Erreur #3 - Plier le bras d’uke dans l’immobilisation de nikyo

Défaut consistant à plier le bras d'uke dans l'immobilisation de nikyo.

Dans l'immobilisation de nikyo, le bras d'uke doit être en extension. Quand vous poussez vers sa tête, son coude n'est absolument pas sollicité. C'est l'épaule qui est bloquée.

Commentaires

Bonjour M. Voarino,

J’ai une question qui se rapporte à l’immobilisation nikkyo, même s’il ne s’agit pas exactement du sujet que vous évoquez sur cet article.

L’immobilisation ikkyo réalisée sur le mouvement omote, telle que montrée sur vos photos, nécessite une passation de main de droite à gauche. Je m’explique : il y a une transition entre la contention du poignet et l’immobilisation qui agit sur l’épaule et non le poignet.

De ce fait, cette immobilisation ne me parait pas dans la logique du mouvement. Ce qui me parait plus logique, c’est l’immobilisation nikkyo similaire à l’immobilisation ikkyo, mais avec action sur le poignet : bras posé au sol comme pour ikkyo (à 90° si vous voulez), mais la main tenant le poignet garde la contention nikkyo de l’articulation (kote mawashi). On effectue alors un mouvement de torsion comme pour essuyer une serpillière pour terminer l’immobilisation.

Evidemment, je ne sors pas cette immobilisation de mon chapeau car c’est une forme qui m’a été apprise, et que l’on retrouve en une ou deux occasions dans le livre "Budo" (photos au Noma dojo et à Wakayama, je vais essayer de vous retrouver la page), mais que l’on retrouve aussi sur cet ancien livre écrit par Jean Zin pour transmettre l’enseignement de Tadashi Abe.

Pouvez-vous me dire si cette forme d’immobilisation nikkyo faisait partie de l’enseignement de Morihiro Saito ?

Bonsoir DG,

J’ai pratiqué comme vous il y a bien des années, avec Maître Tamura, l’immobilisation nikyo telle que vous l’indiquez. A vrai dire elle n’est pas similaire à l’immobilisation d’ikkyo, elle est identique. J’entends bien sûr ikkyo à partir d’une saisie gyaku hanmi katate dori, sode dori, kata dori, muna dori, tsuki, et pas d’une frappe shomen ou yokomen évidemment. Si vous voulez une confirmation de ce caractère d’identité, comparez les deux photos du bas de la page 107 de Budo démontrant l’immobilisation d’ikkyo sur kata dori avec les deux photos de la page 119 du même livre démontrant l’immobilisation de nikyo. Vous constaterez qu’il n’y a strictement aucune différence et que l’on pourrait sans aucun problème substituer ces photos les unes aux autres.

Cette constatation est d’importance. Elle explique deux choses.

D’abord elle permet de comprendre pour quelle raison nous nous sommes mis à tordre le bras d’uke comme une serpillière, ce que ne faisait pas O Sensei : parce que nous ne comprenions pas quelle différence il y avait entre l’immobilisation d’ikkyo et celle de nikyo dans ce cas là. Nous avons donc inventé une différence en tordant le poignet à la fin, parce que comme vous le dites cela semblait dans la logique du mouvement, en oubliant simplement que la torsion du poignet (le kote mawashi) n’est logique et efficace que dans la mesure où le coude est plié, et n’a plus aucun sens quand le bras est en extension au sol.

Ensuite elle permet de comprendre pourquoi O Sensei préférait l’immobilisation de nikyo en bloquant le bras d’uke contre la poitrine et en créant un armlock sur l’épaule : parce que cette immobilisation en est vraiment une et qu’elle empêche uke de faire le moindre mouvement (à la différence d’ikkyo qui n’est pas en soi un contrôle comme je l’ai déjà expliqué), et par ailleurs parce que cette immobilisation est caractéristique de nikyo et sans confusion possible avec ikkyo.

Maître Saito qui avait vécu cette évolution auprès d’O Sensei faisait très rarement l’immobilisation de nikyo comme celle d’ikkyo, il préférait comme O Sensei immobiliser avec le bras d’uke sur la poitrine.

Je vous remercie de cette question qui m’a permis de préciser un point technique souvent source de confusion.

