Muna Dori Nikyo, point clef

Ikkyo est une immobilisation qui contrôle une articulation, celle du coude.
Nikyo est une immobilisation qui contrôle deux articulations, celle du poignet et celle du coude.

Mais attention, la deuxième main a un rôle relativement secondaire, elle vient conforter l’immobilisation en saisissant le poignet d’aite, mais ce n’est pas sur elle que repose l’essentiel de la technique.
Poignet et coude sont contrôlés par le mouvement du corps transmis au bras d’aite grâce au point de contact solide établi par la première main.

Afin de bien comprendre ce principe, vous pouvez vous entraîner à exécuter nikyo avec une seule main, comme il est démontré dans les photos suivantes.

La saisie finale avec la deuxième main sous l’avant bras d’aite, telle qu’elle est démontrée sur cette photo, est une variation de nikyo.

Commentaires

Bonjour, y-a t’il des "trucs" à connaître pour parvenir à saisir correctement la main et la retourner ou seul l’atemi permet de gérer une saisie ferme et verouillée ?

Bonjour Ldb

Je me permet de repondre car j’ai longtemps eu un probleme pour retourner la main, surtout quand elle appartient à quelqu’un de tres fort qui ne veut pas vous laissez la retourner.

Et apres beaucoup d’essais j’ai trouve que pour retourner la main et cela que ce soit pour ikkyo ou nikkyo,..., il fallait travailler sur ce que j’appelle la "limite de force" d’uke.

Je vais essayer de m’expliquer, quand uke vient saisir, en plus en kotai, il est fort. Prenons l’articulation de l’epaule comme centre d’un cercle, et le bras qui vous saisi son rayon. Uke sera tres fort sur la circonference du cercle, c’est à dire tant que le rayon du cercle sera identique, c’est pourquoi pour retourner la main d’uke il faut aller au delà de cette circonference, agrandir le rayon, et ainsi sortir uke de son domaine de force.

Pour se faire il est necessaire de bien utiliser l’ouverture du corps et le passage en ito emi.

Aujourd’hui je me suis rendu compte que c’est plutot l’inverse en fait, en utilisant correctement la position ito emi, le mouvement du corps permet naturellement de retourner la main.

Amicalement

Merci pour cette précision. Il est donc nécessaire pour obtenir cette extension que uke respecte les "règles" du kotai et ne bouge pas ses pieds !?
J’essaye cela dès que je trouve un partenaire aux dimensions appropriées !
Y-a-t’il d’autres éléments à prendre en compte afin de rester centré lors de la saisie du poing ?

Bonjour LdB.
L’explication de Matthieu me va bien. J’ajouterai seulement un point : attention de bien aller chercher, plus loin encore que le dos de la main d’uke, le tranchant de celle-ci, afin de retourner cette main et d’avoir une saisie nikyo qui ne soit pas « à moitié ». Quand vous avez amené la main d’uke sur votre poitrine, le petit doigt d’uke doit être amené vers son visage.

Concernant l’atemi, et cela d’une manière plus générale, il y a un point qu’il est essentiel de bien comprendre. O Sensei a défini l’Aikido comme « irimi-atemi ». C’est vrai bien sûr. Mais observez bien ceci : il n’a pas dit irimi-atemi et shiho nage, irimi-atemi et ikkyo ... C’est que si je fais irimi-atemi, atemi est la technique. Il n’y en a pas d’autre. En revanche, si je fais shiho nage ou nikyo ou quoi que ce soit, j’ai un impératif : accompagner l’énergie qui se développe en spirales diverses sans entraver aucunement sa course. Si je place un atemi au milieu d’une spirale quelconque, je ne peux faire autrement que d’arrêter pendant une fraction de seconde le cours de cette spirale. Dans kaiten nage par exemple, vous pouvez bien sûr frapper le visage et les côtes d’uke au passage, mais en faisant cela vous contrariez pendant un instant la rotation que vous effectuez sous son bras. Autrement dit, si vous frappez, c’est juste, c’est de l’Aikido, mais le mouvement s’arrête là. Si vous voulez développer jusqu’au bout une technique d’Aikido autre que l’atemi, il faut le faire sans interrompre la loi de propagation de l’énergie, c’est-à-dire sans porter l’atemi.

J’espère que cette petite explication apportera un peu de lumière sur ce serpent de mer qu’est l’atemi en Aikido.

