Roppo #2

Hanmi (roppo) est au départ et à la fin de l’action, mais pas au moment de l’action.

Nota bene : pour que le système de déplacement d’O Sensei puisse être compris de manière globale, le déplacement des pieds n’a pas ici été détaillé à chaque temps, ce qui aurait considérablement alourdi ce dossier, et empêché une vision d’ensemble. Le trajet des pieds peut être étudié en détail dans la série « Le déplacement d’O Sensei », et nous y reviendrons également dans « Roppo #3 ».

Il y a deux manières symétriques de passer de Hanmi à Irimi 1 :

  1. Le pied droit se déplace d’abord dans le secteur 1 pour frapper S (direction intérieure), le pied gauche le suit dans le secteur 2 pour frapper O (direction extérieure).
  2. Le pied gauche se déplace d’abord dans le secteur 2 pour frapper O (direction intérieure), le pied droit le suit dans le secteur 1 pour frapper S (direction extérieure).

Il y a une seule rotation à chaque fois, la même hanche directrice donc pour deux frappes.

Il y a deux manières symétriques de passer de Hanmi à Irimi 2 :

  1. Le pied droit** se déplace d’abord dans le secteur 7 pour frapper E (direction intérieure), le pied gauche le suit dans le secteur 8 pour frapper S (direction extérieure).
  2. Le pied gauche se déplace d’abord dans le secteur 8 pour frapper S (direction intérieure), le pied droit le suit dans le secteur 7 pour frapper E (direction extérieure).

Il y a une seule rotation à chaque fois, la même hanche directrice donc pour deux frappes.

Il y a deux manières symétriques de passer de Hanmi à Irimi 3 :

  1. Le pied droit se déplace d’abord dans le secteur 5 pour frapper N (direction intérieure), le pied gauche le suit dans le secteur 6 pour frapper E (direction extérieure).
  2. Le pied gauche se déplace d’abord dans le secteur 6 pour frapper E (direction intérieure), le pied droit le suit dans le secteur 5 pour frapper N (direction extérieure).

Il y a une seule rotation à chaque fois, la même hanche directrice donc pour deux frappes.

Pour les trois premiers irimi que nous venons de voir : 1 (Sud-Ouest), 2 (Sud-Est), et 3 (Nord- Est), chacun des six déplacements est initié par une direction intérieure (voir Roppo #1 pour l’explication de cette notion). La raison en est simple : ces trois secteurs sont dans un rayon d’action devant le corps.

Nota bene : on vérifie la règle énoncée dans Roppo #1 : « Quand le premier pied, quel qu’il soit, se déplace vers l’intérieur, le deuxième pied, se déplacera toujours nécessairement vers l’extérieur. »

Pour le dernier secteur (Nord-Ouest), la situation est différente : ce secteur se trouve en effet dans le dos de tori, et il est hors de portée des directions intérieures (que ce soit avec le pied droit ou avec le pied gauche). L’irimi ne peut être réalisé qu’en partant vers l’arrière, vers le dos. Seules les directions extérieures permettent ce déplacement :

Il y a deux manières symétriques de passer de Hanmi à Irimi 4 :

  1. Le pied droit se déplace d’abord dans le secteur 4 pour frapper O (direction extérieure), le pied gauche le suit dans le secteur 3 pour frapper N (direction intérieure).
  2. Le pied gauche se déplace d’abord dans le secteur 3 pour frapper N (direction extérieure), le pied droit le suit dans le secteur 4 pour frapper O (direction intérieure).

Il y a une seule rotation à chaque fois, la même hanche directrice donc pour deux frappes.

Nota bene : on vérifie la règle énoncée dans Roppo #1 : Quand le premier pied, quel qu’il soit, se déplace vers l’extérieur, le deuxième pied se déplacera toujours nécessairement vers l’intérieur.

Quelques exemples de la position des pieds d’O Sensei au moment de l’action, jamais en hanmi :

Le principe irimi-tenkan, qui est l’origine du mouvement, entraîne la conséquence suivante, majeure et nécessaire : hanmi est absolument indispensable au départ et à la fin de l’action, mais hanmi ne peut exister nulle part au moment de l’action.

Vision synoptique des déplacements :

Les quatre puissances (shi kon) de l’Ouest, du Nord, de l’Est et du Sud, offrent à l’homme deux possibilités d’entrée (irimi) dans chaque quartier, soient en tout huit pouvoirs (hachi riki). Ces huit pouvoirs naissent des quatre fois trois origines (san gen) : 3 directions intérieures avec le pied avant, 3 directions extérieures avec le pied arrière, 3 directions extérieures avec le pied avant, 3 directions intérieures avec le pied arrière. Le Grand Esprit, l’esprit un (ichi rei), a rendu possible la cohésion parfaite de ce plan et son processus.

