Happo giri

Happo giri - garde ken au nord

Happo giri - début du pivot

Happo giri - frappe vers est

Happo giri - pivot et frappe vers ouest

Happo giri est un mouvement de coupe dans les 8 directions. Dans la rotation, le pied arrière croise toujours par-dessus le pied avant. Ceci permet un pivot et une coupe à 270°.

Ce déplacement est exactement celui utilisé par la confrérie des Derviches Tourneurs en Perse et en Syrie depuis la plus haute antiquité.

Que ce soit avec arme ...


Application avec armes (1)


Application avec armes (2)

... ou sans arme ...


Application sans armes (1)


Application sans armes (2)

... happo giri permet de faire face à des attaques venant simultanément des 2, des 4, des 8 directions.

Commentaires

Bonjour

Tout d’abord un grand merci pour vous, Monsieur Voarino, pour la qualité de vos articles et votre disponibilité. Un grand merci aussi au webmaster qui rend possibles vos contributions et les nôtres sur ce site.

Voici donc ma première question sur le site (j’ai bien peur de ne pouvoir ensuite m’arrêter, mais quel bonheur d’avoir ainsi une formation théorique continue ! Si seulement on pouvait aussi avoir une formation pratique "à distance" ...).

Saito rappelle que happo-giri, tel qu’il le décrit dans son livre, est la base des mouvements de corps de l’aikido.

Vous dites que le pied arrière doit toujours passer par dessus le pied avant, ce qui permet un pivot à 270°.

Or, je lis dans le tome 4 de Traditional Aikido, p 117, pour la troisième coupe : "rotate your body 270 degrees rightward when cutting the left side". Ce qui nous fait passer du hanmi gauche (fin coupe 2) au hanmi droit (fin coupe 3) mais cela ne semble pas se faire en passant le pied arrière par dessus, mais en tournant le corps vers l’arrière sur la droite, ken sur la gauche du corps ("when cutting the left side" + image 3 p 117 - image n7 si on a une lecture linéaire des pages 116-117).

Pour la coupe n° 5, il est écrit : "rotate your body 7/8 of a circle rightward and cut down". 7/8 d’un cercle, cela fait 315°. Et là encore, au vu de la photo n°7 p 117 ou 15 si on a une lecture linéaire des pages 116-117) une rotation vers la droite du corps, donc vers l’arrière, sans que les pieds ne se croisent par dessus. Ce qui semble logique, car pour passer de ouest à sud-ouest, la distance parcourue est ici de 315° (si les pieds passaient par dessus, un pivot de 225° suffirait, et on aurait une rotation vers la gauche).

Si je comprends bien la séquence telle que je la vois sur les photos, j’ai donc :

1) garde droite, direction nord

180°

2) garde gauche, direction sud

270°

3) garde droite, direction est

180°

4) garde gauche, direction ouest

315° (7/8 d’un cercle)

5) garde droite, direction sud-ouest

180°

6) garde gauche, direction nord-est

270°

7) garde droite, direction nord-ouest

180°

8) garde gauche, direction sud-est

Cela se confirme si l’on suit les instructions données par Ethan Weisgard ici : http://www.aikidojournal.com/forums/viewtopic.php ?p=70214&sid=053b97cd605aa48b970ab63d465051b3

(post du Thu Dec 09, 2004 11:28 pm) qui dit qu’il y a bien deux formes de happo giri, l’ancienne et la nouvelle (il se réfère lui à “Aikido, Its Heart and Appearance", pp. 126-127.)

Voilà donc ma question pratique : serait-il possible d’avoir plus d’informations sur ces deux happo-giri (avec, si possible, un schéma ou des photos explicatifs de la position des pieds -je suis bien conscient de "l’énormité" de ma demande) ?

Enfin, faut-il abandonner la version décrite dans "Traditional Aikido" ? Et si non, comment faire pour, en tournant vers l’arrière le corps de 270° ou 315°, ne pas perdre son équilibre et avoir un mouvement correct du corps.

Merci

avec des video au ralenti...
S’il vous plait !!

Bonsoir Fabrice.

Vous écrivez « …je lis dans le tome 4 de Traditional Aikido, p 117, pour la troisième coupe : "rotate your body 270 degrees rightward when cutting the left side". Ce qui nous fait passer du hanmi gauche (fin coupe 2) au hanmi droit (fin coupe 3) mais cela ne semble pas se faire en passant le pied arrière par dessus, mais en tournant le corps vers l’arrière sur la droite, ken sur la gauche du corps.

