Les moments #6

Quand l’axe central du corps, c'est-à-dire la colonne vertébrale, se met en rotation, les membres attachés sur cet axe vertébral sont entraînés et suivent la rotation avec des temps différents.

La ceinture scapulaire, c'est-à-dire les épaules et dans leur prolongement les bras sont mobilisés en premier par la rotation de la partie haute de l’axe vertébral car ils sont plus légers et plus courts que les hanches et les jambes.

La partie basse du corps, plus lourde, plus longue, est mise en mouvement plus lentement et répond avec un temps de retard sur la partie haute. Autrement dit, quand la jambe arrière avance enfin, tractée par la rotation de la partie basse de l’axe vertébral, la projection d’uke est déjà largement entamée, et le pied arrière ne vient se poser et prendre son appui en avant qu’au moment de la chute à proprement parler d’uke.

Tout ceci est normal et biomécanique et explique ce phénomène de vrille propre aux mouvements d’Aikido.

La tête commande les épaules, le bassin commande les jambes.
O Sensei - Kuden

Commentaires

Bien le bonjour Monsieur Voarino,

J’ai un avis un peu différent du votre sur la façon d’actionner le corps et de transmettre l’énergie au partenaire.(école maitre saito également)

En effet, pour moi le mouvement initial ne vient pas du haut du corps, mais du sol et donc du bas du corps, en particulier les hanches,
En effet, malgré le fait que les hanches commandent les jambes, ces mêmes hanches prennent leur puissance et leur rotation dans le sol par l’intermédiaire des jambes/pieds

Ainsi si l’axe de rotation se fait effectivement par la colonne vertébrale,l’actionnement semble se faire dans cet ordre-ci (bien que visuellement quasi-simultané) :

- actionnement des hanches transmis par le sol et les jambes

- actionnement de fait de la colonne et des épaules

- déplacement des jambes et mouvement des bras simultané.

Donc même s’il est vrai que le bas du corps est plus lourd et lent que le haut du corps ; le mouvement dans sa forme idéale finit jambe/pied et bras/main exactement en même temps car les hanches sont actionnées avant et ont pour fonction de transmettre la puissance du bas du corps vers les bras/mains par l’intermédiaire du tronc et de son axe.
Et s’il est vrai également, que pour des raisons pédagogiques il est plus aisé de faire sentir la rotation de la colonne vertébral en actionnant le haut du corps en premier, ce n’est pas pour moi le mouvement dans sa forme finale.

Cette manière que je décris permet ainsi :

  •  d’enchainer une deuxième coupe par exemple ou un deuxième mouvement immédiatement après le premier sans attendre la stabilisation de la jambe venue se replacer pour finir ce premier mouvement(même si ce temps est très court c’est inutile et parasite) : gain de temps et gain d’harmonie entre le haut et le bas du corps
    - éviter une vrille du dos et de travailler exagérément avec le haut du corps pas forcement bon pour son intégrité.
  •  surtout gain de puissance : transmission de la puissance sortant des mains par le bas du corps (plus lourd et plus puissant) et donc du haut en même temps et non uniquement du haut du corps avec un bas du corps qui n’aurait d’autre fonction que de suivre...
    En espérant m’être fait comprendre, ce sont mes réflexions et ma façon de faire...

    Sincères salutations

  • Bonjour Philou.

    Le départ de l’action se situe dans la partie basse de la colonne vertébrale. Et la colonne vertébrale en se déroulant à partir de là met en marche effectivement le bassin dans un premier temps puis les épaules. Les bras et les épaules « arrivent » d’abord (un soupçon de seconde), bien que partis après, parce qu’ils sont plus légers. Il ne me semble pas avoir jamais dit autre chose que cela. Et que le regard et la tête aient un rôle à jouer ne contrarie pas le point ci-dessus.