Philippe Voarino

Décidément, Internet est plein de ressources.

Une petite recherche sous Google m’a permis de trouver les photos sur lesquelles nous discutions, ce qui permettra peut-être d’avoir un support visuel plus facile.
D’abord un petit hors-sujet avec le ikkyo (selon moi) bras plié dont nous discutions sur un autre article.

Et maintenant, pour revenir sur cet article, j’ai trouvé la photo de l’immobilisation nikkyo bras au sol pour servir de support à la discussion. Sur cette photo, il y a selon moi action sur le poignet, ce que confirment la position des mains et des bras de M. Ueshiba (épaule droite abaissée et bras droit courbé pour tordre et non pour immobiliser en ude osae). Il ne s’agit donc pas d’une invention ultérieure.

Vous m’apprenez que maître Tamura utilise cette même dénomination pour cette immobilisation, ce que je ne savais pas et que je trouve instructif.

Je suis en accord avec votre argumentation sur le fait que l’immobilisation bras en l’air telle que vous la décrivez permet justement de vraiment immobiliser l’ensemble du corps, plus que pour ikkyo ou l’immobilisation que je décris. Elle est spécifique effectivement à nikkyo car elle découle de la position de la main sur l’épaule au moment de la descente d’uke sur nikkyo ura. en revanche, elle me semble moins logique sur nikkyo omote, où il faut un "passement de mains" pour amener la main d’uke contre l’épaule, et où l’on perd le profit d’une contention articulaire intéressante qui nous avait permis d’amener uke au sol.

Il est clair d’après le livre Budo que Morihei Ueshiba utilisait aussi cette autre forme d’immobilisation que je décris. J’ai effectivement vu certains pratiquants utiliser une forme similaire sur ikkyo même si ce n’est pas mon cas : pour moi ikkyo ,c’est ude osae, contrôle du bras, et nikkyo kote mawashi, torsion de l’avant-bras.

Le fait que cette immobilisation soit montrée dans Budo, livre publié à une époque où le fondateur de l’aikido était le plus "martial" aux dires de Gozo Shioda, m’incite à penser qu’elle doit quand même avoir une certaine efficacité, malgré le bras tendu. Efficacité que j’ai pu tester aussi sur des non-aikidokas.

Vous parlez par ailleurs d’une évolution qui aurait été opérée sous les yeux de M. Saito par M. Ueshiba, cela m’intéresse. Morihei Ueshiba serait passé de la position "bras au sol", à la position "bras en l’air" si e comprends bien ? Pourtant il me semble qu’il a montré à différentes époques (avant et après guerre) les deux immobilisations. Pouvez-vous être plus explicite ?

DG, vous écrivez : « pour moi ikkyo, c’est ude osae, contrôle du bras, et nikkyo kote mawashi, torsion de l’avant-bras ». Vous m’accordez donc bien que sur l’immobilisation d’ikkyo à partir de kata dori, je dis bien ikkyo, il y a un contrôle du coude mais qu’il n’y a pas une quelconque torsion du poignet au sol autre que celle donnée par la saisie n’est-ce pas ? Votre propre phrase semble indiquer que vous répondez oui à cette question. Dans ce cas comment conciliez-vous cette réponse avec le fait que vous voyez dans la photo d’O Sensei mise par vous en lien une torsion du poignet significative de l’immobilisation de nikyo ? Car - pardonnez-moi - cette photo qui est tirée de la page 107 de Budo par Morihei Ueshiba, n’illustre nullement le mouvement nikyo, mais bien le mouvement kata dori ikkyo. Et cette fois vous ne pouvez pas dire qu’il s’agit d’une question d’interprétation : il suffit de se reporter au titre de la série de photos en haut de la page.

Je veux être bien clair. L’exécution d’ikkyo sur kata dori par exemple oblige tori à saisir le dos de la main d’uke. Cette particularité conduit à une immobilisation finale (bras en extension au sol) où c’est le dos de la main d’uke qui est tenu, par en dessous, par tori (à la différence de shomen uchi ikkyo par exemple où tori tient le poignet d’uke par-dessus). Par définition, une telle saisie de la main par en dessous provoque une contention plus grande du poignet que quand il n’y a pas de contention du tout comme dans shomen uchi ikkyo. C’est l’évidence et nous sommes bien d’accord sur ce point. Mais cette contention est une contention « de position », et nous nous accordons je pense également sur le fait qu’il n’existe pas dans ikkyo une volonté délibérée de vriller le poignet d’uke par un coup de poigne supplémentaire délivré par l’avant-bras de tori.

