Au-delà de la méthode #71

Ushiro eri dori irimi nage

Le Fondateur de l’Aikido a insisté sur le point suivant : toute technique d’Aikido qui fonctionne contre un adversaire doit fonctionner aussi bien contre quatre adversaires, sans qu’il soit besoin de changer quoi que ce soit à l’exécution initiale de la technique.

La technique ushiro eri dori irimi nage illustrée sur cette vidéo est un bon exemple de ce principe. On y constate qu’il n’est pas possible d’agir plus logiquement et plus efficacement avec quatre adversaires qu’en appliquant ce qui est parfaitement logique et efficace avec un seul adversaire. Et je voudrais souligner encore une fois ici à quel point cette coïncidence des deux logiques – que l’on retrouve systématiquement dans chaque technique d’Aikido – est une relation remarquable.

On peut dès lors déduire de ce principe l’information suivante, fondamentale : il ne peut pas exister de cas où une technique d’Aikido serait efficace contre un adversaire unique et dangereuse contre plusieurs adversaires, une technique qui permettrait à tori d’être fort dans une direction donnée, mais vulnérable dans les autres directions, arrière ou latérales .

Fort de cette information, il faut se demander comment et pourquoi certaines techniques d’Aikido régulièrement enseignées sont efficaces avec un adversaire, mais dangereuses dans le cas d’une attaque de groupe. Je pense par exemple à ikkyo omote qui permet bien de contrôler un adversaire, mais laisse dans le même temps vulnérable le dos de tori.

Je ne peux pas accepter la réponse classique : « s’il n’y a personne derrière moi je peux faire ikkyo omote, s’il y a quelqu’un alors je fais ikkyo ura ». D’abord parce qu’on ne peut pas toujours savoir si l’on a un adversaire derrière soi, mais surtout parce qu’une telle idée ne respecte pas le principe tel qu’il est défini par maître Ueshiba. L’Aikido ne se pense pas comme un art possédant des techniques réservées à un adversaire unique et des techniques réservées à plusieurs adversaires, c’est toute technique, ou chaque technique si l’on préfère, qui est conçue pour répondre simultanément aux possibilités diverses.

Si ikkyo omote est bien, comme je le crois, une authentique technique d’Aikido, alors ikkyo omote doit nécessairement être réalisable de telle manière que, dans son exécution, ni les flancs ni le dos de tori ne soient vulnérables aux attaques éventuelles. Il doit nécessairement en être ainsi pour ikkyo omote, puisqu’il en est ainsi pour chaque technique d’Aikido. Je renvoie sur ce point à la rubrique « Méthode Saito » où l’enseignement en ligne est comparé à la réalité du mouvement en rotation. Que l’exécution d’une technique martiale garantisse la sécurité de tori dans les quatre directions est un critère fondamental pour que cette technique puisse porter le nom de technique d’Aikido.

Philippe Voarino, août 2017.

Commentaires

Bonjour Maître,

Alors là j’avoue que je suis un peu perdu… Par un hasard qui semble tomber à point nommé, je venais de relire récemment d’anciens articles et notamment votre article relatif à omote et ura où vous justifiez omote comme étude nécessaire à la construction du corps et à l‘acquisition de certaines bases.

Même si je suis convaincu par nombre de vos démonstrations dans les divers articles que vous avez déjà publiés, j’éprouvais quelque difficulté à concevoir une telle signification à omote. Dans votre article « Roppo 5 » une forme omote appartaissait à priori incapable de gérer des attaques venues d’angles différents.

Certes si l’on regarde les différentes séquences de démonstration de ikkyo, nikyo , sankyo , yonkyo réalisées par Maître Saito (Cf Méthode Saito) dans leur version omote, on constate effectivement que Maître Saito conserve le corps orienté dans la même direction qu’au départ de l’action. Vous expliquiez cela du reste par la progressivité de la méthode et la difficulté pour un débutant de pouvoir appréhender la notion de rotation de l’axe du corps, soit.

Mais comme vous en faisiez également la démonstration dans cette même série d’articles, vous précisiez qu’en fait nikyo, sankyo et yonkyo omote dérivent d’ikkyo en augmentant progressivement la rotation de l’axe du corps et, si je reprends vos propos : Grace à cette rotation « tori efface en même temps son dos d’une attaque potentielle venue de l’arrière, il contrôle la direction arrière, il travaille de manière multidirectionnelle ». Il semble donc bien, à vous entendre, que les formes omote permettent tout de même de sortir de la zone de danger tout en gênant un adversaire qui viendrait potentiellement de la droite ou de la gauche…

En second lieu il me semblait curieux que cette notion de « méthodologie » dans l’apprentissage attribuée aux formes omote ne se trouve valable que pour les kyo (ikkyo à gokyo) alors que shiho nage admet une forme avancée omote (Cf Shiho nage direction III et IV).

Enfin et c’est peut être paradoxalement ce qui me gênait le plus, ikkyo, shiho nage et irimi nage sont les trois techniques fondamentales et complémentaires (Cf Kajo 22). Mais le complémentaire d’irimi nage (dans l’espace ura de uke) c’est bien la forme omote de ikkyo. Comment se peut-il alors que le complémentaire d’une technique fondamentale comme irimi nage soit une simple base méthodologique ?