L’homme occupe le centre et il regarde vers le Sud. A partir du triangle de sa position hanmi (cf.sur ce point « Le déplacement d’O Sensei #3 »), il se déplace sur le cercle sacré en visitant à tour de rôle les quatre quartiers de la Terre. Sur ce cercle, son déplacement délimite donc en même temps un carré. Nous invitons ici à lire ou relire « L’homme de Vitruve » :

L’homme qui se déplace dans le respect de ce modèle ne se contente pas d’effectuer un déplacement ingénieux, et accessoirement efficace : il se conforme au plan voulu par l’univers, il prie avec son corps.

Ce qui le protège alors au cœur du danger n’est pas un quelconque bouclier, ce n’est pas non plus la force et la rapidité de la jeunesse, ce n’est pas davantage l’expérience et l’habileté de l’âge mûr, toutes choses contingentes, éphémères, et limitées. Non, ce qui le protège alors, ce qui le porte au creux de sa main, c’est l’univers tout entier, qui a tissé ces lois dans la trame dont les étoiles elles-mêmes sont faites.

Que ces lois soient reconnues et qu’elles soient observées – sur la terre comme au ciel, par les hommes de bonne volonté, voilà qui plaît aux dieux. Car ces lois relient l’homme à tout ce qui marche, à tout ce qui vole, à tout ce qui nage, à tout ce qui vit dans la grande nature, et elles relient les hommes entre eux.

C’est de ce lien que parlent toutes les religions de la Terre (relegare = relier), et c’est de ce lien que parle takemusu. C’est ce lien (musubi) que l’Aikido propose de préserver, en l’enseignant à ceux qui veulent bien l’étudier, avec leur corps, avec leur esprit, et de tout leur coeur.

L'Aikido n'est pas un sport.

Philippe Voarino, décembre 2014

Commentaires

BONJOUR Philippe, superbe demonstration mais je n'arrive pas a enchainer les deux coupes successivement comme dans vos demonstrations, par contre je peux faire une coupe durant le premier deplacement (pendant la rotation) et je peux faire une coupe apres retablissement dans une position hanmi mais cette coupe est statique et donc sur le principe de kokyu (respiration).Dans IRIMI 3 COMMENT pouvez vous atteindre N en partant vers l'interieur ? moi j'y arrive apres irimi tenkan mais ma coupe est en position hamni donc ma rotation est passée.D'ailleurs je fais cela pour toutes vos demonstration et cela fonctionne, j'ai donc une coupe en rotation suivie d'une coupe en hanmi. cordialement.gilles

Bonjour Philippe,

Ne serait-il pas plus judicieux de parler aussi de secteur pour les coupes plutôt que de direction? Par exemple pour Irimi 1 : Le secteur 1 est coupé ensuite le 2 et inversement. Que la coupe soit montant ou descendante (celà dépend du Kamae de départ...

Aussi, au vue de la position des pieds sur les schémas, pourquoi les secondes coupes ne finissent pas au centre et entre le secteur 3 et 4 pour irmi 4?

Bonjour Philippe,

pour moi la reponse se trouve dans le fait que je fais pas attention a UKE , ùais sur le suivant qui me fais face en sortant du centre

cdt Serge

Pour une raison simple ; le hn Mi de depart de votre exemple reste le meme ( pied droit devant) , par contre le Han mi de fin peut finir dans chaque secteur du schéma , ce qui est pour moi l évidence que je ne me positionne et agit non pas face au Uke "scolaire " mais aux suivants . sinon je ne me fatiguerai pas à me deplacer

Bonour Gilles.

Il faut absolument comprendre cela : il n'y a pas de coupe véritable en hanmi. Hanmi est une position de départ et une position d'arrivée. La coupe véritable est un moment qui se situe entre ces deux positions et pour lequel, par définition, la position des pieds ne peut pas être hanmi.
Certes la rotation irimi-tenkan des hanches est possible uniquement à partir de la position hanmi, mais cette rotation irimi-tenkan est impossible en position hanmi. C'est pourquoi la coupe dans la position hanmi ne peut pas être autre chose qu'un mouvement de bras, sans participation des hanches.