Philippe Voarino

Merci pour vos explication !
Le problème de la saisie du nikkyo est pour moi justement de saisir ce tranchant avec mes petites mains sans pour autant me tordre !

En ce qui concerne l’atemi je pensais qu’il servait aussi de "diversion" en particulier sur des saisies verouillées (pas tres aiki certe) et même sur des frappes. Qu’en est il du men lors des entrées sur yokomen uchi ? L’atemi (sollicitation ?) qui permet de réaliser ikkyo omote ?
Ya t il un atemi lors des entrées sur saisies gyaku hanmi ?
Je comprend que l’atemi mal utilisé brise le mouvement. Je comprend à peu prêt le sens de "irimi-atemi" (à mon échelle bien sûr...)mais n’y a t-il pas des atemi "distraction" qui permettent de mobiliser la deuxième main d’uke, de prendre un contact, de créer un déséquilibre arrière etc...

LdB, sans vous tordre, vous avez quand même le droit de plier le poignet pour aller saisir le tranchant de la main d’uke.

Je l’ai déjà dit et je le répète volontiers : le travail kotai et les excès commis dans ce type de travail, comme une saisie « verrouillée » pour reprendre votre expression, ne sont pas encore de l’Aikido. L’Aikido commence avec le mouvement, l’awase et le déséquilibre qui tuent dans l’œuf précisément toute tentative de verrouillage. C’est pourquoi, si la phase kotai de l’apprentissage est indispensable, elle doit être abordée avec une certaine intelligence de la situation, ce qui est loin d’être toujours le cas, je vous l’accorde. Vous pouvez lire avantageusement un article de Daniel Leclerc traitant ce problème dans le dernier numéro d’Aikido journal.

L’atemi « de fixation », puisque c’est ainsi qu’on l’appelait autrefois est en réalité un « petit truc » destiné à faire passer quand même un mouvement mal engagé. En Aikido on frappe ou on ne frappe pas, mais on ne fait pas semblant de frapper. Si vous frappez men sur yokomen par exemple c’est juste, mais uke va tomber en arrière. Il devient alors impossible de lui passer udekimenage ou shiho nage évidemment. C’est en réalité l’aspiration d’uke dans un vide, aspiration que vous devez réaliser au moyen du déplacement adéquat de tout votre corps, qui vous permettra de recevoir le yokomen sans avoir à frapper, et à projeter en utilisant une technique autre que l’atemi. Ceci dit, encore une fois, l’atemi demeure une technique parfaitement aiki. Tout cela n’est qu’une question de choix quant à la direction que vous décidez de donner à votre travail.

Le shomen uchi (du bas vers le haut) qui permet d’exécuter ikkyo omote sur la protection d’uke n’est pas une frappe linéaire, c’est un arc de cercle qui est confondu avec le début de la spirale d’ikkyo, il n’interfère donc pas avec le mouvement, il est le mouvement lui-même.

Philippe Voarino

Au risque d’abuser de vos bonté je vais continuer avec mes questions d’enfant, car le trou de la serrure par lequel je regarde l’aikido ne cesse de s’élargir sous l’effet de vos lumières !!

J’ai testé encore une fois ce travail sur muna dori et il apparaît que :

  •  tout n’est pas possible en kotai
  •  a fortiori s’il y a un écart physiologique important entre les protagonistes.
    Ce qui m’amène à vous intéroger sur la place du renforcement en aikido, notamment au niveau des mains/avants bras.

    Je n’ai par contre pas très bien compris le pourquoi du men lors des entrées shihonage, notemment celle d’ikkyo (extérieure). Ces atemi disparaissent-ils en ki no nagare ?
    Ya-t-il en kihon et en ki no nagare des atemi sur les sorties gyaku hanmi ? (katate dori/kata dori/ etc...)

    Je dois avouer avoir quelque difficultés à concilier cet article (http://www.taiestfrance.org/index.php ?cat=article1) et vos présentes explications.
    Merci encore de votre aide.

  • Bonjour Ldb

    Je vais vous repondre par rapport à l’article que vous citez.

    Cet article a été écrit dans le seul but de dire et illustrer que les atemis en aikido existe... Par pour dire qu’il était possible de frapper durant une technique et de continuer ensuite cette même technique.

    Il n’était pas fait non plus pour expliquer ce que Philippe Voarino explique quand il dit qu’on a soit le choix de faire irimi puis une technique ou alors irimi-atemi (ou atemi ici est une technique).