C’est pourtant en croisant le pied arrière devant le pied avant que Maître Saito effectue cet exercice sur les photos en question. Il en est de même pour la coupe n°5.

Vous touchez du doigt sur cet exemple très concret la difficulté qui consiste à utiliser le livre, aussi bien fait soit-il, comme source d’enseignement. Seul un professeur qui connaît les exercices dont vous parlez, parce qu’il les a lui-même appris d’une personne compétente, peut être source fiable de connaissance et de transmission. Le livre est évidemment un excellent support sur lequel on peut revenir aussi souvent que nécessaire, mais seulement une fois que les exercices ont été transmis par un contact direct de professeur à élève. Comme un complément de connaissance et d’information. Parce que c’est seulement à ce moment que les photos peuvent « parler ». Autrement, les photos peuvent souvent donner lieu à des interprétations très différentes et ainsi faire naître la confusion.

Malgré ce que je viens de dire, je vais essayer de vous livrer une clef pour la compréhension de happo giri. Il faut savoir que c’est un mouvement qui vous permet de couper dans toutes les directions de l’espace sans quitter un cercle dont votre colonne vertébrale est le centre et dont la projection au sol ne doit pas se déplacer d’un centimètre tout au long des huit coupes successives.

Or vous constaterez la chose suivante en appliquant le déplacement que vous avez supposé chez Maître Saito (en tournant le corps vers l’arrière sur la droite, ken sur la gauche du corps) : votre pied droit arrive de la sorte nettement à gauche de l’emplacement où il se trouvait initialement. Votre colonne vertébrale a donc quitté son axe de projection précédent. Autrement dit, vous vous êtes déplacé sur le sol, ce qui doit absolument être évité dans cet exercice.

La seule manière de ne pas se déplacer par rapport au point de départ et de rester rigoureusement au même endroit est de pivoter en croisant le pied avant devant le pied arrière. C’est ainsi que Maître Saito enseignait cet exercice. Si vous voulez une confirmation d’une autre nature que l’Aikido, essayez de trouver quelque part sur le net des vidéos de la société initiatique des derviches tourneurs (Turquie) et vérifiez que c’est effectivement le seul moyen que l’homme a de tourner sur place, sauf à tourner comme les danseuses sur la pointe d’un chausson.

Philippe Voarino

bon jours maitre Voiarino pour happo giri avec le jo (tsuki comme frappe) ,il parrait que les déplaçements se fairont vers la droite .plus de details svp et si possible avec videos .merci d’avance sensei.

Bonjour Maître,

C’est en comparant la façon dont vous démontrez Happo giri avec la façon dont on m’a toujours proposé de pratiquer cet exercice que je me suis dit que décidément quelque chose ne collait pas dans ce que l’on m’enseignait...

J’aurais donc souhaité avoir quelques précisions supplémentaires sur la pratique et la philosophie de Happo giri.

Pour commencer si vous le voulez bien , je vous soumets la façon dont on me l’a toujours fait étudier...

Je commence l’exercice à partir de la position Nord en position migi hanmi.

Coupe au Nord.

Changement de hanmi à 180°.

Position Hidari hanmi. Coupe au sud.

Changement de hanmi à 90°.

Position Migi hanmi. Coupe à l’Ouest.

Changement de hanmi à 180°.

Position Hidari hanmi. Coupe à l’Est.

Changement de hanmi à 135°.

Position Migi hanmi. Coupe au Sud ouest.

Puis le schéma est répété une nouvelle fois à partir de cette position.

Outre qu’à priori cette forme n’a rien à voir avec l’enseignement du fondateur compte tenu de ce que vous montrez (ce qui justifie sans doute simplement à vos yeux de ne pas l’enseigner) qu’y voyez vous comme incohérence(s) ?

Merci beaucoup pour la clareté de vos explications dans le cahier technique Irimi 2.

Vous décrivez parfaitement la façon dont je pratique Happo giri avec, au troisième temps, l’avancée "à moitié" pour le pied droit ainsi que le recul "à moitié" également pour le pied gauche lors du changement de hanmi ce qui permet de ne pas sortir de l’axe vertical.

