Kajo #20

SATO TORRO ROTATAS ROTAS
OPE OPERA RARA
TENE ET A RE ARREPO

Je sème dans un sol aride des boucles qui tournent sur elles-mêmes,
travaille avec acharnement,
tiens bon, et, par ce moyen, je m’approche de toi.
— Charles Cartigny, Le carré magique (décryptage du carré sator)

Nous avons vu jusqu’ici comment les techniques d’Aikido s’enroulent sur la spirale intérieure et sur la spirale extérieure, et comment c’est aux points d’intersection de la spirale avec les quatre diamètres de la sphère circonscrite qu’elles trouvent deux par deux leur place. Les quatre diamètres n’étant que l’expression géométrique des quatre grandes lois que sont ippo, nipo, sanpo et yonpo.

La rigueur absolue de ce système est tout à fait extraordinaire.
On pourrait concevoir en effet qu’un esprit habile puisse organiser un système théorique où les techniques soient reliées deux par deux selon des critères de nature géométrique dans des angles constants et symétriques.

On pourrait, à la limite, accepter encore qu’un cerveau exceptionnel soit capable de coupler cette relation géométrique avec les lois mathématiques qui régissent la spirale logarithmique sur laquelle s’enroulent les techniques.

Mais comment concevoir qu’un modèle théorique aussi complexe soit, en même temps, ajusté aux possibilités du corps humain de manière si étroite et si parfaite que l’exécution pratique du mouvement ne puisse atteindre un degré d’harmonie totale, et donc de perfection, qu’en respectant scrupuleusement le plan proposé ? Il y a dans cette adéquation quelque chose qui semble difficile à expliquer avec les outils ordinaires de l’entendement.

Je vais donner un exemple de ce que j’essaie d’expliquer et des précisions stupéfiantes, quant à la pratique corporelle du mouvement, qui sont contenues dans ces spirales à l’apparence aride.

Nous nous sommes jusqu’à présent contentés de placer les techniques aux intersections, sans voir dans ce repérage autre chose qu’une indication de direction ou d’angle, ce qui était déjà d’un grand intérêt évidemment. Mais, ce faisant, nous avons négligé la prise en compte d’un élément du système qui nous avait échappé, erreur que nous allons réparer à partir de maintenant.
Il y a en effet une information supplémentaire contenue dans la spirale, une autre information remarquable: il s’agit de la distance, du maai.

Il est important de bien comprendre ceci : le rapport de distance qui existe dans la réalité corporelle, c’est à dire dans le mouvement d’Aikido à proprement parler, entre nikyo omote et kote gaeshi, est égal au rapport OA/OB tel qu’il est signalé sur la figure ci-dessus.

Autrement dit, dans les techniques complémentaires nikyo omote et kote gaeshi, uke est réellement amené au sol dans un maai de rapport égal à celui formé, sur la figure, par les deux segments de droite OA et OB.

Prenons un autre exemple : nous savons qu’ikkyo ura et gokyo omote s’effectuent sur la même ligne, dans la même direction. L’exécution physique, corporelle, du mouvement confirme ce point, mais elle montre aussi, pour qui prend la peine d’analyser ses sensations corporelles, et d’observer son déplacement de corps, que la distance d’exécution, par rapport au centre, n’est pas la même. Et bien, chose très surprenante, la spirale indique clairement cela. Comme si elle connaissait la nécessité corporelle dans laquelle se trouve l’homme, elle en tient compte dans son parcours et place ikkyo ura et gokyo omote là où ils ne peuvent qu’être :

Cette relation entre le parcours de la spirale et la nécessité physique, pour l’homme, d’exécuter tel ou tel mouvement à un endroit précis et pas à un autre, est très remarquable.
D’abord d’un point de vue pratique, parce que c’est évidemment une indication d’un formidable secours pour parvenir à une exécution idéale du mouvement.

