Kajo #10

En introduction de la partie technique du livre Budo, O Sensei pose les fondements de la pratique de l’Aikido : la position et les déplacements. Nous avons abordé la position dans kajo #3. Voyons maintenant les déplacements. Ils sont deux :

1 irimi-tenkan

2 tai no henka

On s’aperçoit, à partir de la photo 1, qu’il suffirait à O Sensei de continuer sa rotation pour reculer la jambe droite et se trouver dans la position de la photo 2.
Quel est le sens de cette observation ? C’est que tai no henka est la conséquence et la suite d’irimi-tenkan, et qu’en même temps irimi-tenkan n’est lui-même que le commencement et l’aspect incomplet de tai no henka. L’un ne peut pas être sans l’autre.

Cela est parfaitement conforme au principe qui veut que deux apparaisse par division de Un. Quand Un se manifeste pour la première fois, il le fait sous l’aspect de yin et yang qui ne sont pas encore des formes mais plutôt des forces de création. De l’union harmonieuse de ces forces apparaît ensuite la première forme manifestée, qui naît donc de la dualité. Le déplacement (irimi-tenkan/tai no henka) est la force duelle équivalente, pour l’Aikido, de yin/yang. Mais le principe qui est à l’origine du déplacement, lui, est un : c’est la même rotation sur lui-même de l’axe central du corps qui donne naissance aussi bien à irimi-tenkan qu’à tai no henka.
Par les infinies combinaisons de yin et de yang apparaît la myriade des choses manifestées. De même, par les infinies combinaisons d’irimi-tenkan et de tai no henka apparaît la myriade des techniques de l’Aikido.
Voilà pourquoi O Sensei a affiché à l’entrée de l’Aikikai So Honbu dès 1931 :

L’entraînement quotidien commence par tai no henka.

Voilà pourquoi chaque cours d’Aikido doit commencer par tai no henka.

Le Fondateur explique, et on peut le vérifier sur la photo 2 ci-dessus, que tai no henka s’effectue en pivotant à partir du pied avant en un grand demi-tour. Un demi-tour c’est une rotation à 180°. Puisque tori pivote de 180° par rapport à sa direction première, il n’est pas illogique de penser que toute technique réalisée de la sorte se situera automatiquement à 180° de la même technique réalisée à partir de la direction initiale.
Possédons-nous des documents photographiques d’O Sensei qui nous permettraient de confirmer cette hypothèse ?
Oui, sur les photos suivantes, tant il est vrai que tai no henka peut être réalisé aussi bien en suwari waza qu’en tachi waza :

Shomen uchi ikkyo omote

1

2

3

Shomen uchi ikkyo ura

1'

2'

3'

4'

On voit clairement que le tai no henka d’O Sensei modifie sa direction de travail de 180°. Ikkyo ura se trouve à l’opposé d’ikkyo omote. Ceci est particulièrement net quand on compare les deux immobilisations finales (photos 3 et 4’).
Cette information nous permet donc de schématiser le déplacement d’ikkyo ura par rapport à l’attaque shomen uchi:

1/ le pied droit ouvre dans le premier angle à 60°
2/ le pied gauche avance et prend appui devant le pied d’uke, légèrement sur le côté
3/ le pied droit pivote autour du pied gauche jusqu’à atteindre 180° de la position de départ.

On constate que le contrôle d’uke s’effectue bien dans l’angle symétrique (180°) à l’angle de 23° d’ikkyo omote (cf kajo #4).

Nous pouvons désormais ajouter ikkyo ura sur notre figure de référence :

Philippe Voarino, mai 2012.

Commentaires

Bonjour Maître,

Pour moi tout semble limpide dans cette série kajo, et on voit sans doute déjà se dessiner le nikyo ura en symétrie avec le nikyo omote, nikyo ura que vous allez placer selon toute vraisemblance entre le nikyo omote et kote gaeshi sur votre figure. J’en déduis donc que je comprends votre démarche… sauf avec kote gaeshi où il y a quelque chose que je ne décrypte pas.

Je regarde à nouveau votre article concernant la comparaison entre nikyo et kote gaeshi dans la rubrique techniques complémentaires. Je suis désolé mais si je visualise bien que les spirales partent dans des sens opposés au niveau du poignet je ne vois toujours pas pourquoi vous avez placé kote gaeshi à 180° de nikyo sur le même axe en ce qui concerne la direction de l’action.

Apparemment les deux engagements se font dans la même direction générale et pas à l’opposé.

Ce qui est en plus paradoxal, c’est que compte tenu des directions que vous évoquez, c’est pour moi l’orientation que prend maître Kisshomaru Ueshiba pour faire son kote gaeshi (Cf erreurs courantes) qui semble correspondre à l’orientation à 180° de nikyo !

Je souhaiterais donc y voir plus clair.

Bonjour phil.

Nikyo ura et kote gaeshi sont bien du même côté, mais nikyo omote et kote gaeshi sont à 180° de part et d'autre du centre du cercle.

Ce qui fait la difficulté de kote gaeshi c'est que les deux mains accomplissent des actions différentes. La main qui tient le pouce d'uke ouvre latéralement avec la jambe correspondante. La main qui enroule la main d'uke le fait vers l'arrière d'uke et non pas latéralement. Les deux mains ensemble ont donc une action complémentaire. Mais si la main qui doit enrouler vers l'arrière se prend pour la main latérale et va flirter de côté avec elle, alors le flanc de tori s'ouvre et uke peut exploiter la situation comme je l'ai indiqué dans les "erreurs courantes". Il y a un dosage difficile, c'est comme à la batterie jouer un rythme différent avec chaque main.

Philippe Voarino

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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