San ju ichi no jo : 1+2+3

Entre les temps 2 et 3 de san ju ichi no jo, il y a un temps intermédiaire qui n’est pas comptabilisé, et qui est souvent l’objet d’une mauvaise interprétation.

Ce temps consiste à frapper le jo d’uchi. Dans la position où se trouve uke jo au moment où il frappe ainsi, le coup est souvent compris comme une intention d’écarter le jo d’uchi afin de pouvoir exécuter le tsuki suivant (temps 3).

J’ai pratiqué cet exercice des centaines de fois à Iwama sous la direction de maître Morihiro Saito, il n’a jamais donné une telle explication. De même qu’il n’y a pas de parade en Aikido, il n’existe pas non plus de mouvement où l’on écarte délibérément l’arme d’uchi dans un premier temps, afin de pouvoir le frapper dans un deuxième temps. Ce concept est étranger à l’Aikido.

Je me souviens très bien de mes premiers cours d’armes à Iwama, début février 1986. J’avais à l’époque pratiqué l’exercice ci-dessus avec un monsieur que je voyais pour la première fois, Hideo Hirosawa. Ce n’est que bien des années plus tard que j’appris qu’il était, après maître Saito, le deuxième gardien du temple d’Iwama. Il m’a fait comprendre une fois pour toutes la manière de frapper le jo sur cette technique, et la raison pour laquelle il faut le faire ainsi. On doit frapper le jo avec l’idée de couper l’adversaire, et d’armer la frappe suivante (le tsuki du temps 3) dans le temps même de la coupe. Il n’y a aucune intention de dévier le jo d’uchi.

Philippe Voarino, mars 2019.

Commentaires

Bonjour Vous montrez la lune, je m’obstine à ne voir que le doigt. https://youtu.be/BLxWB9obRS4

Merci.

Bonjour Go_Kyu.

J'ai regardé la vidéo de Patricia Hendricks. C'est ce que nous faisions ensemble à Iwama il y a trente ans, avec aujourd'hui un peu plus de lourdeur, les années sont passées par là. L'Aikido ne se résume pas à ce jeu conventionnel. Tolstoï fait dire à Ivan Illitch, peu avant sa mort, que la réalité n'est qu'un monstrueux mensonge, destiné à cacher et la vie et la mort. J'ai parfois le sentiment que la méthode est un monstrueux mensonge, destiné à cacher l'Aikido. C'est un mensonge à n'en pas douter, espérons seulement qu'il ne soit pas monstrueux. Espérons qu'il soit destiné à préserver un enseignement qui ne peut pas être transmis directement. Quand je vois vers quoi se dirige aujourd'hui l'école d'Iwama, j'avoue pourtant qu'il m'arrive de douter de l'avenir de cette transmission.

Philippe Voarino

Bonjour Sensei,

D'après vous pourquoi la réalité cacherait-elle et la vie et la mort ? Pourriez-vous développer, s'il vous plaît ?

Merci encore pour le fabuleux et incomparable travail que vous effectuez.

Bonsoir,
Je vous ai entrainé dans ma confusion avec cette video de Sensei Hendricks.
Ce qu’on y voit est le fameux temps 3bis du kata 13 et non un élément de lance du kata 31.
Votre commentaire m’interpelle toutefois sur la fluidité des mouvements. Jamais vous ne présentez de mouvements en Ki No Nagare?

Merci.
Bien à vous.

Bonjour Patrice.

Il me semble que l'homme ne se pose pas trop de questions sur la vie et la mort quand il est jeune. On pourrait résumer par : la vie est belle, et la mort c'est pour les autres. Au fond, cela est peut-être très sain. Quand il dépasse la cinquantaine, ou avant parfois s'il tombe gravement malade, il commence à comprendre qu'il va mourir. Alors il regarde sa vie passée et se demande si elle a bien été ce qu'elle aurait dû être, quoi qu’il ait pu faire d’ailleurs dans cette vie. Je livre à votre réflexion la phrase suivante "J'ai offensé Dieu et les hommes, mon travail n'a pas été à la hauteur de ce qu'il aurait dû être", elle est attribuée à Léonard de Vinci sur son lit de mort.

La société moderne nous a placés dans une position telle que nous sommes généralement préoccupés seulement des contingences de la vie quotidienne. Ces contingences doivent être prises en compte évidemment, mais elles doivent aussi être tenues à leur place. Quand elles en viennent à occuper tout l'horizon de la vie, quand ce qui dirige un homme est seulement son plan de carrière, l’acquisition de son futur appartement, et une forme de reconnaissance sociale, il perd de vue le sens qu’il est peut-être capable de donner à sa vie et à sa mort. C’est un reproche qui est souvent adressé au point de vue matérialiste sur le monde.

C’est dans ce sens, je crois, que la "réalité" peut cacher les questions à proprement parler essentielles pour l’homme que sont la vie, la souffrance, et la mort. Nous perdons la plupart de notre énergie dans des tâches qui sont généralement de peu d’importance, et pour des objectifs illusoires. Le "mensonge" réside dans l’inversion des valeurs que nous opérons de la sorte, car cette réalité à laquelle nous adhérons devient pour nous primordiale. J’ai écrit un article sur ce thème, en rapport avec l’Aikido, je l’avais intitulé "A rebours", il est sur ce site à http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/rebours.

Voilà comment je comprends les préoccupations de Tolstoï à la fin de sa vie, Patrice, sous toutes réserves, et en toute humilité.

Philippe Voarino

Bonjour Go_Kyu

Il n 'y a pas de confusion, kata 31, kata 13, tout cela fonctionne de la même manière : une attaque, un blocage, une réponse, tout ce que l'Aikido n'est pas. Mais il faut en passer par là sans doute.

Le ki no nagare est une forme de travail qui existe effectivement au sein même de la méthode. Il m'arrive de pratiquer de cette manière. Mais c'est un exercice réservé aux pratiquants avancés, dans le cadre de leur recherche personnelle. Enseigner la méthode en ki no nagare est absurde, et maître Saito s'est toujours refusé à le faire. J'ai été témoin de sa réflexion sur ce point : il a fait une tentative un matin à Iwama pour enseigner les armes en ki no nagare, il a arrêté l'expérience au bout de deux jours et n'y est plus jamais revenu. Il faut bien faire la différence entre ce qui relève de l'apprentissage et ce qui est au-delà de l'apprentissage. Ne perdez pas de vue que les vidéos que je mets sur le site ne sont que des morceaux de cours pris en direct, ils ne doivent pas être interprété comme des démonstrations, et encore moins comme de l'Aikido.

Philippe Voarino

Le paradoxe serait de rendre les conditions de vie matérielles nécessaires et suffisantes pour permettre à tous d'avoir le temps et la volonté de se pencher sur ces questions. On pourra peut-être alors vraiment parler d'humanité, qui reste finalement toute une potentialité en devenir.

Merci, Philippe.

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/comment/3440
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