Faut-il toujours brûler l’hérétique ?

Au quatrième siècle avant Jésus Christ, un Grec d’Ephèse mit le feu au temple d’Artémis. L’une des sept merveilles du monde fut ainsi réduite en cendres. Erostrate, c’était le nom du pyromane, fut brûlé lui aussi pour ce crime. Et les Grecs publièrent un édit interdisant à quiconque – sous peine de mort – de prononcer dans l’avenir le nom de l’incendiaire.

C’est l’histoire ancienne d’une époque où les hommes n’étaient pas indifférents à tout. Aujourd’hui, le sacrilège les laisse de marbre. On met en question le cœur même de leur foi, et ils semblent continuer leur routine comme si de rien n’était.

Certains pourtant restent cohérents et réagissent quand on ébranle leurs convictions. Bernard Palmier fait partie de ceux-là. Dans le numéro 28 d’Aikido Journal, il critique sévèrement une série d’articles techniques publiés sur le site TAI. Cette rubrique qui a pour titre « Erreurs courantes » met en scène le Doshu Kisshomaru Ueshiba Sensei dans la démonstration (involontaire) des erreurs techniques à ne pas commettre. Bernard Palmier estime que l’utilisation du fils du Fondateur de l’Aikido dans un tel contexte est la marque d’un manque de respect scandaleux.

Dans la mesure où l’argumentation développée dans ces articles veut démontrer que les erreurs techniques les plus courantes rencontrées aujourd’hui sur les tatamis ont pour origine l’enseignement de Kisshomaru Ueshiba, je voudrais dire à Bernard Palmier, pour commencer, que ce qui me paraît scandaleux à moi c’est que depuis plus de deux ans que cette rubrique est en ligne il soit le premier à sortir de la torpeur générale qui a tenu lieu d’unique réponse à la thèse en question.

En effet, les enseignants d’Aikido aujourd’hui en activité étant dans leur grande majorité élèves de professeurs eux-mêmes formés par Kisshomaru, comment ont-ils pu accepter sans réaction que soit mise en question la référence de leur savoir ?

On respecte ses parents, ses engagements, les usages, le code de la route … Et chacun comprend assez naturellement la notion de respect. Mais l’homme se trouve parfois devant des situations et devant des choix qui ne sont pas conciliables avec certaines des valeurs que l’on regroupe sous un tel concept.

De Gaulle et les Français Libres ne respectèrent pas l’armistice de juin 1940. Le gouvernement de Vichy les condamna à mort sans hésiter. Pourtant, qui dira aujourd’hui qu’ils firent mal de ne pas respecter les consignes du vieux Maréchal et de ses ministres collaborateurs ?

Martin Luther brûla publiquement une bulle pontificale. Cet outrage à l’autorité de l’Eglise avait pour cible le Pape lui-même. Au 16ème siècle, un geste de cette nature était bien plus qu’un scandale, c’était une hérésie, et cela pouvait valoir la torture et le bûcher. Luther fut excommunié. Les esprits qui le condamnèrent, analogues en cela à celui de Bernard Palmier, n’avaient dans leur champ de vision que l’insolence de la rébellion luthérienne. Le plus important leur échappait : le manque de respect de Luther pour sa hiérarchie était la conséquence du très haut respect dans lequel il tenait l’Esprit de la religion chrétienne qui était, selon lui, mis à mal et qu’il entendait régénérer.

Et si le respect de l’Esprit même de la religion ne laissait pas d’autre choix que de critiquer l’orthodoxie, en manquant pour ce faire de respect à quelque hiérarque décadent amolli sous les ors du Vatican, son choix était fait.
Il mena à la Réforme.

J’ai pris soin, en débutant la rubrique des « Erreurs courantes », d’expliquer dans un éditorial intitulé « Aikido underground » tout le respect que j’avais pour Kisshomaru Ueshiba :

(…) j’ai pour Kisshomaru Ueshiba, dont j’ai partagé plus d’une fois la table, une très haute considération. Ce que cet homme a accompli dans le temps d’une vie force le respect : il a étendu à l’échelle de la planète un art abscons et élitiste né quelques années plus tôt dans les milieux aristocratiques du Japon. Chapeau ! Il fallait le faire ! Et si le père a créé l’Aikido, c’est incontestablement le fils qui l’a fait connaître. Sans lui, moi qui écris, aurais-je jamais fait shiho nage ?

Mais quand il fallut mettre dans la balance mon respect pour les qualités d’entrepreneur de Kisshomaru avec la claire vision de l’impasse technique où il engagea l’Aikido dès la mort d’O Sensei, je fis un choix de même nature que Luther. Et je pose la question suivante : s’il y a une possibilité vérifiable à la lumière de la raison pour que l’enseignement de Kisshomaru soit bien la cause originelle qui ait déclenché la transformation générale de l’Aikido, comment démontrer cela sans faire monter sur scène le premier responsable de cette évolution et sans allumer les projecteurs ?

Je suis donc désolé pour la bienséance. Désolé si j’écorche les convenances, désolé de heurter les convictions des uns, désolé de blesser peut-être les sentiments des autres. Mais l’enjeu dépasse les conventions et les bonnes manières. La recherche de la vérité est parfois douloureuse.

J’entrepris donc de comparer point par point les mouvements de Kisshomaru aux techniques et aux directives techniques incontestables laissées en témoignage par O Sensei, afin de démontrer, arguments à l’appui, que la pratique du fils s’écarte de celle du Fondateur jusqu’à n’être plus qu’un simulacre. Ce travail est sans complaisance mais il est documenté et rigoureux. Qu’il déplaise je le comprends, mais alors qu’on le combatte avec les armes qui conviennent dans une telle circonstance : qu’on le critique d’un point de vue technique. Qu’on me montre où j’ai mal vu et en quoi je fais fausse route. Toutes les réflexions argumentées sont les bienvenues. Le forum du site TAI est ouvert à la contradiction, et chacun peut s’y exprimer librement.