Vous précisez que ce changement ne respecte pas le principe irimi tenkan qui prévaut dans l’exercice Happo giri mais également, si j’ai bien compris, dans toute technique d’aikido puisque comme vous l’avez précisé il n’y a pas irimi sans tenkan.

Cependant, je sollicite encore quelques éclaircissement sur ce principe fondamental.

Un changement de hanmi sur place se réalise bien en avançant un hanmi et en retirant le hanmi opposé, les deux côtés du corps pivotant autour de l’axe vertébral. Il s’agit donc bien dans ce cas d’une application du principe irimi tenkan.

Si ce que je viens de dire est exact, je ne comprends pas exactement pourquoi dans le changement de hanmi à 90°, le fait d’avancer "à moitié" le pied droit et de reculer "à moitié" le pied gauche ne s’assimile pas au principe irimi tenkan...

J’imagine aisément que mes interrogations ne peuvent que difficilement faire l’objet d’une réponse à distance sans visualiser les choses directement, je me permets toutefois de vous poser cette question.

Bonjour M. Voarino

je suis l’auteur du premier message (20/11/2007), mais je ne sais pour quelle raison, mon ancien identifiant n’est plus reconnu. Cela fait presque un an que je ne me suis pas connecté, je sais qu’en temps internet, cela est une éternité !

Juste pour signaler que dans le DVD "the lost seminars, part four" édité par Aikido Journal qui reprend les stages effectués par Morihiro Saito à San Diego en septembre 1989, happo giri est effectué par Saito. (à 1h34’)

A aucun moment, il ne passe sa jambe arrière par dessus sa jambe avant !

Permettez-moi, à votre instar, d’être provoquant :

Seul un professeur qui connaît les exercices dont vous parlez, parce qu’il les a lui-même appris d’une personne compétente, peut être source fiable de connaissance et de transmission.

Pensez-vous qu’en 1989 Morihiro Saito n’était pas une personne compétente ?

Ou plus simplement y a-t-il bien deux manières de faire happo giri, une en croisant le pied arrière, l’autre en tournant le corps comme cela est décrit dans son livre Traditional Aikido ou effectué lors de ce séminaire ?

Merci de votre réponse.

Bonjour FabriceT.

Maître Saito enseignait happo giri de deux manières différentes.

La première, celle que vous avez vue sur le film en question sans doute, consiste à alterner migi hanmi et hidari hanmi à chaque coupe. Quand vous venez de couper shomen uchi en hidari hanmi, vous devez pivoter vers votre droite pour couper shomen à votre gauche. Si vous voulez effectuer cette rotation sans quitter le point de projection de votre colonne vertébrale, vous ne pouvez le faire qu’en pivotant votre pied gauche vers la droite, croisant inévitablement de la sorte avec votre pied gauche sinon votre pied droit du moins la ligne de ce pied droit.

Il est vrai que le croisement est moins visible dans cette façon de faire que dans la deuxième manière enseignée par Maître Saito qui consiste à terminer chaque coupe shomen en migi hanmi. Quand vous avez coupé shomen en migi hanmi et que vous devez comme précédemment pivoter vers votre droite pour couper shomen à gauche, il est impossible de le faire en restant sur place sans croiser le pied gauche en arc de cercle par devant et par-dessus le pied droit. C’est cette manière qui est montrée sur le cahier technique Happo Giri auquel vous faites référence.

Philippe Voarino

Bonjour,

Je profite de cet article pour vous faire part d’une chose qui me "turlupine" depuis pas mal de temps. On peut voir plusieurs enseignants réputés gradés en Aikido Iwama Ryu -inutile de les nommer- qui exécutent les suburis avec le buste penché vers l’avant, presque pliés en deux parfois, et qui soutiennent que c’est ainsi qu’il faut procéder et que c’est le moyen indispensable de fortifier ses hanche.
Cependant sur les photos ou les vidéos O Sensei (notamment une vidéo où il exécute des suburis la nuit sur des ce qui semble être des bûches) se tient toujours très droit de même que Saito Sensei.
Je dois avouer que cela m’intrigue d’autant que la position de l’ensemble du corps ainsi que l’état d’esprit et les sensations sont très différents selon qu’on élève se tête ou qu’on l’abaisse durant l’exercice des suburis.

J’espère avoir été clair dans mes explications.

Merci d’avance

Bonjour Marc Lejeûne.

Merci pour votre question qui est parfaitement claire et qui me permet de revenir sur un point important.