Cela n’existe pas dans ikkyo mais vous semblez ne pas me suivre quand j’indique que cela n’existe pas non plus dans nikyo. Cette connaissance je la tiens de Saito sensei, mais si ça ne suffit pas je vous ai indiqué un élément que vous semblez ne pas avoir relevé : les photos d’O Sensei de la page 107 de Budo illustrant l’immobilisation de kata dori ikkyo et celle de la page 119 illustrant l’immobilisation de shomen uchi nikyo (omote pour reprendre votre expression) sont identiques, substituables les unes aux autres. Ceci mérite quand même que vous vous y arrêtiez une seconde. Car cette identité des photos est la preuve même que l’on ne vrille pas le poignet dans cette immobilisation bras au sol de nikyo. Si on le faisait en effet, et compte tenu que les photos sont identiques, cela signifierait qu’il faudrait également le faire pour ikkyo. Or vous-même acceptez qu’ikkyo ne sollicite pas le poignet. C’est donc qu’on ne vrille pas le poignet sur nikyo. Je crois qu’on appelle cela une démonstration par l’absurde.

Il y a un deuxième argument fondamental que je vous ai donné qui relègue au jeu d’enfant de la brûlure d’indien le fait de vouloir vriller le poignet d’uke quand son bras est en extension au sol, et que vous n’avez pas non plus relevé : nikyo est un mouvement anatomique qui impose que le bras d’uke soit plié. La synergie de blocage entre le poignet et le coude impose que le bras d’uke forme un V. Nikyo n’est pas possible sur un bras en extension. C’est d’ailleurs pour cette raison, quand le bras d’uke est tendu, que l’on passe de nikyo à hiji katame. Il n’y a donc aucune logique à vouloir vriller le poignet de quelqu’un qui est au sol avec le bras en extension.

Enfin je vous confirme que l’ambiguïté entre les deux immobilisations ikkyo/nikyo bras en extension au sol, a porté O Sensei à préférer l’immobilisation de nikyo avec le bras d’uke bloqué contre la poitrine et cela - entendez-moi bien - que l’on exécute la technique dans sa forme omote ou dans sa forme ura. C’est important car cela signifie que la conception manichéenne qui réserve habituellement l’immobilisation bras sur la poitrine à la forme ura de nikyo et l’immobilisation bras au sol à la forme omote, est une réduction issue d’une compréhension imparfaite et incomplète du mouvement. La forme avec bras au sol est bien sûr tout a fait valide, seulement elle ne diffère pas d’ikkyo. C’est pourquoi elle a été progressivement moins utilisée par O Sensei et donc par Saito sensei quand il s’agissait de faire nikyo.

Quant à la photo d’O Sensei avec André Nocquet, je vous ai déjà remercié de me l’avoir fait connaître et dit qu’elle me servira à illustrer un jour un cahier technique sur yonkyo.

Philippe Voarino

Vous avez raison, M. Voarino, il y a similitude dans le kata dori ikkyo omote et le kata dori nikkyo omote que je connais. Même si se baser sur le titre figurant sur la page est impropre : les photos prises au Noma dojo n’avaient aucune légende, et la légende a été ajoutée ultérieurement. Ces photos ne faisaient pas partie du livre Budo.

Je suis curieux de savoir si dans votre pratique la seule chose qui distingue kata dori ikkyo de kata dori nikkyo est l’immobilisation finale. Il me semble effectivement que l’ensemble de la technique avant l’amener au sol est similaire et dans ce cas là je comprend le distingo que vous faites en dissociant les immobilisations. Personnellement je préfère distinguer le "final", c’est à dire la contention finale, sur le coude pour ikkyo et sur le poignet pour nikkyo. Mais je conviens avec vous que la contention finale n’apporte rien à l’immobilisation (immobilisation qui reste provisoire comme vous le disiez par ailleurs). un peu comme l’atemi final montré par O sensei dans ses vidéos.