Cette critique constructive demande évidemment un peu de travail. Est-ce pour cela qu’au lieu du dialogue attendu je pénétrai en fait, tel le Commandant Cousteau, dans le monde du silence ? Pas de cri, pas de chuchotement, pas même un murmure. J’en vins à penser que cette langueur, que cette nonchalance, que cette indifférence générale, étaient toute la réponse des élèves de Kisshomaru.

Alors j’applaudis bien-sûr aujourd’hui la réaction de Bernard Palmier qui relève le niveau de mon estime pour les enseignants de la FFAAA, mais je regrette que cette réaction ne soit qu’épidermique. Résumer l’ensemble de la problématique sérieuse qui est mise en place dans ces dossiers techniques, d’un poncif comme « cette fermeture est contraire à l’Aikido… », c’est un peu court. On était en droit d’espérer un peu plus d’analyse de la part d’un professeur de Français.

Cependant je ne suis pas surpris, car j’assiste depuis bien des années déjà à cette mise en scène manichéenne du monde de l’Aikido. On y éreinte d’un côté un groupuscule de pratiquants rétrogrades, sectaires, élitistes, enfermés dans leurs certitudes, arrêtés sur des formes techniques figées à un temps préhistorique de l’Aikido, scandant du fond de leur village des incantations au totem de Takemusu. Et on glorifie de l’autre côté la mer immense des pratiquants modernes, raisonnables, tolérants, ouverts et acceptant « toutes les formes d’Aikido », riches de leurs différences, alignés comme un seul homme derrière le mot magique qui ouvre la mer, aplanit les montagnes et séduit la modernité : évolution.

Alors une fois encore, devant la foule qui répète à l’envi ce mot forgé pour elle et inaudible dans la sphère céleste où O Sensei situe Aiki, je veux expliquer que l’Aikido n’évolue pas : l’Aikido est. Il est de toute éternité. Il appartient au domaine intangible des lois de notre univers. Sinon, s’il évolue, il ne fait pas partie de l’essence de l’univers, ce n’est qu’un jeu aux règles changeantes, un jeu sans principe, un accident.

L’univers est tel qu’il existe une spirale d’énergie idéale correspondant à une technique d’Aikido particulière considérée dans un temps et un espace donnés de son développement. Il n’y a pas de place dans cet univers pour l’existence simultanée d’une seconde spirale idéale. Prétendre que l’Aikido évolue revient à accepter comme idéale – à situation égale – telle spirale un jour, telle autre spirale le lendemain, et le jour d’après une autre spirale encore. C’est impossible car si l’une de ces spirales est vraie une fois, elle est – à situation égale – vraie toujours. La propagation idéale de l’onde d’énergie transmise par un corps à un autre corps obéit à des lois mathématiques : elle ne peut pas – à paramètres identiques – varier au gré du temps qui passe, des interprétations des uns ou des autres, ou de la mode. Les lois de l’Aikido n’évoluent pas plus que celles du théorème de Pythagore. On les respecte ou on ne les respecte pas, mais elles sont là depuis toujours.

Penser comme Bernard Palmier que la technique évolue, c’est laisser la proie pour l’ombre. Car ce n’est pas la technique qui évolue : ce qui évolue c’est l’homme qui reconnaît les lois de l’Aikido et s’y conforme. L’homme certes évolue qui exécute cette technique avec plus ou moins de bonheur, avec plus ou moins d’expérience, l’homme bien sûr évolue, l’homme heureusement progresse. L’Aikido est immuable. L’Aikido est égal à lui-même.

La confusion sur ce point fondamental laisse croire à Bernard Palmier qu’«* on peut accepter toutes les formes d’Aikido* ». Mais il n’y a pas des formes d’Aikido : l’Aikido crée des formes, c’est différent. Ces formes sont en nombre indéfini, oui, mais le principe qui les génère est unique. Ce principe est le seul élément qui ne bouge pas : le centre autour duquel et par lequel s’ordonne et tourne tout le reste. C’est le moteur immobile. Comprendre et voir Aiki c’est comprendre et voir ce qui ne bouge pas, comprendre et voir ce qui est en paix au cœur de la valse étourdissante des formes créées. Et puisque le principe est immuable, puisqu’il est dans sa définition même qu’il ne puisse aucunement être modifié, comment diable alors pourrait-il bien évoluer ?

Chacune des formes techniques innombrables de l’Aikido est liée à ce principe par une relation logique et quasiment biologique : chaque technique née du principe hérite, à la manière de la cellule d’un organisme vivant, du patrimoine héréditaire propre à ce principe. Le principe confère donc à la technique certains caractères spécifiques. Ces caractères spécifiques sont reconnaissables. Et toutes les techniques d’Aikido portent ainsi, si l’on peut parler de cette manière imagée, la trace génétique de leur filiation commune.

C’est à cette relation , éminemment complexe, que l’on donne en Aikido le nom de « riai ». Voilà ce qu’expliquait Saito Sensei. Le riai n’a rien à voir avec une vague parenté, un cousinage qui serait censé unir entre eux les différents courants d’une grande famille de gens qui pratiqueraient plus ou moins la même chose au prétexte qu’ils virevoltent avec un hakama. Bernard Palmier fait fausse route qui pense que c’est en ce sens que Saito Sensei comprenait la notion de riai. Saito Sensei n’a jamais admis qu’il existait en Aikido des styles. Et je sais de quoi je parle pour avoir vécu de manière parfois animée ses explications. Il y avait pour lui l’Aikido d’O Sensei. Et tout ce qui n’obéissait pas au principe de l’Aikido n’était simplement pas de l’Aikido. Il était parfaitement en accord sur ce point avec Tamura Sensei qui dit

Un centimètre à gauche, un centimètre à droite, ce n’est plus de l’Aikido.