Mais également d’un point de vue théorique, parce que cette relation n’est pas vérifiée seulement pour quelques techniques isolées – ce qui pourrait être attribué à la coïncidence – elle est au contraire vérifiée pour toutes les techniques sans exception. Et on peut s’en assurer au cas par cas à l’entraînement.

Cette dernière découverte a une conséquence majeure quant à l’unité du système que nous avons sous les yeux. L’enroulement de la spirale logarithmique est tel en effet que l’on dit d’elle « eadem mutata resurgo », expression que l’on peut traduire par : « transformée, je réapparais, égale à moi-même », parce que tous les points de la spirale logarithmique sont, entre eux, dans un rapport de nature homothétique (du grec homo-semblable et thesis-position), ce qui veut dire, pour faire simple, que toute transformation géométrique peut être traduite par une correspondance de nature mathématique entre deux figures de même forme et de même orientation. Or forme et orientation symétriques sont bien ce que nous avons constaté dans les couples de techniques d’Aikido.

Pour ce qui concerne l’Aikido, cette particularité de la spirale logarithmique, appelée aussi spira mirabilis, entraîne donc la conséquence majeure suivante : le rapport de maai entre ikkyo et shihonage est égal au rapport de maai entre nikyo et kote gaeshi qui est égal au rapport de maai entre sankyo et kaiten nage, qui est égal au rapport de maai entre yonkyo et tenchi nage, qui est égal au rapport de maai entre gokyo et irimi nage, qui est égal au rapport de maai entre ikkyo omote et ikkyo ura, qui est égal au rapport de maai entre nikyo omote et nikyo ura, qui est égal au rapport de maai entre sankyo omote et sankyo ura, qui est égal au rapport de maai entre yonkyo omote et yonkyo ura, qui est égal au rapport de maai entre gokyo omote et gokyo ura.

Ceci veut dire que toutes les techniques d’Aikido sont unies par un lien qui a rapport à leur origine et à leur essence même. Ce lien est vérifiable sur le plan géométrique et démontrable sur le plan mathématique, et il les apparente. Elles sont unies par lui à la manière d’un lien de sang, et c’est pour cette raison qu’elles appartiennent à la même famille.

Je comprends parfaitement la difficulté d’être convaincu de telles choses par les seuls arguments intellectuels.
Pour qu’une relation de maai aussi subtile entre les techniques soit acceptée comme une vérité, elle doit être expérimentée, sentie, vérifiée par le corps. Comme tout ce qui est expliqué dans ces kajos, elle doit être mise à l’épreuve sur un tatami, sous la direction d’un enseignant qualifié, sans quoi ce n’est que lettre morte. Il n’y a pas de connaissance authentique qui, à un moment donné, ne passe par le corps.
Mais j’attire tout de même l’attention sur le fait que quiconque doute de ce que j’avance, me fait, sans s’en rendre compte, un honneur que je suis à des années lumière de mériter. Douter revient en effet à imaginer que je sois capable d’avoir conçu seul, dans sa complexité, ce système que je me contente de décrire si laborieusement depuis des mois, sans même parvenir à en percevoir les limites qui reculent sans cesse.

En tout cas, grâce à la mise en évidence de ce genre de relation, on commence peut-être à mesurer avec davantage d’acuité de quoi il est question véritablement dans la fameuse notion de riai. Le monde dans lequel nous sommes entrés est en effet aux antipodes du monde dans lequel on imagine que des mouvements sont apparentés, au prétexte naïf que leurs formes manifestent quelques ressemblances. De telles comparaisons demeurent tout à fait extérieures, elles ne font qu’effleurer la surface des choses, sans parvenir au lien profond qui touche la racine des mouvements.

Philippe Voarino, juillet 2012.

