Kajo #14

Je suis un élève de Morihiro SAITO. J’ai beaucoup pratiqué sous sa direction à Iwama pendant les années 1980/1990. C’était un homme généreux et d’une grande sagesse. C’est pour cela, je pense, qu’il n’a pas livré toute sa connaissance. Il a jugé, pour le bien de ceux à qui il s’adressait, qu’il n’était pas bon de tout donner. Mais dans la forêt dense de la méthode de transmission de l’Aikido qu’il a personnellement mise au point, il a pris soin, tel le Petit Poucet, de semer quelques clefs de connaissance qui permettent à celui ou à celle qui a suffisamment travaillé sa méthode et qui l’a assimilée, de la dépasser. Et surtout – c’est important – de la dépasser seul. Au-delà d’un certain point en effet, il n’est plus possible à un homme de tenir la main de quiconque. Si le maître ne meurt, l’élève ne peut grandir.

Je vais expliquer sur un exemple précis ce que je veux dire en parlant de clef de connaissance.

Chaque fois qu’il enseignait irimi nage, Maître SAITO expliquait qu’il existe trois modes possibles de dégagement sur une saisie ryote dori ou katate dori : jodan (haut), chudan(moyen), gedan(bas), comme indiqué sur les pellicules ci-dessous.

Jodan

Chudan

Gedan

Mais, à chaque fois, il ajoutait que ces trois dégagements étaient les formes éclatées d’un dégagement unique pratiqué par le Fondateur. Et afin que la connaissance de cette origine unique ne soit pas perdue, il nous la faisait pratiquer également de manière régulière. Cette forme, à partir d’une saisie katate dori, est de manière intéressante la toute première technique que démontre O Sensei dans son livre Budo:


1


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O Sensei précise dans son commentaire, et on le voit bien sur les photos:

saisissez le poignet de votre adversaire par en-dessous avec la main droite.

C’est cette manière de faire qui est différente des trois formes jodan, chudan, gedan. J’ai pendant longtemps pratiqué cette forme en n’y voyant rien de plus qu’une possibilité de dégagement comme une autre. Il se trouve que cette forme est bien davantage en réalité. C’est celle qui permet de comprendre le rapport entre gokyo et irimi nage, tel qu’il existe dans gokajo. La vérité n’est pas cachée, mais nous ne regardons pas comme il convient.
Essayons d’ouvrir les yeux sur les points importants des deux mouvements :


GOKYO

POIGNET SAISI PAR EN DESSOUS SUR L’INTERIEUR

POIGNET SAISI A UN NIVEAU HAUT

DU HAUT VERS LE BAS (ue kara shita made)

IMMOBILISATION


IRIMI NAGE

POIGNET SAISI PAR DESSUS SUR L'EXTERIEUR

POIGNET SAISI A UN NIVEAU BAS

DU BAS VERS LE HAUT (shita kara ue made)

PROJECTION

A la lecture des photos qui précèdent et du tableau qui les commente, les techniques gokyo et irimi nage révèlent une symétrie évidente.
Mais si leur angle d’exécution était en plus complémentaire à 180°, la symétrie deviendrait alors parfaite. Aurions-nous cette bonne surprise ? Reprenons irimi nage et voyons:

O Sensei entre sur le côté d’uke avec irimi-tenkan et se place exactement dans la même position que lui (photo 1), puis il pivote à 180° (photo 2), enfin il entre avec le pied droit derrière uke en prenant un angle supplémentaire très fermé par rapport à l’axe d’attaque de ce dernier (attention, l’axe d’attaque d’uke ne correspond pas à l’axe de son pied arrière) (photo 3).

Plaçons donc sur notre graphique l’angle d’irimi nage auquel nous sommes ainsi parvenus :

Nous constatons immédiatement que cet angle est l’angle symétrique de gokyo omote (cf kajo #13), et qu’il s’agit toujours de notre fameux angle à 23° correspondant à l’angle d’inclinaison de la terre. La symétrie du placement de pieds est vérifiée. Les deux techniques s’effectuent bien autour d’un axe de symétrie que l’on peut essayer de visualiser en comparant les deux photos ci-dessous. On en profitera pour constater la symétrie dans l’attitude du corps d’O Sensei et dans celle du corps d’uke entre les deux photos :

Nous pouvons donc conclure que gokyo et irimi nage sont deux mouvements symétriques placés sur une même ligne, opposés donc à 180° de part et d’autre du centre occupé par tori, et de part et d’autre d’un axe de symétrie dessiné par le premier diamètre à 60°. Ils constituent ensemble la réalité technique que Tadashi Abe appelle gokajo.

Mais attention, cette cinquième ligne (gokajo) a une originalité par rapport aux trois premières : elle est confondue avec la première ligne (ikkajo), elle se superpose à elle en quelque sorte. Ce qui a pour conséquence qu’on ne peut distinguer l’axe gokyo –●– irimi nage de l’axe ikkyo –●– shiho nage, et que l’on trouve donc sur la même ligne les quatre techniques : ikkyo+gokyo+shiho nage+irimi nage.

Nous verrons, dans la suite de notre étude sur les kajos, l’importance de cette découverte et le sens auquel nous amènera cette particularité. Ce sens est en rapport direct avec l’origine même de l’Aikido.
En attendant plaçons irimi nage sur notre figure de référence:

Philippe Voarino, juin 2012.

Commentaires

...Merveilleux !

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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