Et j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer comment ce sont les abus de langage et l’ironie du sort qui voulurent que l’Aikido mis au point par le Fondateur à Iwama se fît connaître sous le vocable d’« Iwama style ». J’affirme donc que Bernard Palmier, s’il avait prononcé devant Saito Sensei cette phrase de son interview : « Il y a peut-être autant d’Aikido (sic) qu’il y a de Sensei ou de pratiquants », aurait reçu illico un coup de bokken sur la tête. Cette phrase a si peu de sens que le transcripteur de l’interview lui-même n’a pas osé mettre un s à Aikido. Bernard Palmier justifie ce propos déroutant de la manière suivante : « L’important c’est (…) le respect des principes d’Aiki dans l’exécution des techniques quelle que soit la forme de travail. »

Tout est là en vérité : des principes. Qu’entend-on par principes : shisei, kokyu, kamae, maai, awase … ? Mais tous les arts martiaux d’Orient et d’Occident respectent ces « principes ». Un boxeur aussi doit soigner son attitude, utiliser la puissance respiratoire, tenir sa garde, travailler à distance juste, en harmonie avec l’énergie de l’adversaire … Où se trouve dans ce genre de principes la spécificité de l’Aikido ? Si l’on s’appuie sur ces seuls principes, tout homme qui les respecte fait de l’Aikido : un judoka fait de l’Aikido, un tennisman fait de l’Aikido, un véliplanchiste fait de l’Aikido … Avec ce genre de postulat, tout le monde fait donc de l’Aikido et donc il y a « autant d’Aikido(s) qu’il y a de pratiquants ». Monsieur Jourdain fait de la prose.

Que cette parodie soit défendue comme une vérité par des responsables de l’Aikido fédéral tels que Bernard Palmier, voilà ce que je reconnais moi pour manque de respect véritable. Manque de respect absolu (et inconscient j’espère) parce qu’il s’est installé non pas envers tel ou tel dignitaire de l’Aikido, non pas même envers O Sensei, mais envers Aiki lui-même.

Jamais on ne serait parvenu à cette totale perte de repères si l’on avait compris les deux choses suivantes :

Premièrement ce n’est pas le respect des principes qui fait l’Aikido, c’est le respect du principe. Le principe c’est la cause première, primitive et originelle. Par définition même, cette cause ne peut pas être multiple. Elle est unique, elle est le commencement de toutes les autres choses existantes. Parler de principe en mettant ce mot au pluriel est le signe d’un désordre de la pensée. Et cette simple considération sémantique suffirait à montrer que la position de Bernard Palmier est injustifiable.

Mais deuxièmement, et c’est capital si l’on veut comprendre par où pèche sur le fond cette « théorie de l’ouverture » : les formes manifestées dépendent du principe. Les formes en effet ne sortent pas du néant, elles sont les conséquences visibles de la mise en œuvre d’un principe caché. Or ce principe confère à la technique, ainsi que nous l’avons vu, certains caractères spécifiques. Il est bien naturel dès lors que ces caractères déterminent à leur tour l’aspect extérieur de la technique, c’est à dire la forme. C’est pour cette raison fondamentale que les formes ne peuvent pas être aussi disparates, aussi hétérogènes qu’on les rencontre aujourd’hui. Car au-delà de leur diversité d’apparence, il est de nécessité absolue qu’elles soient le reflet de l’unité profonde qui les organise en une vaste synthèse.

Le mouvement shomen uchi ikkyo omote par exemple exige, dans sa forme de base, une rotation initiale de 45° pour que soit respecté le principe d’irimi-tenkan. Si je ne pivote pas, ou pas suffisamment, la forme extérieure de mon mouvement diffère du mouvement à 45°. Certes elle ne diffère qu’insensiblement, elle lui ressemble, et il est tentant de dire que ce n’est qu’une forme différente, et que toutes les formes de travail existent, et qu’il faut être ouvert, les accepter toutes, etc. etc… Mais en réalité, la raison pour laquelle cette forme diffère c’est que, n’ayant pas respecté le principe de l’Aikido, elle n’en est pas non plus la manifestation, elle n’est pas créée par la mise en œuvre de ce principe et il n’existe de ce fait aucun lien qui permette de la rattacher à lui. Cette raison fait que ce n’est pas de l’Aikido.

Si c’est une marque de « fermeture » que de se soumettre à la raison, alors je vivrai cloîtré. Mais je crois plutôt que la gratifiante théorie d’ouverture au nom de laquelle il est de bon ton d’accepter, la main sur le cœur, toutes les formes d’Aikido, consiste à la vérité à percevoir des formes différentes là où il y a seulement manque de rigueur, absence d’exigence et imprécision technique. Pour dire les choses crûment, je vois quant à moi, dans ce généreux souci d’ouverture, l’élégant maquillage d’une contrefaçon qui donne pour Aikido ce qui n’est en réalité qu’une chimère.