Dans ce dernier article sur « au delà de la technique » vous semblez maintenant affirmer que ikkyo omote est bien une technique qui permettrait de se prémunir de l’attaque de plusieurs adversaires…

Alors ikkyo omote, base méthodologique ou technique réelle permettant de faire face à un attaque multiple ? Vous voyez j’essaie de trouver des réponses à mes interrogations tout en rédigeant mais j’ai un peu de mal à faire la part des choses ! Je sais que cela fait beaucoup d’interrogations mais si vous pouvez m’aider un peu…

Bonjour Sensei - vous dites que vous ne pouvez accepter la reponse : s’il n’y a personne derrière moi je peux faire ikkyo omote, s’il y a quelqu’un alors je fais ikkyo ura ». -ceci est votre jugement personnel - malheureusement la situation ou il n'y a qu'un seul attaquant existe .. donc omote existe SANS danger dans ce cas ... bon bref inutile de "polemiquer" car chacun est different et aura son point de vue - il suffit de voir la "vision" de l'aikido des differents eleves qui ont vraiment pratiquer avec O SENSEI et leur evolution a mesure que l'age arrivait et qu'il ne pouvait plus bouger comme il le souhaitait - dans ce cas on se rend compte que beucou de parametres doivent etre pris en compte et modifient la pratique et les techniques ...O SENSEI lui meme ne pratiquait plus qu'a genoux a la fin de sa vie car ses jambes ne le portaient plus ... SAITO SENSEI a modifier les rotations du happo giri du ken (par rapport a celle de ses vieux livres) car la rotation a 270 ne pouvait plus etre faite du fait de ses douleurs aux genoux donc 180 plus aisé..je prefere donc m'en remettre aux veritables et differents situations et pratiquer en fonction des "elements " - ce qui n'enleve rien a la pratique contre plusieurs et a l'adaptation qui doit etre presente a l'esprit .salutations sinceres.

Bonjour Sensei - la reflexion au sujet que la pratique de l' aikido doit prendre en compte la multitude des adversaires (potentiels) est bien sur une realité - MAIS comme le dit SAITO Sensei dans ses premiers livres sur attaque de plusieurs, le Fondateur a toujours dit (aussi) que 'on devait considerer l'attaque de plusieurs comme etant l'attaque d'un SEUL adversaire..bon comme on peut le constater chacun peut interpreter a sa facon... de plus le Fondateur n'etant plus la personne ne peut lui demander son avis ....raison de polemique qui ne finiront jamis ... salutations .

bonjour a vous ,

malgré les efforts de Mr Voarino la remise en questions est toujours presente ,et tant mieux d ailleurs vu l epoque cloisonnée que nous vivons.Philippe nous explique la notion de mouvement spiralaire : pour deux raisons fondamentales ; la premiere etant la sortie de la zone de danger ,ou les 4 directions de base .la deuxieme est encore plus evidente ; lors de l emploi d une lance ou d une epee ou sabre ,pesant un certain poids ,il faut imperativemment manier l arme en utilisant l effet spiralaire des hanches ,en cas contraire on travaillera avec les bras et de ce fait on sera moins efficace moins rapide et par consequent vaincu . l art martial se differe de la corrida par le principe de l elevation spirituelle et physique ,sans cela tout combat se resumerait au comportement du taureau qui fonce droit devant equipé de ses orniéres amicalement serge

Bonjour Phil.

J'ai eu la même démarche que vous. C'est l'évidence qu'ikkyo omote -tel qu'il est partout pratiqué - ne peut pas être une technique martiale authentique : il n'est pas tenu compte des quatre directions, et le dos de tori demeure exposé. Je n'ai pas vu tout de suite comment ikkyo omote pouvait - comme toutes les autres techniques d'Aikido - satisfaire à la fois au principe de déplacement et à la sécurité dans les quatre directions. Faute de pouvoir lui trouver sa raison martiale, je lui ai attribué une raison seulement pédagogique, ikkyo ura étant alors la véritable technique martiale. Mais je n'étais pas satisfait par cette explication, il ne me semblait pas possible que maître Ueshiba ait pu pratiquer une technique dépourvue de toute réalité martiale (car lui aussi pratiquait omote en ligne, ce n'est pas une invention de maître Saito), technique qui plus est aussi fondamentale qu'ikkyo omote, comme vous le dites justement.

Je peux dire aujourd'hui ceci : ikkyo omote est bien une technique martiale authentique d'Aikido en ce sens qu'elle respecte le principe de déplacement spiralé dans le cercle, et qu'elle garantit de ce fait la sécurité de tori dans les quatre directions. Il y a bien sûr une raison qui empêche de voir cette réalité et qui oblige tout le monde à pratiquer ikkyo omote en ligne. Si j'ai trouvé cette raison, vous pourrez la trouver aussi. Je vous mets sur la piste : ikkyo n'est pas une immobilisation au sol (ce qui se conçoit bien quand on pense champ de bataille plutôt que pugilat), ikkyo consiste à briser le coude de l'adversaire, et à le projeter par la violence que provoque une telle douleur.

