Le déplacement d’O Sensei #1

Les six directions intérieures

Les 3 premières directions intérieures sont initiées par le pied avant

Direction intérieure n°1

La série de dossiers qui débute ici est la clef de la porte qui sépare la méthode Saito (la pratique des suburi de l’Aikido), de l’Aikido du Fondateur.

Cette clef est nécessaire pour parvenir à sortir du cadre pédagogique de la méthode, quand le pratiquant est parvenu au seuil de cette nouvelle étape, et qu’il est enfin prêt. Les tentatives qui se feraient en ce sens, mais sans la connaissance de cette clef, risquent de parasiter la méthode avec des éléments qui lui sont étrangers, sans pour autant permettre de quitter le domaine du suburi.

Au moment de commencer, il est nécessaire de revenir sur l’enseignement fondamental de Morihei Ueshiba concernant la garde (kamae), qui a été évoqué rapidement dans Kajo #19, mais qui va trouver maintenant le développement qu’il mérite.

Il s’agit de cette fameuse page 9 du livre Budo, écrit par Morihei Ueshiba.
La traduction anglaise de John Stevens présente de très graves lacunes, la traduction française aussi, et c’est normal puisque elle est établie à partir de la version anglaise.

Christopher Li fut le premier, en février 2012 (1, 2, 3), à soulever ce problème, suivi immédiatement, en mars 2012, par Eric Grousilliat (4, 5, 6) . Tous deux firent une traduction indépendante de cette page 9, directement à partir du texte japonais original : Christopher Li en anglais, Eric Grousillat en français.

Ces deux traductions, établies simultanément par des personnes différentes et dans des langues différentes, concordent parfaitement, et mettent en lumière la déviation de la traduction de John Stevens. On peut vérifier qu’elles sont rigoureusement fidèles au texte de Morihei Ueshiba.

Je remercie Chris et Eric qui n’imaginent pas à quel point leur travail m’a aidé pour découvrir le système très remarquable du déplacement d’O Sensei. Sans leurs initiatives respectives, les dossiers qui commencent ici n’auraient peut-être jamais vu le jour.

Dans ce court passage sur le kamae, O Sensei nous livre en effet plusieurs informations d’importance capitale pour la pratique de l’Aikido :

  1. …ouvrez vos pieds dans les six directions, et faites face à l’adversaire dans la position hanmi irimi de l’Aiki. — O Sensei

    John Stevens ne respecte pas le sens très précis du terme japonais « roppo » (six directions). Il traduit en effet par : « les pieds doivent être ouverts selon un angle de 60° ». Or ceci n’a aucun rapport avec la version originale, « l’angle de 60° » n’existe pas dans le texte japonais !

    Stevens donne en réalité une interprétation du texte d’O Sensei, la sienne ou celle de Shirata. Et cette interprétation peut elle-même être comprise de différentes manières, l’angle de 60° n’étant défini par rapport à rien. C’est donc une source de confusion.

  2. Concernant le déplacement, il y a six directions extérieures (soto roppo), six directions intérieures (uchi roppo), et également une spirale extérieure (soto tomoe) et une spirale intérieure (uchi tomoe). — O Sensei

    Aussi incroyable que cela puisse paraître, la première partie de la phrase d’O Sensei a été traduite par : « Le pied avant, aussi bien que le pied arrière, doivent être ouverts à un angle de 60° » ! John Stevens ne se contente donc pas d’inventer un angle de 60°, il ajoute désormais deux angles qui n’existent pas dans le texte du Fondateur.

    Ces deux angles de 60° deviennent d’autant plus incompréhensibles que les photos de kamae d’O Sensei, si elles montrent un pied arrière qui peut être perçu à 60°, laissent voir un pied avant dans l’alignement de la jambe, et qui n’est donc jamais ouvert à 60° (je parle ici du kamae hanmi irimi, et pas d’hito e mi qui n’est pas une garde).

    Quant à la deuxième partie de la phrase, qui concerne la spirale extérieure et la spirale intérieure, et bien c’est très simple, elle n’a pas été traduite du tout, elle n’apparaît pas dans la version anglaise.

    Tout cela est très regrettable, car ces trois lignes d’explication de la main d’O Sensei sont extrêmement précieuses. Ce sont elles – nous allons le voir – qui vont permettre de retrouver l’authentique système de déplacement du Fondateur. Sans elles, le déplacement d’Aikido resterait hermétique.

  3. A la fin de chaque mouvement, ouvrez toujours les pieds dans les six directions (roppo), il est nécessaire de s’entraîner ainsi. — O Sensei

    Imperturbablement, John Stevens continue à traduire « roppo », les six directions, par : «un angle de 60°».

Les trois instructions qui précèdent sont essentielles. Elles ponctuent les trois temps de l’action aiki. Elles sont visiblement rédigées par le fondateur de l’Aikido avec un souci d’explication et de transmission.

Je pose donc ici à John Stevens, traducteur de Budo en anglais sous l’éminent contrôle de son professeur Rinjiro Shirata, les trois questions suivantes :

  1. Comment se fait-il que l’instruction n°2, qui est d’une si grande importance pour la compréhension du déplacement d’Aikido, ait disparu de la version anglaise ?

  2. Comment se fait-il que l’expression « roppo » ait systématiquement été traduite sans rapport à l’original japonais, ce qui rend le texte d’O Sensei incompréhensible ?

  3. S’agit-il d’incompétence ou bien s’agit-il d’une volonté délibérée de cacher un enseignement traditionnel fondamental ?

    Est-il possible, qu’au moment de livrer au monde les informations d’une valeur inestimable enserrées dans le seul livre qu’O Sensei ait jamais écrit, ait pu prévaloir le souci de fermer l’accès à la connaissance par un acte de censure ?

Les milliers de lecteurs du site TAI dans le monde aimeraient, j’en suis convaincu, avoir des éclaircissements sur ce point, et je remercie par avance M. John Stevens de la réponse qu’il voudra bien leur apporter.

Quelle que soit la réalité des faits, nous possédons désormais les informations qui nous manquaient jusqu’alors pour comprendre le déplacement authentique du Fondateur de l’Aikido. Et grâce à elles, nous allons maintenant retrouver ce déplacement.

Il existe donc six directions intérieures et six directions extérieures, à partir d’une même position hanmi. Nous allons progressivement faire apparaître ces douze directions.

Dans la direction intérieure n°1, aite, l’adversaire, vient de face :

Cette première direction intérieure est illustrée par la photo d’O Sensei que nous connaissons bien depuis Aiki ken #8 :

Philippe Voarino, mai 2014

Reprise: 

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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