Quand la jambe arrière est en extension, il n’est pas possible de remonter les fesses vers l’arrière. La jambe arrière en extension verrouille en quelque sorte la bascule du bassin vers l’arrière et l’empêche d’aller dans cette direction.

Inversement, quand la jambe arrière est fléchie, le bassin est libre de basculer vers l’arrière. En basculant et remontant de la sorte vers l’arrière il entraîne naturellement le buste vers l’avant lors de la coupe.

Il est très facile de vérifier cela avec un ken.

Comme vous l’observez très justement, et comme je m’efforce de le montrer et de le démontrer depuis bien longtemps sur ce site, O Sensei et Saito Sensei pratiquaient avec la jambe arrière dans une extension impeccable. C’est pourquoi ils avaient également le buste droit.

En Aikido, l’homme tourne autour d’un axe de rotation vertical. Cet axe peut parfois prendre un angle d’inclinaison selon les nécessités du mouvement. Mais c’est alors l’axe tout entier qui s’incline : un axe ne peut pas former une ligne brisée.

Alors que vous dire maintenant pour être tout à fait clair et honnête ? Certains élèves de Morihiro Saito, dont son propre fils, ont modifié la position de corps et enseignent la coupe du sabre jambe arrière fléchie, fesses en l’air et buste en avant. Ils justifient cette modification par certains arguments que je trouve contestables. Mais surtout, dans la mesure où ces arguments entrent en conflit avec le principe même de l’Aikido et obligent à changer l’enseignement du Fondateur, je suis fondamentalement en désaccord avec cette « évolution ».

Philippe Voarino

Bonjour Philippe Voarino,

Je voudrais commencer par vous remercier,
votre franchise et votre courage sont suffisamment rares pour être salués. Dire la vérité comme ça de front est, en général, source de bien des ennuis.

Je crois que j’ai peut être mis un pied dans le plat avec ma question ; je vais donc y mettre le second.

Vous avez été longtemps Uchi Deshi de Saito de Sensei et vous comprenez bien, je crois (je dis je crois car je ne peux que juger "d’en bas"), les principes qui régissent l’aikido ainsi que la raison d’être des différents points techniques importants.

Donc, toujours au sujet de la position du corps durant l’exercice de Suburi. En faisant attention, on peut voir que O Sensei sur certaines vidéos "étend" sa tête vers le haut lorsqu’il frappe avec un bokken. Cependant Saito Sensei ainsi que vous même, du moins sur les vidéos que j’ai pu visionner, avez la tête baissée. Ce qui me semble bien différent. Ai-je mal vu ? Mal interprété ?

Vous remerciant encore une fois, j’espère ne pas être trop désagréable. Je suis sans doute un peu "lourd" mais on a pas souvent en face (par écran interposé) un aikidoka aussi avancé que vous prêt à répondre avec franchise et courtoisie à des questions "politiquement incorrectes".

Je comprends également qu’il est sans doute parfois frustrant pour vous de devoir répéter les mêmes choses à des personnes qui ont parfois l’air de remettre encore en cause l’enseignement que vous avez éprouvé dans votre corps des années durant au contact du Grand Maître que fut Saito Sensei.

Bonjour,

je ne vois pas en quoi une jambe arrière tendue empêche la bascule du bassin ! Je dois être mal fait, la tension sur les muscles fléchisseur de la hanche est telle dans cette position que j’aurais plutôt tendance à antéverser mon bassin si la jambe arrière est trop tendue et la fente un peu importante !
J’ai pourtant les pieds dans un schéma hanmi classique, et le genou aligné sur le pied...

bonjour - j’ai lu dans un article relatif a TAMURA Sensei que celui ci avait refusé le 9 dan que voulait lui attribuer l’aikikai - il disait que le fondateur lui avait dit quil y avait 8 dan en aikido ( 8 etant le chiffre parfait semble t il au japon) -j’avoue ne pas trop comprendre - en effet il semble que le fondateur est décerné directement des 10 dan (2 ou 3 ??) - de plus a l’origine les dan n’existait pas ! - merci - de plus les grades n’ont pas d’importance puisque qu’ils ne servent qu’ a "reperer" sa propre evolution - on voit bien que selon les ecoles ou les fédés certains pratiquants gradés sont incapables de pratiquer les armes -certains disent memes que les armes ne font pas partie de l’aikido ainsi que les atemis ! -bon bref restons en au "nombre" de DAN. salutations - p h

Bonjour Marc Lejeûne.

