Méthode SAITO #4

RAPPEL

La méthode d’apprentissage de l’Aikido créée par maître Saito témoigne d’une intelligence hors du commun des mécanismes d’acquisition de techniques corporelles, elle est d’une efficacité remarquable pour apprendre rapidement et avec précision les éléments qui constituent les mouvements d’Aikido.
Il est de toute première importance que cette méthode soit utilisée, transmise et préservée.
L’étude qui va suivre pourrait laisser penser que j’adopte une attitude critique vis à vis de cette méthode et que je prends une certaine distance à son égard : un tel sentiment ne serait pas le reflet de la réalité, je ne répèterai jamais assez que cette méthode est le meilleur outil dont nous disposions à ce jour pour guider un débutant sur le chemin de l’Aikido. Ceci est dit haut et clair, doit absolument être entendu, et ne jamais être oublié. Il vaudrait mieux, dans le cas contraire, ne pas lire le dossier suivant.

On constate que la direction dans laquelle est exécutée la technique yonkyo omote est identique à la direction d’ikkyo omote, nikyo omote et sankyo omote, telle que cette direction est analysée dans MS #2 et MS #3 : direction avant droit de tori.

Comparons maintenant la photo n°3 de cette série yonkyo avec la photo montrée comme une erreur par maître Saito sur ikkyo, ainsi qu’avec les photos correspondantes de nikyo et sankyo :

Ici encore, comme pour nikyo et sankyo, on s’aperçoit qu’uke est trop loin, en appui sur sa jambe gauche, et que son bras est projeté vers l’avant au lieu de se trouver contrôlé devant le ventre de tori.

Retenons cela pour l’instant, et prenons le temps, au point où nous sommes parvenus, de donner certaines informations indispensables pour nous permettre d’aller plus loin.

Le poignet d’un homme possède quatre faces :

Ikkyo, nikyo, sankyo et yonkyo sont quatre immobilisations correspondant aux quatre faces du poignet humain :

Ces quatre immobilisations correspondent aux quatre stades successifs d’une spirale concentrique réalisée avec le bras d’uke en sollicitant progressivement les trois articulations (coude, poignet, épaule) de ce bras. Cette spirale commence avec ikkyo qui est le premier degré de rotation du bras d’uke, se développe avec nikyo et sankyo qui sont, comme nous l’avons vu dans MS #2 et MS #3, les deux pas successifs suivants de la vrille, et se termine avec yonkyo qui est l’aboutissement de la spire en son point central.

Soyons bien attentifs à ce qui se passe d’ikkyo à sankyo : la main droite de tori prend successivement la face intérieure (ikkyo), puis la face extérieure (nikyo), puis la face inférieure (sankyo), en tournant en tire- bouchon autour du poignet d’uke selon trois saisies s’éloignant progressivement du poignet vers les doigts, c'est-à-dire en partant du levier zéro sur l’articulation pour aller jusqu’au levier maximum.

Mais cette main droite est parvenue avec sankyo au point physiologique maximum qu’elle peut atteindre dans son enroulement autour du poignet d’uke. Elle a atteint en même temps – et ceci est important – le levier maximum qu’il est possible d’imposer à cette articulation. Autrement dit, il n’est plus possible après sankyo d’exercer une pression supplémentaire sur l’articulation du poignet d’uke, ni avec la main droite ni d’aucune autre manière.

Pourtant il existe une dernière phase possible de contrôle, car il y a une dernière face du poignet d’uke qui n’a pas encore été exploitée – la face supérieure – et un quatrième et dernier stade de la spirale d’immobilisation qui doit encore être accompli : c’est yonkyo. Il faut donc concevoir yonkyo comme la suite de sankyo dans le processus logique et continu d’enroulement du bras d’uke. C’est pourquoi O Sensei expliquait dans les kuden : « Faites yonkyo après avoir vrillé le bras comme dans sankyo ». Et la meilleure confirmation de cette relation, c’est que dans yonkyo, la main droite de tori conserve bien la saisie du poignet d’uke sur sa face inférieure, telle que cette saisie a été acquise dans sankyo. On peut vérifier ce point sur les photos ci-dessous d’O Sensei, de Tadashi Abe, et de maître Saito :