Cependant, je ne peux vous suivre quand vous dites que la contention du poignet n’existe pas : je comprends votre point de vue qui correspond à ce qui vous a été enseigné, mais mes yeux ne peuvent que me dire le contraire. Les photos au Noma dojo montrent indubitablement une torsion du poignet : observez bien la position des épaules et des bras d’O Sensei.

Gageons qu’étant donné son aversion pour les noms de techniques et leur catégorisation, il était sans doute indifférent à Morihei Ueshiba de terminer ce kata dori ikkyo par une torsion du poignet qu’il effectuait aussi sur nikkyo. Après tout, la position et le contrôle du partenaire permettent les deux options.

Après avoir rouvert mon livre Budo, il m’apparaît que la manière de faire nikkyo montrée par O Sensei p. 119 à droite correspond trait pour trait à celle qui m’a été enseigné. Je pense qu’il est donc légitime de transmettre cet enseignement d’O Sensei qui risquerait de disparaitre sinon.
J’avoue toutefois ne pas avoir de préférence et pratiquer aussi bien cette forme d’immobilisation "bras au sol" que la forme que vous enseignez "bras en l’air". Il est d’ailleurs à noter que les nouveaux passages de grade fédéraux "unifiés" ne reconnaissent quasiment plus que la forme que vous prônez, ce que je trouve dommage pour la préservation de méthodes plus anciennes.

En ce qui concerne la photo d’André Nocquet, je serais heureux d’en discuter avec vous si vous voulez en faire un yonkyo. Mais pour moi, il est toujours possible de l’interpréter comme un ikkyo, avec un angle identique à celui montré par M. Saito sur sa vidéo de 1964, à exactement 1’01"...

Sinon, je me permet de vous suggérer un autre sujet d’article (si vous me le permettez) : dans le livre Budo sont montrées une grande quantité d’immobilisations (ou plutôt de "terminaison" du mouvement) au sol avec uke sur le dos. Ce sont des formes de travail où l’on ne laisse pas à uke le loisir de se relever après sa chute. ces formes à ma connaissance ne sont quasiment plus enseignées : avez-vous des éléments historiques expliquant ce fait ?

Bonjour DG,

Vous avez parfaitement compris mon propos. Si on pratique l’immobilisation nikyo en amenant le bras au sol, il n’y a effectivement pas de différence entre kata dori ikkyo et kata dori nikyo quant à l’immobilisation. Ce n’est pas un problème en soi bien sûr puisque cet amené au sol est correct. Simplement il n’y a pas moyen de distinguer entre les deux. Et je crois qu’il était important de relever ce point car cela peut être source de question pour les pratiquants d’Aikido, et notamment pour ceux qui présentent des examens.

En revanche, sur kata dori la première partie du mouvement n’est pas la même entre les deux techniques. Pour ikkyo, l’action est sur le coude uniquement (même si la main d’uke est saisie par en dessous ce qui a pour effet d’exercer une certaine pression sur son poignet). Le bras est mis dans une position de blocage de l’articulation du coude pour laquelle le coude d’uke doit pointer vers le haut. Pour nikyo c’est différent, le blocage du bras est obtenu par un travail en opposition du poignet et du coude, travail pour lequel le coude d’uke doit se trouver à un niveau inférieur au niveau du poignet et donc pointer vers le bas. C’est ce qu’on traduit en disant que le bras d’uke doit être en forme de V.

Ce travail d’opposition entre le poignet et le coude, « comme on serre une serpillière », avec le bras d’uke en V, représente la partie caractéristique de nikyo. Je veux dire par là que c’est cet élément là qui a fait qu’on a pu distinguer la technique nikyo d’autres techniques et lui donner ce nom précisément de nikyo. De la même manière par exemple que son symétrique exact qui est un nikyo inversé a pu, grâce à sa forme très caractéristique elle aussi, prendre le nom de kote gaeshi. Avant cela nikyo et kote gaeshi ne portaient pas de nom propre, ils s’inscrivaient tous deux dans la rubrique nikajo sans plus de précision que kote mawashi. Maître Saito expliquait qu’O Sensei introduisait toujours dans son enseignement cet élément caractéristique bras en V quand il voulait insister sur le principe de nikyo, et cela même sur shomen uchi, comme vous pouvez le constater d’ailleurs sur la colonne de gauche de cette page 119 de Budo qui est décidément bien utile.