Soucieux de délivrer la pensée de son temps du carcan des idées reçues, des idées faciles, Giordano Bruno, comme Luther avant lui, eut fort peu de respect pour la poussiéreuse hiérarchie de l’Eglise. Il écrivit un livre dont le titre résume d’une manière étonnante ce qui nous sépare, Bernard Palmier et moi-même : « De la cause, du principe et de l’unité ». Son insolence lui valut de brûler vif sur un bûcher, non sans avoir été torturé auparavant par l’Inquisition romaine. Quelques années plus tard, les lois de Kepler lui donnèrent raison. La leçon de cette expérience, c’est que les meilleurs arguments du monde ont bien du mal à prévaloir contre l’autorité. Cette dernière n’a pas dans son essence ni par sa fonction un grand souci de la vérité. Mais je ne conteste pas qu’il est infiniment confortable de se coucher dans son lit. C’est rassurant et c’est reposant. La fatigue est grande dans le camp adverse où il faut porter toute chose à bout de bras.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à Galilée qui a renié ses découvertes un couteau sous la gorge. Mais puisqu’on parle de respect, c’est tout de même un respect des autres, de soi-même et du petit rôle qu’on a sur cette terre, que de défendre certains engagements qui font le sens d’une vie. Plier genou devant l’erreur quand on sait qu’il s’agit d’une erreur n’est pas une attitude à laquelle je me résous volontiers. Si c’est là manquer de respect, que Bernard Palmier me concède que c’est aussi à l’évidence la marque d’une grande naïveté et d’un grand optimisme. Ces deux péchés sont ceux de la jeunesse. Et tout le monde sait bien qu’on pardonne beaucoup à la jeunesse…

Philippe Voarino, Campo dei Fiori, février 2008

Commentaires

Bonsoir M. Voarino,
Je me permets de réagir à votre édito du 22 mars dernier, qui appelle selon moi quelques réflexions et pas mal d’étonnements.
Je suis pratiquant d’aikido en région parisienne, et je participe à ce titre au forum mis en place par la FFAAA. C’est par ce biais que j’ai pris connaissance de votre dernier article. Je tiens à en remercier mes camarades forumistes, bien plus fidèles que moi dans la lecture de vos contenus - même si je passe vous lire plus ou moins régulièrement.

C’est pourquoi je m’étonne de certains termes utilisés dans votre argumentaire. Tout d’abord, vous expliquez à vos lecteurs que :
« Ce qui me parait scandaleux à moi c’est que depuis plus de deux ans que cette rubrique est en ligne il (Bernard Palmier) soit le premier à sortir de la torpeur générale qui a tenu lieu d’unique réponse à la thèse en question ».
Je ne me permettrais pas de répondre à sa place, ni à celle d’aucun autre (haut)gradé, fédéral ou non. Mais ce dont je puis vous assurer, c’est que les internautes de l’aikido francophone (dont le nombre exact reste à évaluer) ont eu vent depuis plusieurs mois (années) de vos prises de positions disons, radicales, sur le passé, le présent, le devenir de l’aikido (mondial, européen, français).
Réjouissons-nous donc : via le Net, vos positions sont connues d’un certain nombre (peut-être limité, mais j’ai pu constater dans divers clubs, stages, écoles… à quel point ledit forum est lu).

Ce qui me gêne personnellement (et je ne suis pas le seul), ne tient pas à vos arguments d’ordre technique. La rigueur de votre travail, votre expérience, votre parcours, justifient que vous vous teniez à vos choix, et que vous les explicitiez. Mieux : que vous en fassiez profiter librement toute une population de gens en recherche, quoi de plus louable ? Non, ce qui me gêne, ce sont vos méthodes.

Vous utilisez pour présenter vos arguments des photographies issues des publications du 2e Doshu, K Ueshiba. Ces photos (en détenez-vous des droits d’utilisation sur le Web ?) montrent toujours de manière désavantageuse, les choix techniques que vous lui attribuez. Si vous respectez tant ce qu’il a fait pour le développement de l’aikido (qui est sorti de son état d’école prestigieuse mais nationale, voire locale, vers un statut de pratique mondialement reconnue), pourquoi ne pas montrer des photos de vous-même ou de vos élèves, dans des positions "damme" pour illustrer vos propos ? Je m’interroge sur vos motivations. S’agit-il de montrer "ce qui est faux", ou de brocarder "ceux qui (sont) faux" ? Vous comprendrez sans peine j’imagine, l’importance que revêt cette nuance. Je n’ai pas votre expérience ni celle de M. Palmier, je n’ai pas non plus la moitié du dixième de vos acquis respectifs ; mais je suis troublé, en tant que simple pratiquant, par de telles façons de "(dé-)montrer". Vous savez mieux que moi l’importance de la monstration et-ou de la démonstration en aikido.

Dernière remarque pour ce soir : vous appelez à la rescousse les hérétiques de tous temps, pour appuyer vos déclarations. Je pense notamment à Martin Luther, et à De Gaulle et la France libre. Ne pensez-vous pas (j’estime à vous lire que vous connaissez bien l’Evangile) qu’il faille rendre à César ce qui est à César, etc ? Les petites et grandes disputes qui jalonnent la (jeune) histoire de l’aikido sont-elles comparables à l’apparition du Protestantisme, ou à l’Appel du 18 juin ? Je ne le crois pas.

Je vous prie de croire à l’expression de mes respectueuses salutations. Antoine.

Bonjour.
L’énergie cosmique n’est certainement pas faite spécifiquement pour aller prendre un café, faire un kote-gaeshi (avec ou sans erreurs courantes) ou dire une prière pour capter l’attention d’un démiurge pour aller au paradis.
Puisqu’elle est cosmique elle n’exclue rien, mais elle n’est pas particulièrement au service d’un groupe quelconque, d’une idéologie quelconque, d’une "méthodologie spirituelle", d’une religion quelconque, d’une idée quelconque, d’une médecine quelconque, d’une application quelconque ésotérique ou non, d’une organisation quelconque, d’une personne quelconque (à moins que cette personne soit l’avatar d’une énergie cosmique).
Quand à réduire l’impensable à une sorte de méthode avec des angles et des pas, c’est une plaisanterie d’un goût douteux. Par rapport à des grands sages, apparemment, il n’y a plus rien a démontrer, point final. Et que l’on en soit vraiment conscient ou non, c’est toujours le plus subtil qui gère le moins subtil.
L’aïkido a "la qualité de son propriétaire" et ceci (ou quand c’est le cas : cela) ne se transmet pas avec un point de vue : intellectuel, géométrique ou idéologique.