Philippe Voarino

il prie avec son corps: ce qui s appel TRANSCENDER

mais est ce possible Mr Voarino avec une pratique scolaire dédiée jusqu au 3 eme ,4 eme , 5 eme Dan ...

cela remets en cause trés profondemment l esprit et la pratique

Bonjour Thomas.

Ce ne sont pas les secteurs qui sont coupés, ce sont les adversaires qui sont représentés par les points cardinaux. Mais les secteurs ont leur importance bien entendu, ce sont eux qui déterminent le placement des pieds. Il faut imaginer le jeu de marelle : on ne peut pas poser ses pieds dans n'importe quelle case, ni dans n'importe quel ordre,si l'on veut aller de la Terre au Ciel et revenir ensuite. Il faut respecter certaines règles.

Philippe Voarino

Bonjour Serge.

Je peux choisir de couper en premier l'adversaire qui est devant moi, aussi bien que n'importe lequel de ceux qui attaquent dans les quatre directions. Il n'y a pas, dans ces quatre directions, d'irimi à privilégier ou d'irimi impossible. Le choix de l'irimi est affaire de circonstances. En revanche, quel que soit le choix,le déplacement s'effectuera toujours selon le même plan, et deux adversaires seront coupés dans le même mouvement.

Pour répondre à ta seconde question, Serge, je dirai que la pratique scolaire est utile mais qu'elle n'est pas faite pour durer toujours. L'Aikido moderne a perdu de vue la fin, et confond désormais cette fin avec les moyens qui sont nécessaires pour l'atteindre. Répéter un million de fois un shiho nage d'école ne permettra jamais de comprendre pourquoi ce mouvement est appelé projection selon les quatre directions. Le déplacement d'O Sensei est la danse sacrée de l'Aikido, au même titre que la danse sacrée des derviches tourneurs dans le soufisme.

Philippe Voarino

Bonjour Philippe,

Dans ce cas, ces positions avec les cibles désignés sont effectuées au JO uniquement (et en tsuki), non? Comment couper à droite ou à gauche au KEN avec cette position de pieds qui forme le triangle sans vriller la colonne vertébrale? Et comment intégrer les techniques dans ces déplacements?

Bien Cordialement,

Bonjour Thomas.

Non, ken, jo, tai jutsu, tout est identique. Mais on atteint ici la limite des explications sur un écran d'ordinateur. Roppo 3 précisera davantage ce travail de rotation, et te permettra je l'espère de mieux le comprendre. Mais rien ne remplacera bien sûr les explications que je peux donner sur un tatami.

Philippe Voarino

je n'en doute pas, j'attendrai donc Roppo 3 si celui-ci peut m'éclairer. Et peut-être retrouver la possibilité de voir ceci sur le tatami. Après tout, je ne m'appelle pas Thomas pour rien! :)

Tu es le bienvenu, Thomas.

Philippe Voarino

Philippe,

tout d abord merci pour la réponse ,je médite le sujet. Pouvez vous me situer ou m expliquer la pratique du Iai-Do dans la vie de O sensei ,j entend par la quel est le role du Iai dans le Ken Jutsu ( ou plus precisememnt comment l utiliser ou l adapter à ce schéma de déplacement )

Cordialement

Bonjour Serge.

Le iai consiste à dégainer le sabre en coupant un adversaire, le ken jutsu à combattre avec le sabre. O Sensei a étudié certaines écoles de ken jutsu. Il a sans doute aussi étudié les techniques du iai, au moins par lui-même. Ces épisodes de sa vie sont assez peu connus, et je n'ai pas d'avis qualifié.

On peut rappeler quand même que les maîtres de budo contemporains d'O Sensei trouvaient sa technique de sabre peu orthodoxe, ce qui laisse penser qu'il avait parcouru un chemin qui l'avait éloigné des écoles classiques qu'il avait pu étudier avant la création de l'Aikido, au point que sa technique ne ressemblait plus à rien de connu. Je pense que le déplacement que j'ai essayé de décrire a joué un rôle très important dans cette évolution.

Philippe Voarino

Bonjour Philippe,

la reponse ,meme si je ne comprends pas tout les aspects qu elle implique,est ce auquel je m attendais ,merci Philippe J essaierais de comprendre cela au fil du temps . Mais Vous ,qu elle place occupe le Iai dans votre pratique , son utilité ou ses faiblesses

Serge

Bonjour ,

pourquoi et de quelle maniére Leonard Devinci a consciemment placé les pieds de l homme de Vitruve en Han Mi, s il vous plait ? serge

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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