’est un art de non-violence, il n’est pas fait pour se battre, ni même pour combattre. Il est trop dangereux donc si on l’utilisait en combat réel, ça pourrait être même pour l’opposant. Etc … etc …

Pourtant, cette notion de non-violence est déjà à mille lieux de l’endroit où se trouve actuellement ma conscience et ma réalité. Car s’il est vrai que dans l’Absolu l’Aïkido n’est pas violence, il me semble tout aussi vrai qu’il n’est pas non plus non-violence. Il serait juste une réponse naturelle appropriée, presqu’instinctive à une sollicitation. Toutefois, son essence même en fait une Voie de métamorphose de la violence entre autres choses. Quand encore spermatozoïde, j’ai cherché l’ovule, c’est une certaine forme de violence primaire qui agitait ma petite queue pour que j’évolue dans ce milieu liquide jusqu’à ma moitié. Venir au monde fut violence, respirer fut violence, grandir, travailler, survivre, aimer constitue également une certaine forme de violence. Cette forme première d’expression que l’on nomme peut-être injustement violence est tout à fait naturelle. Donc si Aïkido = Nature, comment se pourrait-il que L’Aïkido rejette une forme d’expression de la Nature ? O’Senseï se serait-il perdu en chemin !? Je ne crois pas ! Du point de vue d’un Budoka, je dirais : « Ce O’Senseï est un malin. Il a pris l’aikijutsu et en a fait un art plus efficace nommé aikibudo. Et après la guerre, comme il ne pouvait plus enseigner toutes ces techniques de combat, il a épuré son Art, n’enseignant plus qu’un principe et un seul ; et il l’a présenté à la foule comme un Art tout à fait pacifique alors qu’en réalité il y a là tout ce qu’il faut pour « décaler » un adversaire. »

D’un tout autre point de vue je dirais : « Et pourtant on parle de Voie, de Tradition. Il était cela sûrement loin d’être fou. Alors tout ce truc Divin, spirituel etc … Il était vraiment sérieux là ? » Et au final, je ne suis pas plus avancé que Monsieur reculé !!! Qu’est-ce-que l’Aïkido ? je ne sais pas ! Et on aura beau me l’expliquer je ne comprends pas. Mais je sais ce que ce n’est pas ! Ce n’est ni violence ni non-violence ; ce n’est ni haine ni amour au sens mortel et humain du terme. L’aïkido est la Voie de L’Aïki, de ce quelque chose qui me dépasse et que pourtant, tout au fond de mon être je crois savoir intuitivement. Ce n’est pas et j’en suis certain la Voie des faibles et de ceux qui ont peur. Car sur le Chemin, L’Aïkidoka apprend à ne plus craindre quoique ce soit ni qui que ce soit en dehors du fait de ne plus être sur la Voie. Alors que mon corps intègre le Jutsu, que mon cœur embrasse le Do et que mon Esprit s’embrase de ce feu divin. Et si la bataille doit commencer, alors que corps et âme je me lance dans le combat en ayant foi dans la technique de O’senseï, son jutsu, car à ce moment, aucune paix, aucun Do n’intéressera celui qui se trouvera face à moi.

Ph.LGT

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/comment/38
Copyright TAI (Takemusu Aikido Intercontinental)