Si vous avez raison jean marc, alors osensei avait tout faux en creant l’aikido. Sa methode ne sert a rien et autant arreter tout de suite car rester assis au milieu d’un champs n’est pas exclue pour faire partie du tout. Votre critique sous forme de raisonnement s’applique aussi bien a osensei, qui est l’initiateur de la methode, qu’a philippe dont vous ne semblez pas partager l’opinion.

Il me semble que l’aikido ne propose pas de faire partie d’un tout car c’est un fait que nous en faisons partie. Il s’agit de recreer un tout secondaire pour en apercevoir l’essentiel a notre echelle.

Bref si il est vrai qu’aucune methode , comme vous l’avez si justement dit, il ne lui reste qu’un but : comprendre pour permettre de ne pas en devenir un parasite.

Pardon il manquait un bout de ma réponse, je la reposte :

Si vous avez raison jean marc, alors osensei avait tout faux en créant l’aikido. Sa méthode ne sert a rien et autant arrêter tout de suite car rester assis au milieu d’un champs n’est pas exclue pour faire partie du tout. Votre critique sous forme de raisonnement s’applique aussi bien a osensei, qui est l’initiateur de la méthode, qu’a philippe dont vous ne semblez pas partager l’opinion.

Il me semble que l’aikido ne propose pas de faire partie d’un tout car c’est un fait que nous en faisons partie. Il s’agit de recréer un tout secondaire pour en apercevoir l’essentiel a notre échelle.

Bref si il est vrai qu’aucune méthode ( comme vous l’avez si justement dit) ne peut réduire l’impensable, il ne lui reste qu’un but : comprendre pour permettre de ne pas en devenir un parasite.

Et c’est bien ce qu’à fait osensei, il a créé une méthode. Une voie. Faite d’angles et de pas qui ne me paraissent, pour ma part, pas d’un gout douteux. Car au travers de ces pas il touche a l’unité des choses dans un contexte servant d’exemple. Le riai.

Bonjour,

J’ai pris connaissance avec intérêt des derniers messages et commentaires. Je n’oublie pas de répondre. Mais j’aurai un peu plus de temps disponible la semaine prochaine.
Rendez-vous est pris.

Philippe Voarino

Bonjour Antoine.

Pourquoi ne me suis-je pas mis en scène dans la démonstration des erreurs techniques plutôt que d’utiliser les photographies de Kisshomaru Ueshiba ?

Votre suggestion est en réalité le choix que je fis dans un premier temps : simuler moi-même ce que je tenais pour des erreurs et expliquer ensuite. Pour faire cela il fallait dans un premier temps que je répertorie ces erreurs. Je me suis donc fendu de 26 € pour acheter le tome I de l’ouvrage de référence des 26 cadres techniques nationaux de la FFAB (un euro par cadre ce n’est pas cher). Mais en étudiant cet ouvrage, je fus frappé par la parenté des erreurs techniques que j’y relevai. Et je me suis alors demandé comment une telle parenté pouvait être possible.

Comme il est écrit en dernière de couverture de l’ouvrage en question qu’en filigrane apparaît le génie créateur de celui qui inspire et dirige cette équipe, Maître Tamura, et que ce personnage ne m’est pas complètement inconnu, j’eus la curiosité de relire de ce point de vue les ouvrages techniques que je possède de Maître Tamura. Je me rendis compte alors que si les erreurs que j’avais relevées dans le catalogue des 26 spécialistes de haut niveau de la FFAB avaient une parenté, c’est qu’elles avaient en réalité une origine commune. Et cette origine commune se trouvait dans l’enseignement de Maître Tamura. Les erreurs n’étaient pas de la responsabilité directe des 26 CTN, elles n’étaient pas l’effet d’un égarement individuel de ces techniciens : les erreurs avaient été transmises.

Alors, tirant encore sur le fil qui sortait de cette pelote, j’ai voulu voir plus loin et je me suis demandé s’il n’était pas possible de trouver la même filiation entre Maître Tamura et son professeur Kisshomaru Ueshiba. J’ai donc étudié de ce point de vue également les ouvrages techniques de Kisshomaru. Et j’ai constaté la même parenté.

J’ai déduit de tout cela que les erreurs techniques que l’on rencontre un peu partout dans les dojos de France et de Navarre ne sont pas accidentelles : elles sont la conséquence d’une chaîne de transmission qui remonte au fils d’O Sensei.

Cette découverte m’a amené à la conclusion que relever une erreur technique et la traiter comme si elle n’était qu’accidentelle en démontrant moi-même cette erreur serait revenu à soigner les conséquences d’un mal sans s’attaquer à l’origine de ce mal : cataplasme sur jambe de bois.
Voilà pourquoi j’ai décidé de mettre en scène directement celui qui est selon moi responsable de tout cela : Kisshomaru Ueshiba. Pas par animosité particulière envers lui, mais parce que les choses sont ce qu’elles sont et qu’il était selon moi nécessaire que quelqu’un les dise clairement.