Philippe Voarino

Bonjour Patrick.

Je ne répéterai jamais assez cette instruction d'O Sensei : toute technique d'Aikido tient compte des quatre directions. La conséquence logique de cette affirmation c'est donc qu'aucune technique d'Aikido ne peut éviter de tenir compte des quatre directions n'est-ce pas ?. Or il est évident qu'ikkyo omote tel qu'il est pratiqué en ligne ne tient pas compte des quatre directions. Ne vois-tu pas Patrick la contradiction logique qui se trouve là ? O Sensei était-il donc un homme incohérent ?

L'Aikido est plus formidable que tu ne l'imagines. Tu penses qu'ikkyo omote ne peut fonctionner qu'avec un seul adversaire, j'affirme au contraire de toi qu'ikkyo omote fonctionne aussi bien avec quatre adversaires qu'avec un seul ... mais pas tel qu'il est pratiqué en ligne évidemment.

Je crois qu'il faut comprendre cela : le nombre d'adversaires n'a rien à voir avec le choix technique, la technique est toujours la même, toujours respectueuse du principe de déplacement et de rotation spiralée au sein d'un cercle, et parce qu'elle est ainsi elle contrôle quatre adversaires comme elle en contrôlerait un, et elle en contrôle un comme elle en contrôlerait quatre. C'est cette dernière partie de la phrase qui interdit d'immaginer une technique d'Aikido qui fonctionnerait exclusivement avec un adversaire unique. Et cela ce n'est pas une interprétation parmi d'autres des propos d'O Sensei, n'importe quelle personne logique peut parvenir à la même déduction.

Philippe Voarino

Ce qui permet à tori , en même temps qu'il peut briser le coude de uke, de poursuivre son déplacement en sortant de la zone dangereuse et ce qui de fait exclut la crédibilité du ikkyo tel qu'il est réalisé habituellement au niveau de la pratique fédérale.

Merci beaucoup Maître Voarino pour cette réponse.

bonjour - merci pour la "cassure" du coude de uké mais bon dans ce cas la on est bien loin de l'aikido du Fondateur qui pronait un aikido qui preserve l'integrité de l'attaquant ...on retrouve donc plutot l'aiki jutsu ou aiki budo du debut ....donc chacun peut trouver dans les enseignements du Fondateur ce qui lui convient selon son bon vouloir - il suffit de voir d'ailleurs les diffrentes pratiques de eux qui ont connu le Fondateur ... selon les dets on voit bien leurs approches toutes bien differentes ..chacun sa voie ...comme en religion,chacun peut interpreter a sa maniere .. dans tous les cas l'eeficacité de tous les arts martiaux ont une limite ou ils devienent innefficaces : l'age et le handicap quoique l'on fasse et quelque soit le niveau acquis ... il siffit de voir O SENSEI, SAITO SENSEI et bien d'autres malheureusement ... salutations et bonne pratique quelqu'elle soit ...

Bonjour , je pense que sur shomen ikkyo omote , comme c'est tori qui sollicite uke , le contexte est différent ; si on le compare à une attaque simultanée de 4 shomen encerclant tori par exemple , en situation go no sen . On pourrait utiliser ikkyo omote comme anticipation , effet de surprise , «ne pas attendre» , sen no sen , justement pour anticiper les attaques simultanées . On pourrait aussi utiliser ikkyo omote en deuxième intention , càd après une première esquive de tori en ura , (celui-ci se trouvant alors en dehors du cercle d'attaque par irimi tenkan) , il serait en bonne condition pour exécuter ikkyo omote a ce moment là de la configuration de l'attaque.

curieux, les raisonnements de certain sont totalement illogique, les techniques aiki ne sont pas faites pour préserver son prochain, elles sont au mieux handicapante mais de façon clair elle doivent être lethale si necessaire, c'est comme ça que vous le vouliez ou non, c'est un art martial!!! Apres que certain interprète la pensée d'osensei ou d'autre comme le fait que l'aikido est non violent ,la c'est autre chose, foutaise et il ne faut plus parler d'art martial mais d'art japonais a la rigueur dixit le Chanoyu. Dans un combat si uke se relève sans aucun dommage, la leçon ne sert a rien sauf si tori n'engage aucune technique et prouve a l'attaquant qu'il frappe pour rien MAIS a ce moment la pourquoi donc apprendre des techniques jutsu ??
il ya deux possibilités actuellement dans la sphere AIKIDO soit une pratique non martiale (plus de 99.99%) soit une pratique martiale et la ça se complique..... comme dirait OSENSEI, le mensonge , l'emporte haut la main. , cdlt

Salut, oui ..."curieux".. "chez ces marins ...ce besoin de faire des phrases".. désolé, je n'ai pas la musique qui va bien... Bonne pratique à tous

qu'elle humour ERIC, tu fais partie du "commando des orateurs".

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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