La main droite ne pouvant aller plus loin que la saisie sankyo, et l’articulation du poignet d’uke ne pouvant être sollicitée davantage, c’est la main gauche de tori qui vient donc ajouter son action, saisir avec la base de l’index la dernière face du poignet d’uke à n’avoir pas encore été utilisée (face supérieure), et permettre ainsi d’accomplir le dernier pas de la vrille en provoquant une impulsion supplémentaire non pas sur le poignet d’uke, puisque le blocage de cette articulation est déjà parvenu à son point maximum avec la saisie sankyo, mais sur son coude et sur son épaule :

Il n’y a donc pas qu’une simple chronologie entre sankyo et yonkyo. La relation est plus complexe : l’immobilisation sankyo est intégrée, elle est en quelque sorte « incorporée », à l’immobilisation yonkyo, elle doit s’y retrouver, elle en fait partie, tout comme nikyo fait partie de sankyo. Soyons tout à fait clair : yonkyo est un sankyo qui est poussé plus loin encore avec l’aide de la seconde main.

Ceci amène à la constatation d’un point très remarquable : les immobilisations ne sont pas des techniques sans lien entre elles, classées avec des numéros pour une quelconque raison de commodité pédagogique, les immobilisations sont engendrées l’une par l’autre, elles naissent les unes des autres comme le fruit naît de la fleur… par transformation.

Ce merveilleux ajustement de la technique aux lois du corps humain n’est possible qu’en augmentant la rotation de l’axe du corps de 30° supplémentaires vers la droite (attention 30° seulement) par rapport à sankyo (cf Kajo #17). Cette rotation finale a pour effet de tordre le bras d’uke davantage encore qu’avec sankyo, en augmentant la pression sur l’articulation de son coude, ce qui aboutit à planter ce coude au sol comme on planterait un sabre, toujours dans le respect absolu du déséquilibre latéral avant d’uke qui est utilisé depuis ikkyo.

La douleur sur le fameux « point ulna » du poignet n’est pas du tout essentielle à la bonne exécution de la technique (certaines personnes sont insensibles), la pression exercée sur la face supérieure du poignet ne vise pas à faire mal, mais à amener uke au sol dans le sens de son déséquilibre, en aggravant le blocage du coude et de l’épaule, qui vient s’ajouter ainsi à celui déjà obtenu par la mobilisation du bras en sankyo. Ce résultat final dépend de la rotation maximum de 180° de l’axe du corps vers la droite, à partir de l’axe d’attaque initial d’uke.

Récapitulatif des angles successifs pris par les pieds (hito e mi) depuis ikkyo :

Si l’on exécute en revanche yonkyo omote dans la même direction qu’ikkyo omote, il n’est pas possible de plier le coude d’uke dans la descente car cela projetterait le bras de ce dernier plus loin encore de tori que dans le cas de nikyo et sankyo, ce qui serait intenable. On voit clairement sur les photos comment procède alors maître Saito : il descend le bras d’uke en extension, dans cette forme d’ikkyo incorrect qu’il a lui- même expliqué au départ être une erreur technique, et il « rattrape » ensuite cet éloignement excessif en avançant la jambe gauche pour « combler » l’espace entre son corps et celui d’uke, de la même manière exactement qu’il procède dans sankyo. C’est en prenant ce pas qu’il peut plier le bras d’uke (encore qu’il y ait à ce moment là une difficulté avec un uke de force physique importante), et se retrouver ainsi enfin avec un contrôle efficace de ce bras devant son ventre (photo 3) :

Yonkyo dépend donc plus encore que nikyo et sankyo d’une rotation de tori autour de l’axe de son corps. On comprend peut-être mieux pourquoi il n’est pas possible de satisfaire les critères et les conditions d’exécution de ce mouvement s’il est réalisé dans la même direction qu’ikkyo.
La réalisation de yonkyo omote dans la direction d’ikkyo omote oblige maître Saito aux compromis techniques que nous venons de voir. Ils sont parfaitement inévitables et parfaitement logiques aussi dans un tel contexte.

Maître Saito n’ignorait rien de tout ce que nous avons essayé de mettre en évidence sur yonkyo omote. Il s’est résigné malgré tout à enseigner cette technique dans la même ligne qu’ikkyo omote, en tolérant comme un moindre mal certains problèmes liés à l’exécution de ce mouvement en opposition avec sa nature véritable. Avant de comprendre les raisons de ce choix, il nous reste encore à considérer l’immobilisation appelée gokyo en Aikido moderne.

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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