    L’article prend juste quelques techniques et montre quels sont les possiblités de frappes, bien entendu, il est vrai que suite à l’un de ces atemi la technique s’arrete.

    Quand au renforcement des avants bras et des mains, une pratique régulière du tai jutsu et des armes, permet un renforcement naturelle mais plus important spécifique. O’Sensei expliquait qu’ikkyo, nikkyo, sankyo et yonkyo servait à renforcer les différentes parties du corps.

    Amicalement

    Je cite :
    "atemi avant la technique"
    "Coup de poing porté au visage à partir d’une saisie Katate pour introduire différentes techniques telle que Ikkyo,Nikyo,Sankyo etc...."
    "Atemi porté au niveau des côtes sur une saisie Ushiro Eri dori pour lui faire éventuellement lâcher le col. "
    "« Il y certains cas dans lesquels la signification d’une technique devient incompréhensible, si l’atemi est mis de côté. » - Maître Morihiro SAITO TRADITIONNAL AIKIDO VOL.5 "

    Mais je ne vois rien qui dise : "suite à l’un de ces atemi la technique s’arrete"

    Merci pour vos précisions.

    Bonsoir LdB

    Tout n’est pas possible en kotai, vous avez parfaitement raison, et à plus forte raison si la différence de puissance physique entre tori et uke est importante. Mais c’est précisément l’une des fonctions du travail kotai que de développer la puissance physique. Imaginons qu’uke ait une force beaucoup plus grande que tori. Imaginons par exemple un enfant de 8 ans qui a pour uke un adulte. Evidemment à tout moment l’adulte peut arrêter l’enfant. Mais il ne le fait pas, même en kotai, et de cette manière l’enfant peut s’entraîner, progresser, et son corps se renforcer. C’est comme cela qu’un uke très fort physiquement doit pratiquer avec un uke plus faible. Kotai n’est pas la réalité du travail de l’Aikido. C’est une étape. Elle est nécessaire, elle est conçue pour répondre à certains objectifs, mais on ne peut pas lui demander plus que ce qu’elle peut apporter.

    Philippe Voarino

    LdB ...suite.

    « Il y a certains cas dans lesquels la signification d’une technique devient incompréhensible si l’atemi est mis de côté. » Oui. Maître Saito expliquait souvent cela sur shomen uchi ikkyo omote par exemple. C’est parce que tori fait shomen et qu’uke cherche à parer la frappe que la suite du mouvement ikkyo omote est possible. Mais dans un tel cas la frappe initiale et le début de la spirale d’ikkyo sont indissociables et indiscernables. Ce n’est pas simplement qu’ils aillent dans la même direction, c’est qu’ils sont la même chose. Pour le dire autrement, s’il n’y avait pas d’atemi, il manquerait un morceau de la spirale d’ikkyo.

    Observez maintenant que la phrase de Maître Saito implique en toute logique une contrepartie. Puisqu’il y a seulement certains cas dans lesquels la signification d’une technique devient incompréhensible si l’atemi est mis de côté, alors nécessairement il y a d’autres cas où la signification d’une technique reste compréhensible quand l’atemi est mis de côté. Et puis il y a des cas, c’est le troisième aspect des choses, où la signification d’une technique devient incompréhensible si l’atemi est appliqué. L’atemi, quand il est porté avec réalité, n’est pas quelque chose qui vient en plus de la technique. L’atemi est une technique d’Aikido en soi, une technique à part entière. Quand vous entrez uchi kaiten nage, si vous percutez à pleine puissance le menton d’uke au point d’uppercut avec la paume de la main, il s’effondrera en arrière en vous lâchant le poignet. Comment voulez-vous dans un tel cas passer sous son bras, saisir son poignet et sa tête et le projeter ? Ceci n’est peut-être dit nulle part dans aucun livre, mais il n’est pas interdit de penser par soi-même et de faire les déductions qui s’imposent. Ce que l’Aikido propose n’est pas de recevoir passivement des connaissances, c’est au contraire d’avoir une démarche active vers la connaissance. Et cela, chacun peut le faire s’il est vrai que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée".

    Philippe Voarino

    Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


    L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

    Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


    La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

    Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


    Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

    Aikido art martial ou art de paix ?


    La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

    http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/muna-dori-nikyo-point-clef
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