La tenue de votre style et de votre message montre que vous n’êtes pas insensible à la logique et que vous ne manquez pas de références littéraires. Aussi je vous dirai qu’il y a une vérité dans cette phrase qui appartient aussi bien à notre culture qu’à la culture de l’Orient, que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Ce qui est petit est comme ce qui est grand. Je suis certes un petit hérétique comparé à Luther ou à De Gaulle. Mais ce qui importe n’est pas la dimension qu’apportent à ce que nous faisons les évènements qui sont toujours et nécessairement contingents, ce qui importe est la nature de ce que nous faisons. Et de ce point de vue, la révolte est la révolte, et la servitude est la servitude, quelles que soient les circonstances.

Philippe Voarino

Bonjour M. Voarino,

Merci pour votre réponse. Je continue d’être troublé par le procédé : vous affirmez d’un côté que vous êtes reconnaissant à K Ueshiba sensei pour avoir transmis l’aikido à un grand nombre (dont Tamura sensei, qui fut je crois votre enseignant avant Saito sensei), de l’autre que son catalogue (et celui de ses élèves donc) est un florilège de "damme". Mais je comprends néanmoins clairement votre démarche.
Ce que je comprends moins, c’est le sens de vos déclarations visant à refonder l’aikido en France, en particulier votre appel aux "bonnes volontés" dans au moins un autre de vos éditos. Serait-ce pour fabriquer une "super-fédé" au rôle purement administratif ? Ou bien pour juste entériner le fait que l’aikido ne doit être (ne peut être ?) qu’un ensemble d’écoles, chacune avec sa spécificité, qui plus est définitivement irréconciliables, si je comprends bien votre raisonnement ?

Bonjour M. Voarino,

Votre autre édito dont je parlais dans ma réponse précédente est indiqué en référence ("Le cache-misère fédéral").
Je m’étonne de ce que d’un côté, vous fassiez appel aux "bonnes volontés" pour construire un ensemble cohérent (disons un "super-truc" de l’aikido français, lire notamment votre fin d’article) et que d’un autre, vous pointiez les choix techniques d’autres enseignants comme des "erreurs" (voire des "errements"). N’y a-t-il pas contradiction entre vos deux intentions ?

Bien cordialement, A.

Bonjour Antoine.

Je ne pense pas qu’il y ait contradiction à souhaiter d’une part une structure nationale représentative de l’Aikido français, et à défendre d’autre part une conception de l’Aikido en opposition avec celle d’un autre « courant ».

Si l’on veut avancer un peu dans le domaine d’une représentation authentique de l’Aikido français dans sa « diversité », si vous me passez cette expression fashion, il est indispensable de ne pas mélanger les deux niveaux de réalité suivants.

Le premier niveau de réalité c’est l’Etat français, qui bien évidemment ne connaît rien à l’Aikido mais qui légifère et souhaite une représentation unitaire afin de déléguer ses pouvoirs et faire en sorte que les textes qu’il a votés puissent fonctionner dans de bonnes conditions. La mission de l’Etat s’arrête là. Il faut donc que les différents courants de l’Aikido s’entendent pour offrir à l’Etat la représentation unitaire qu’il exige. Il s’agit là du plan administratif, du plan social, rien de plus, c’est la réalité extérieure, le cadre sociétal si vous voulez, et il faut en tenir compte.

Le deuxième niveau de réalité c’est l’Aikido, l’art lui-même, qui est complètement étranger à toute cette bureaucratie nationale, ou internationale d’ailleurs. L’Aikido c’est le contenu du cadre, c’est la réalité intérieure sans laquelle ce cadre n’aurait aucune raison d’être. C’est ce qui fait que vous ou moi montons sur un tatami et cherchons dans la voie qui est proposée.

Il ne faut surtout pas confondre ces deux niveaux de réalité. On doit jouer le jeu de l’Etat jusqu’aux limites naturelles des compétences de ce dernier. Au-delà de ces limites on entre dans le pur domaine de l’Aikido dont il est indispensable de débattre la vérité, tant il est vrai que tous ne peuvent pas avoir des conceptions radicalement opposées et avoir raison en même temps.

Philippe Voarino

Bonjour M. Voarino,

Sur le rôle de l’Etat en effet, je crois qu’il y a convergence quelles que soient nos "appartenances". Sur votre proposition : "Je ne pense pas qu’il y ait contradiction à souhaiter d’une part une structure nationale représentative de l’Aikido français, et à défendre d’autre part une conception de l’Aikido en opposition avec celle d’un autre « courant »", je vois en revanche une difficulté majeure : si l’on défend une conception "en opposition" avec celles des voisins, il semble délicat de faire partie d’une même structure - y compris seulement administrative. Que penseriez-vous d’un voisin de pallier qui essaierait de vous imposer ses habitudes (musicales, culinaires, etc.) jusque chez vous - ou qui du moins dirait à tout le monde que lui seul, contrairement à vous, sait ce qui est bon (à écouter, à cuisiner, etc.), et qui viendrait vous solliciter pour monter une amicale (un syndic)… ? Le recevriez-vous avec bienveillance, écouteriez-vous sa proposition sans méfiance ?

Pardonnez-moi d’être aussi insistant sur ce point, mais je me place ici en tant que pratiquant "fédéral" (ce que je suis) qui a du mal à lire à la fois vos messages de "main tendue" administrative et de "rupture" (technique, voire philosophique).

Cordialement, A.

Bonjour Antoine.

S’il y avait comme vous l’écrivez une difficulté majeure à faire partie d’une même structure en défendant une conception en opposition avec celle du voisin, comment donc une belle réalisation comme l’UFA (Union des Fédérations d’Aikido), aurait-elle été possible en France ? C’est au pratiquant fédéral que je m’adresse, qui n’ignore pas évidemment à quel point FFAB et FFAAA campent chacune sur leurs positions techniques aussi bien qu’administratives. Pourtant tout fonctionne bien à l’UFA qui donne entière satisfaction non ?