Il n’y a rien de politiquement incorrect dans vos questions. Il y a des réflexions sérieuses. Et c’est la responsabilité d’un professeur de recevoir ce genre de questions et d’y répondre. Ne pas le faire relève soit de l’ignorance soit du mépris pour celui qui pose la question. En outre, l’enseignant qui adopterait cette attitude perdrait de vue que c’est lui en réalité qui recueille le plus grand bénéfice des questions qui lui sont posées. Chaque question me fait avancer d’un pas si j’accepte d’y répondre en ouvrant mon cœur et mon esprit. Chaque refus de répondre me referme comme une huitre et me fait reculer d’un pas. La matière de la progression d’un professeur se trouve dans sa capacité de remettre en question en permanence sa connaissance, en la frottant justement avec honnêteté à toutes les remarques et réflexions qui lui son faites.

Votre remarque sur le port de la tête dans les coupes au sabre est importante car la tête est la pièce maîtresse de la colonne vertébrale, c’est elle qui tire l’homme vers le ciel. La tête d’O Sensei est la plupart du temps dans une extension impeccable, c’est vrai. Dans les exercices de ken élaborés par Maître Saito ce n’est effectivement pas souvent le cas. Pourquoi ?

Avez-vous remarqué qu’O Sensei – sur les vidéos dont nous disposons au moins – ne recule presque jamais. Il coupe en avançant, en entrant, dans une phase d’irimi parfait. Dans cette dynamique de l’irimi qui porte tout l’esprit et tout le corps vers l’avant, la tête est naturellement portée vers l’avant et vers le haut, elle s’« envole » et tire derrière elle tout le corps. L’Aikido c’est cela. Et O Sensei ne pouvait que démontrer cela quand il démontrait l’Aikido.

En revanche, dans les exercices construits par Maître Saito pour préserver la connaissance et assurer la compréhension des mouvements d’O Sensei, il fut nécessaire d’ajouter une variable qui n’existe pas dans le travail réalisé par O Sensei dans ses démonstrations. Cette variable, c’est le fait que – pour les besoins de l’exercice – uke tachi apprend à reculer. Et qu’il recule en prenant des angles n’empêche pas que la dynamique de son mouvement le porte vers l’arrière, au contraire d’O Sensei qui est en permanence porté vers l’avant. Cependant, quoiqu’il porte son corps vers l’arrière, l’intention d’uke tachi dans les exercices de buki waza doit en permanence être dirigée vers l’avant. Il doit, si vous voulez, reculer tout en ayant l’intention de couper ou de piquer vers l’avant. Tout l’esprit de son action est vers l’avant alors que la réalité de la dynamique de son corps est vers l’arrière. Cette contradiction entre deux actions antagonistes porte l’esprit et la tête d’uke tachi vers l’avant alors que le reste de son corps recule. Le résultat de cette situation conflictuelle est ce que vous décrivez : la tête baissée.

C’est une conséquence inévitable de la méthode de travail à ce stade élémentaire et scolaire de la pratique. Et c’est à ce point qu’il est important de ne pas perdre de vue l’objectif de cette méthode et de ne pas confondre le moyen avec le terme. Uke tachi abandonne naturellement et spontanément cette attitude « tête baissée » dès l’instant où il entre au lieu de reculer, ce qui est l’objectif recherché bien-sûr puisque l’Aikido est irimi.

Pourquoi me direz-vous alors ne pas mettre directement uke tachi sur cette piste, pourquoi ne pas tout de suite le faire couper en entrant, pourquoi le faire passer par ce long chemin détourné et apparemment antinomique des exercices de ken ?

Et bien c’est simple : pour qu’uke tachi puisse acquérir dans sa coupe ce que j’appellerai une densité, une épaisseur, un poids, en un mot une réalité, il a besoin de couper sur quelque chose, tout comme le boxeur ne peut se contenter de donner des coups de poing dans le vide et doit à un moment frapper sur un sac ou sur son adversaire. Avec une arme, il n’est pas possible évidemment de frapper le corps du partenaire d’entraînement, en revanche il est possible de frapper son arme comme si c’était son corps. Mais cela ne peut se faire si uke tachi avance car il ajusterait ce faisant le maai pour le corps d’uchi tachi. Voilà pourquoi il apprend – dans un premier temps de l’étude – à reculer.