Commentaires

bonjour maître, je parlais de LEONARD DE VINCI(da vinci code) au tout debut de votre recherche et etrangement je vois une relation tres etroite avec l'homme de VITRUVE et le rapport entre l'homme et les formes géometriques.Je me delecte de tout ceci.
Je vois meme dans ce dessin l'entremellement de deux galaxies et bizarrement, celles ci ne s'opposent jamais directement mais se dévient et se repoussent!!
j'attend avec impatience la suite de tout ceci

cordialement

GMD

Bonjour Maître,

Je reviens sur le constat de kajo 20. La spirale de Bernouilli étant régie par le nombre d’or, il est logique que les rapports de maai soient les mêmes entre les techniques situées sur une même spirale, ce qui est déjà en soi extraordinaire et encore fallait il en avoir l’idée…mais au regard de la figure que vous utilisez comme modèle de référence et des constats vis-à-vis du maaï qui ressortent de kajo 20 il y a quelque chose de troublant (si les cadres mentionnant les techniques représentent effectivement les points ou s’effectuent les techniques).

En effet vous précisez par exemple que le rapport de maaï entre nikyo omote et kote gaeshi est le même que le rapport de maai entre nikyo omote et nikyo ura. Kote gaeshi et nikyo ura sont certes symétriques de nikyo omote mais vous n’avez toutefois pas placé ces deux techniques aux mêmes endroits sur votre figure.

Par rapport à ikkyo omote kote gaeshi est placé sur la spirale extérieure bleue et nikyo ura sur la spirale verte. Or à mon sens un rapport de distance identique ne peut se concevoir que pour des éléments placés sur la même spirale. La spirale verte étant là pour matérialiser la trajectoire sur laquelle uke pourrait chuter ou être immobilisé si les mouvements étaient travaillés en miroir par rapport à ceux étudiés.

Si l’on considère la figure comme étant le modèle de référence,le rapport de maaï entre nikyo omote et les deux techniques que sont kote gaeshi et nikyo ura placées où elles le sont ne peut donc être le même…

La remarque vaut d’ailleurs pour sankyo ura et sankyo omote dont le rapport de maai n’est à priori pas le même qu’entre sankyo omote et kaiten nage toujours au regard de la figure.

Par contre si les techniques ura (ikkyo à gokyo) étaient placées en vis-à-vis des techniques omote sur la portion la plus centrale de la spirale bleue alors là oui le rapport de maai entre toutes les techniques omote et toutes les techniques serait le même, de même que le rapport de maai entre les techniques omote (ikkyo à gokyo) et leurs projections complémentaires...

Enfin concernant irimi nage vous précisez dans kajo 22 qu’irimi nage et ikkyo omote « tombent au même endroit ». Pourquoi dans ce cas les avoir séparées sur la figure à la fin de Kajo 16 ?

Bonjour Phil.

Vous avez parfaitement raison et votre analyse est juste. Demain paraîtra le kajo 23, dernier de cette série, qui vous donnera la réponse que vous attendez.

J'ai peu de temps pour écrire en ce moment, mais je veux juste dire ceci que j'essaierai de développer plus tard : le site TAI s'est construit dans le temps, et ce qui est aujourd'hui est le résultat d'une évolution. Ceci veut dire que vous trouverez inévitablement des contradictions entre certains articles d'hier et d'autres plus récents. Mais au fond, que l'erreur puisse éventuellement mener à la vérité, n'est-ce pas un bel exemple de la résolution des contraires ?

Philippe Voarino

Bonjour Maître,

Merci pour ce travail et d’une façon générale pour l’ensemble des éléments de réflexion que vous mettez à la disposition de tout un chacun à travers le site TAI.

Je voulais également vous dire qu’en lisant vos articles j’en ai probablement plus découvert sur les principes et les lois relatives à l’aikido qu’en dix ans de pratique « fédérale » et il n’y a aucun dénigrement de ma part derrière cela……

La connaissance n’ayant du reste de valeur que si elle est partagée, ce qui en matière d’aikido ne semble à priori pas être l’avis de tous et encore faut il être en mesure de la transmettre, la générosité dont vous faites preuve est à votre honneur et de cette générosité là je tenais encore à vous remercier.

A très bientôt donc, j’aurai certainement encore l’occasion de vous demander des éclaircissements notamment à propos du kamae, tout particulièrement avec un jo….

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/comment/1327
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