Blague à part Antoine, il est possible de vivre ensemble même si l’on n’a pas les mêmes façons de voir. C’est l’histoire des sociétés. Accepter l’autre ne signifie pas que l’on doive abandonner toutes les idées que l’on a acquises par la recherche et par l’expérience. Le dialogue, même s’il peut être vif parfois, est ce qui unit les gens qui n’ont pas les mêmes avis sur le monde. On dialogue d’une certaine manière toujours avec ses adversaires. Il faut s’efforcer dans toute la mesure du possible de mettre en place les conditions de ce dialogue. Pas besoin d’être Clausewitz pour comprendre que l’alternative au dialogue c’est la guerre.

Philippe Voarino

Bonjour M. Voarino.

En effet, l’alternative au dialogue c’est la guerre ! Clausewitz pratiquerait-il donc une sorte d’aikido de la pensée, comme M. Jourdain faisait de la prose :) ?
Blague à part Sensei, je me permets d’insister car précisément, je vois mal comment concilier des attitudes de provocation permanente (comme vous avez su le faire vis-à-vis de pas mal de représentants, francophones ou non, de l’Aikikai) et des tentatives de conciliation tardive. Pour qu’un dialogue soit vif, il doit déjà exister. Excusez mon insistance, mais je crois que sans négliger le fond, il faut aussi savoir présenter la forme sous des aspects acceptables par tous (traduction si ça n’est pas clair : vous ne pouvez pas dans la même phrase, prétendre que machin fait un mauvais ersatz d’aikido, et l’inviter à s’asseoir avec vous à une table commune, aussi large soit-elle).

Merci en tout cas de répondre à toutes mes interrogations avec régularité. Antoine.

À Monsieur Philippe Voarino,

« Faut-il brûler l’hérétique ? »

Je lis tous vos articles sur le site de TAI. Je reconnais que vous donnez à vos textes des noms qui forcent le respect. Ils vont toujours droit au but. Ils sont posés, réfléchis et parfois dénonciateurs, mais ils suscitent toujours un intérêt. Aimés ou détestés…vos articles me procurent toujours un sentiment qui me force à les lire, à m’y intéresser.

Je dis toujours l’Homme craint ce qu’il ne peut comprendre. Ainsi est-ce que les pratiquants aux esprits étriqués ont peur de TAI et de certains élèves libres de leurs choix et ayant des convictions différentes ? Possible, je ne pourrai le dire. La seule chose que je sais, c’est que je défend ardemment mes propres convictions et cela avec zèle. La seule chose dont je suis mon propre maître, ce sont mes idées.

Malgré que vous ayez vos propres convictions, que vos idées soient « minoritaires » dans un monde d’aikido « moderne », vous n’êtes pas un hérétique. Vous avez vos convictions et je les respecte. Je partage même beaucoup d’entre elles.

Il y a des choses où nous sommes d’accord et des fois non. Je ne parle pas de vos idées et des miennes, mais de l’ensemble des gens en général. Cependant j’apprécie vos efforts…vous recherchez quelque chose dans un monde où beaucoup de pratiquants s‘assoient sur leurs acquis. J’aime cela, la recherche de l’application du Principe de l’aïki. Vous créez un sentiment de recherche par des critiques constructives là où les gens s’envoient des pierres sans cesse.. Vous… vous posez vos arguments et vous les défendez au mieux.

J’ai pris un peu de toutes les personnes que j’ai rencontrées…la technique, les idées, les paroles…leur aikido vit en moi et j’exprime toute ma joie lorsque je pratique. Je garde toujours le principe de l’aikido et en cela je suis d’accord avec vous. L’aikido a des principes immuables comme l’univers…pourtant l’expression de ces principes changent d’une personne à l’autre car nous sommes tous différents alors l’aikido pratiqué sera différent d’une personne à l’autre et mon travail sera différent d’un uke à l’autre.

Il est peut être vrai que Kisshomaru Ueshiba n’était pas aussi doué que son père…mais il a diffusé l’aikido, et les élèves de O’Senseï également. Nous diffusons tous le AIKIDO dans le monde. Nous avons tous un peu de l’aikido des gens avec qui nous avons partagés quelque chose.
Beaucoup pratiquent dans une optique de loisir. C’est difficile à comprendre…ma recherche étant mon accomplissement en tant qu’être humain et la compréhension de la richesse derrière la technique. L’aikido est une manière de changer l’Homme de le rendre humain dans une optique de droiture, de justice, de compassion et d’entraide ; et cela, dans une époque où l’Homme malgré le progrès n’évolue pas dans la direction qui pourrait le rendre véritablement humain.

Je cherche à retrouver le chemin par mes propres moyens en pratiquant avec tout le monde. Pour moi il n’y a aucun hérétique…Il y a des gens qui font peut être des bêtises, il y a des gens en qui je crois et d’autres que je n’aime pas, ou du moins des gens dont les convictions ne me correspondent pas.
Les fédérations sont des empires, tous se fait et se détruit, se reconstruit. Tout est éphémère…sauf l’aikido, ou du moins ce principe non pas technique, mais universel…ce principe d’évolution de l’Homme vers l’Humain. Rendre à l’Homme la compassion, l’honneur, la droiture, la bienveillance dans un monde emprunt de colère, de haine et de jalousie…

Certains transmettent le Principe qui régit le Aikido…peu le recherchent véritablement. Je suis l’un de ceux là. Je cherche. Je crois également que vous êtes un chercheur.