Philippe Voarino

Bonjour LdB.

Prenez la position hanmi. J’insiste hanmi : c’est à dire pied arrière et pied avant formant un T. L’écartement des pieds est celui de vos épaules (les grandes fentes ne sont pas de mise en Aikido). Placez votre jambe arrière en extension, le poids du corps à l’aplomb de votre colonne vertébrale, c’est à dire à mi-distance entre vos deux pieds. Votre genou avant est légèrement fléchi (si vous le fléchissez trop c’est que votre buste part sur l’avant et que le poids du corps se déplace exagérément sur la jambe avant).

Dans cette position vous constaterez que vous ne pouvez pas lever les fesses vers l’arrière (ce que vous appelez antéversion).

Sans rien bouger, pliez maintenant le genou arrière et vous constaterez combien il est facile alors de relever les fesses vers l’arrière, ce qui entraîne évidemment le buste vers l’avant.

Philippe Voarino

Bonjour dieu.

Si dieu a du mal à se retrouver dans ces histoires de dan, je n’aurai aucun scrupule à dire que moi aussi j’ai bien du mal à m’y retrouver.

Quelques éléments qui pourraient orienter votre réflexion :

1- Les dan sont une invention récente et n’appartiennent pas à la tradition historique du Budo qui situe les pratiquants selon trois grandes catégories : shu, ha et ri, qui correspondent dans notre tradition occidentale aux catégories d’apprenti, ouvrier et maître.

2- O Sensei a délivré longtemps des diplômes traditionnels et ne s’est mis véritablement au dan qu’après la seconde guerre mondiale.

3- Au-delà du 7ème dan, les grades dan interviennent plutôt comme moyen de reconnaissance du parcours d’une vie consacrée à l’Aikido. C’est davantage un acte à caractère social, ce qui ne lui enlève pas sa valeur évidemment.

4- Dans la mesure où O Sensei n’attachait pas une trop grande importance à la distinction par le dan, je crois peu vraisemblable qu’il ait fixé une valeur absolue au grade de 8ème dan. Et je crois tout à fait possible que dans un jour de bonne humeur il ait accordé un 10ème dan à son élève Hikitsuchi par exemple.

5- Quand un haut gradé de l’Aikikai refuse un grade de 9ème dan, comme vous indiquez que l’a fait Tamura, il bloque le passage au 8ème dan de tous les 7ème dan qui piaffent dans son sillage, ce qui empêche par voie de conséquence tous les 6ème dan de passer 7ème dan …et ainsi de suite. Cela devient un problème pour l’Aikikai, et éventuellement un moyen de pression sur la grande fabrique japonaise des dan Aikido.

Philippe Voarino

Bonjour Maître,

En répondant à Marc Lejeûne en date du 28 décembre, vous répondez par là même à la question que je vous posais pour go no awase concernant la distance à laquelle s’effectuait la coupe de ken.

Vous précisez que couper sur l’arme en identifiant l’arme comme le corps de Tori permet de mettre dans la coupe toute l’intensité nécessaire, et certes, je partage ce point de vue.

Toutefois quel argument apporter à un détracteur qui prétendrait qu’il vaut mieux s’entrainer à couper sur le corps de Tori tout en retenant la coupe plutôt que de s’entrainer à couper avec toute l’intensité nécesaire mais ...sur l’arme ?

Un entrainement régulier "conditionnant" le pratiquant à frapper l’arme ne risque t-il pas de générer des problèmes d’évaluation des distances en cas d’engagement réel ?

Je me fais ici un peu l’avocat du diable mais j’avoue que je serais tout de même bien embêté si je devais répondre à un tel argument.

Bonjour Phil

Je vais essayer de vous faire partager ma vision des choses.

Go no awase est un exercice qui permet d’apprendre comment à l’aide du sabre developpé un travail de corps juste. C’est en cela qu’il est important de rester sous la coupe d’uke.

Et comprendre comment utiliser le corps au travers de cet exercice, revient à prendre conscience du moteur de l’action à savoir l’axe de rotation symbolisé par la colonne vertebrale.

Quand on comprend comment fonctionne l’axe on comprend que si l’un des cotes du corps avance (irimi) alors l’autre automatiquement et simultanement recule (tenkan).