    Mais je ne dirai pas comme vous le faites « actionnement des hanches transmis par le sol et les jambes ». D’abord parce que les hanches ne sont que des éléments périphériques qui doivent leur mobilité au fait qu’elles sont attachées à la colonne vertébrale et qu’elles suivent nécessairement ses mouvements. Mais surtout parce que le sol, s’il est bien un point d’appui fondamental de l’action, n’en est pas le moteur, pas plus que les pieds et les jambes qui sont directement à son contact. Ceci est important et mérite qu’on y réfléchisse : le corps a besoin évidemment de certains appuis dans l’espace, comme un galet a besoin de la surface de l’eau pour ricocher, mais l’énergie ne vient pas de l’eau. L’énergie naît au plus profond de votre ventre. Regardez O Sensei bouger sur les quelques films que nous avons de lui : il semble glisser au dessus du sol, comme s’il lui suffisait de l’effleurer pour rebondir plus loin. C’est son énergie qui le décolle du sol, ce n’est pas le sol qui le pousse. Sentir cela c’est avoir fait un pas dans la compréhension que le mouvement unifié ne peut pas dépendre pour l’essentiel d’éléments périphériques tels que les pieds et les jambes.

    Philippe Voarino

    Merci pour votre réponse Monsieur Voarino,

    Vous dites que les hanches sont des éléments périphériques à la colonne et qu’elles ne font que la suivre....je trouve cela contradictoire avec la thèse de l’axe du corps qu’est la colonne vertébrale.
    En effet, lorsque la colonne se comporte comme un axe de rotation (ce n’est pas toujours le cas), ce sont les éléments autour d’elle qui paraissent le plus mobiles en premier, de part le levier engendré : ainsi ce sont les hanches, via la rotation de la colonne qui partent en premier vers l’avant, entrainant vers l’avant l’ensemble du corps, et donc l’axe même de la colonne.

    D’autre part, vous dites également, que les bras arrivent avant les pieds(une fraction de seconde, mais une fraction qui se voit et peut avoir un impacte non négligeable dans un combat).
    Je connais cette façon de pratiquer, mais j’ai également remarqué que si vous transférez légèrement le poids de votre corps vers l’avant au moment ou vous lever les bras, les jambes bien que plus lourdes, avancent plus rapidement vers l’avant, surtout lorsqu’elles ont moins d’espace a parcourir que les bras (par exemple un suburi classique sans grand déplacement).

    Ainsi l’awase haut et bas du corps peut être parfaitement réalisé. Car avant d’être awase avec sont partenaire , il faut l’être avec soit même.

    Remarquez, que je suis d accord avec vous sur le point qui décrit o sensei se déplacer comme s’il flottait sans prendre trop d’appui (comme le font des coureurs de fond ou certains tennisman pour gagner en rapidité et fluidité). Mais remarquez aussi qu’ici je parle pas uniquement de rapidité, mais d’harmonie du corps et de puissance, car lorsque o sensei avait fini de se déplacer (ou commençait à se déplacer) comme vous le dite, il frappait au ken ou recevait une attaque, et là, la terre (le sol) était forcement utilisé pour aider a frapper sincèrement et lourdement ou à défendre.

    Cette façon de pratiquer c’est l’ancrage au sol, ce qui est, il me semble, une base essentielle et primordiale enseignée à Iwama.

    Je dirais que cette façon de faire que vous décrivez, pratiqué par saito jusque dans les années 80 a été abandonné par la suite par lui même et son fils (leurs suburis ont changés sur ces points)

    Je finirais en citant O sensei pour appuyer l’idée d’awase parfait du corps (haut/bas) :

    Le cœur en accord avec l’intention
    L’intention en accord avec le souffle,
    Le souffle en accord avec l’énergie.

    La main en accord avec le pied,
    Le coude en accord avec le genou,
    L’épaule en accord avec la hanche.

    Recherche d’unité ...

    Cordialement.

    Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


    L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

    Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


    La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

    Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


    Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

    Aikido art martial ou art de paix ?


    La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

    http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/les-moments-6
    Copyright TAI (Takemusu Aikido Intercontinental)