J’espère que nous trouverons cette vérité qui nous tient tant à cœur. Et je souhaite que nous puissions vous, moi et d’autres pratiquants de toutes origines, de tous les groupes, défendre encore et pendant longtemps tout ce en quoi nous croyons afin de découvrir la vérité, comprendre le principe qui permet à l’Homme d’être Humain grâce à l’aikido.

Je vous remercie pour votre démarche d’aide et de recherche…j’apprécie vos articles qui m’intéresse toujours. J’espère en lire beaucoup d’autres.

Cordialement,

Ono-San

Bonjour Ono-San.

Réponse à l’"Hérétique".

Il y a l’albatros que ses ailes de géant empêchent de marcher et l’albatros que ses ailes de géant empêchent de voler. Vous écrivez que l’homme craint ce qu’il ne peut comprendre. Certes, mais j’ai le sentiment également que l’homme craint souvent ce qu’il peut comprendre. C’est là qu’il faut porter le fer. Ce qu’un homme a fait un autre homme peut le faire. O Sensei ne se situe pas au-delà de l’humanité. Mais n’oubliez pas ceci : aussi loin que soit parvenu Morihei, il n’y est pas parvenu tout seul, il est monté sur les épaules de ses prédécesseurs. Il faut chercher bien sûr, mais la quête n’est pas celle d’un homme, c’est la quête de la famille humaine.

En ce sens vous avez raison de ne rien rejeter, tous les parcours sont respectables, ce sont autant de vies, d’efforts et de souffrances. Mais ce respect n’empêche pas de garder les yeux ouverts. Refaire seul le parcours du Fondateur est une utopie, O Sensei lui-même a eu des guides. Sur votre parcours il semble qu’il y ait de nombreuses rencontres, mais avez-vous trouvé un guide ? Beaucoup de professeurs possèdent des morceaux de la connaissance, bien peu savent comment ces morceaux tiennent ensemble. Et pourtant comprendre l’articulation des éléments qui forment le tout n’est encore qu’une étape sur la voie de l’Aikido. C’est une étape importante cependant parce que c’est une porte. Une porte qui ouvre ou n’ouvre pas le chemin, selon qu’on y accède ou pas.

Philippe Voarino

À Monsieur Philippe Voarino,

Un guide, oui, on peut dire que j’en ai un…

Je crois qu‘il y a des gens qui connaissent un peu plus le chemin dans la montagne que d‘autres gens. L‘aikido lui-même étant la montagne. Le chemin… la connaissance qui mène au sommet de la montagne. Personne ne connait véritablement le chemin, mais chacun essaie de faire sa randonnée. Certains sont des bornes lumineuses, d’autres des refuges sûrs. Cela sont des guides.

J’ai un professeur qui me connaît depuis longtemps, qui m’a connu étant un jeune pré-adolescent et qui m’a vu devenir un jeune homme, la tête remplie de rêves. Il a contribué - et contribue toujours - à mon évolution en tant qu’être humain, et en tant qu’aïkidoka. Depuis longtemps il me forme…il me corrige, parfois avec sévérité, mais parfois avec amusement.

Nous avons échangés bon nombre de techniques et de souvenirs heureux. Nos corps brisés par l’effort, les genoux en sang et la sueur sur le front, les muscles endoloris. Combien de mauvais coups de bokken sur les doigts ai-je reçu de sa part ? Je ne saurais le dire. Lui aussi a dû en recevoir de moi, j’en suis certain. Combien de fois m’a-t-il demandé d’être son uke pour démontrer des principes, et des techniques ? J’en garde d’intenses souvenirs.

Nous entretenons un lien sans doute privilégié. Bien qu’il ne se considère pas comme un senseï, je le considère comme tel… bien qu’il ne soit pas reconnu comme tel par les instances supérieures qui régissent l’aikido français. Il a fait de moi en partie l’homme que je suis par son enseignement, sa philosophie de la vie.

C’est un père spirituel et je suis un peu un fils pour lui, je pense. Nous entretenons un lien maître-élève et une amitié presque filiale depuis longtemps. Ce lien est depuis ancré en moi. Mon maître et ami, mon père spirituel est un refuge dans la montagne. Je sais qu’il sera là pour m’indiquer une partie du chemin si jamais je venais à ne plus trop savoir où je suis.

Il ne connait pas tout, loin de là. Il se considère uniquement comme un élève ayant plein de choses à apprendre. Son expérience de la vie due à son âge lui facilite sa compréhension de l’aikido et lui permet d’être un bon enseignant.

Il y a peu de temps, on m’a demandé : « si un jour tu venais à surpasser ton professeur…que ferais-tu ? Est-ce que vos relations changeraient ? »

J’ai répondu ceci : « Non. Nos relations resteraient telles qu’elles. Mon maître est mon maître, même si un jour je venais à le surpasser en technique et en grade. Il est et restera toujours celui qui m’a formé, celui qui m‘a tout appris. Je l’appellerai toujours par son prénom…comme il l’a toujours souhaité et je me considèrerai comme étant son apprenti. Je lui témoignerai toujours le même respect. Lui peut être me considèrera autrement ce que je ne souhaite pas. La seule chose que cette idée pourrait prouver, si jamais cela venait à se produire… c’est qu‘il est un bon senseï et qu‘il m‘a inculqué des valeurs sûres ».

Je sais qu’il me reste tant de choses à apprendre. Je n’ai que 20 ans. Il me reste encore - en tout cas je l’espère - environ 60 années de pratique. Peut être il y aura d’autres guides à rencontrer et avec qui je pourrais progresser ou du moins découvrir de nouvelles choses intéressantes.

Cordialement,

Ono-San

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/faut-il-toujours-bruler-lheretique
Copyright TAI (Takemusu Aikido Intercontinental)