A partir de là prenons le cas d’etude suivant, durant la pratique du go no awase hidari hanmi. Uke attaque yokomen, vous par la rotation de l’axe initiez le mouvement le corps a commencé de tourner mais les jambes plus lourdes n’ont pas encore été entrainées.

Pour grossir et permettre de mieux comprendre, essayer de vous imaginer avec la lignes des épaules de face et les pieds qui ne se sont pas déplacés (en gros). Maintenant il y a deux possibilités soit la rotation se continue par un tenkan, c’est à dire que le coté gauche du corps va etre le coté "moteur" et la coupe se fera sur le sabre soit la rotation se continue par un irimi c’est à dire une avancée du coté droit du corps qui va étre moteur et la coupe (si elle n’est pas arrété) se fera au travers du corps d’uke.

Les explications sont laborieuses car il est difficile d’expliquer "une technique" comme cela.

Tout cela pour dire la chose suivante Phil, il n’y a pas deux actions différentes pour un travail sur le sabre ou une hypothétique coupe d’uke, c’est le principe premier IRIMI-TENKAN qui peut se manifester de deux manieres .

Je ne sais pas si j’ai réussi à etre clair, auquel cas je m’en excuse.

Matthieu

Deuxième courrier du jour Phil.

J’y complète par un aspect peut-être plus élémentaire la réponse de Matthieu qui était davantage axée sur la conséquence de la mise en œuvre du principe irimi-tenkan.

Dans l’entraînement au sabre, le premier objectif à atteindre, qui va conditionner les autres, est de développer une coupe libérée. Quand cette coupe s’effectue sur des fagots de bois ou sur un pneu, elle se libère assez naturellement pour une raison simple : on frappe ces objets réellement et sans retenue. Dans cette version du tanren uchi, l’apprentissage est facilité par le fait que la cible est immobile.

Mais il existe une version plus difficile du tanren uchi, c’est celle que l’on pratique sur une cible mobile : cette cible mobile c’est le sabre d’uchi. Et là aussi la coupe peut être pleinement libérée puisqu’il est possible de frapper réellement et sans retenue le sabre qui s’abat sur soi.
L’élément nouveau qui est introduit dans ce type d’entraînement c’est évidemment la notion d’awase : à la différence du fagot de bois immobile, l’autre a désormais son mouvement et son énergie propres et il est indispensable de s’harmoniser avec lui.

Le problème d’évaluation des distances peut éventuellement se présenter dans la situation suivante : je me fixe une cible et j’apprends à m’arrêter systématiquement avant cette cible. C’est le cas du karateka par exemple, qui arrête toujours son poing un centimètre devant le nez de son adversaire et qui ne complèterait pas cette forme d’entraînement, faussée par nécessité, par la pratique du makiwara. Mais le problème d’évaluation des distances ne se pose jamais quand je fixe une cible et que je la frappe réellement, ce qui est bien le cas quand je frappe le sabre d’uchi. Parce que mon entraînement alors ne consiste pas à frapper le sabre. Mon entraînement, et c’est bien différent, consiste à évaluer avec précision la distance juste et le temps juste qui sont nécessaires pour frapper le sabre. C’est un apprentissage global. J’éduque mon esprit et mon corps à évaluer des distances. Mon esprit/corps une fois éduqué ajustera toujours la distance ensuite en fonction des nécessités pour frapper la tête plutôt que le sabre.
Le basketteur qui s’entraîne à marquer à 4 mètres comprend par cet entraînement ce qui doit être enlevé ou ajouter pour marquer à 3m 50 ou à 4m 50.

En revanche, l’entraînement qui consiste à prendre pour cible la tête d’uchi et à s’arrêter évidemment, comme le karateka, un centimètre au-dessus de son crane est un entraînement qui apprend en réalité à ne pas libérer la coupe. Si l’on prend en effet pour cible le corps d’uchi, on se condamne à toujours arrêter la frappe. Le geste ainsi répété des milliers de fois développe un réflexe de blocage qui va à l’encontre de l’objectif recherché de libération de la frappe.

Et tant que la frappe n’est pas libérée, il n’est pas possible de la mettre en harmonie avec le principe de l’Aikido

Philippe Voarino

Merci pour votre réponse.

raison pour laquelle le karaté shotokan a perdu son sens martial en compensant la réalité des atemis( la coupe dans cet article ) en modifiant la distance entre uke et tori

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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