Quand vous faites shomen uchi nikyo, et je vous demande de bien me suivre maintenant car ce point est à l’origine des interprétations divergentes de nikyo, vous avez bien sûr de nombreuses variations applicables, mais vous avez deux choix de base possibles :

Le premier choix de base est de pousser dans un premier temps sur le coude puis, quand le bras d’uke plie, d’abandonner le coude et de glisser la main qui tenait le coude pour lui faire saisir le poignet d’uke. Cette forme est celle que vous trouvez sur la colonne de gauche de la page 119. Quand vous arrivez au point où se trouve O Sensei dans la photo qui se trouve au bas de cette colonne, vous avez à nouveau deux choix possibles : amener uke dans son déséquilibre arrière (forme ura, qui a été adoptée par nos fédérations), ou amener uke dans son déséquilibre avant (forme omote, que nos fédérations ont évacuée avec un arbitraire qui m’étonne toujours). Mais dans ces deux cas, l’immobilisation qui suivra naturellement est celle où tori contrôle à la fin avec le bras d’uke sur la poitrine. IL y a une grande logique à cela et je vous la livre ici. Quand vous êtes comme O Sensei sur la photo du bas de la colonne de gauche p119, vous savez combien est importante et douloureuse la pression exercée sur le bras d’uke. Quand vous lâchez soudainement la main qui tient le poignet, le coude d’uke remonte automatiquement. Tori alors n’a qu’à accompagner avec tegatana le coude dans cette dynamique pour basculer aisément le bras d’uke dans la position symétrique de celle qu’il occupait précédemment. Mais alors l’immobilisation qui se présente naturellement n’est pas celle avec le bras d’uke au sol, mais celle avec le bras d’uke sur la poitrine.

Le deuxième choix de base possible sur shomen uchi nikyo consiste à maintenir la main qui est sur le coude et à continuer à pousser ainsi sans glisser cette main pour qu’elle saisisse le poignet d’uke. L’autre main fait toujours son travail d’enroulement de la main d’uke pour saisir cette main par-dessous. C’est la forme qui est illustrée par la colonne de droite p 119 de Budo et à laquelle vous faites référence. Dans une telle configuration, le bras d’uke ne se présente plus alors dans la position en V « caractéristique » de nikyo, parce que la dynamique du mouvement l’amène en extension, c’est-à-dire dans la situation d’ikkyo. Dans un tel cas il devient parfaitement logique de poursuivre nikyo avec l’immobilisation au sol comme vous l’avez appris, comme je l’ai appris de Maître Saito, comme Maître Saito l’avait appris d’O Sensei et comme O Sensei le fait sur ces photos. La seule chose c’est que dans ce cas, l’immobilisation ne sera pas différente de kata dori ikkyo comme nous l’avons déjà vu. Arrivé à l’immobilisation bras au sol, ce n’est pas le fait d’imprimer plus ou moins de pression sur le poignet d’uke qui fera la différence entre ikkyo et nikyo. Car la situation étant la même, on peut, ainsi que vous le dites très justement, appliquer cette pression dans un cas comme dans l’autre.

Je suis donc parfaitement d’accord avec vous, cette dernière forme existe bel et bien et doit être travaillée, mais attention à ceci : elle n’est pas possible dans tous les cas de figure. Elle sera ainsi utilisable sur shomen ou yokomen uchi nikyo omote mais pas sur shomen ou yokomen uchi nikyo ura. En effet si je peux, dans la forme omote, enrouler la main d’uke en gardant un bon contrôle tout en poussant sur son coude, je ne peux pas faire la même chose en pivotant ura car il devient dans ce cas très facile à la main d’uke d’échapper à ma tentative de saisie. C’est pourquoi il est indispensable dans la forme ura de tenir le poignet d’uke et non son coude. Son avant-bras ne peut pas ainsi échapper.

Pour conclure et être tout à fait sûr que je me suis bien fait comprendre, je dirai ceci. La forme avec le bras en V est la forme caractéristique de nikyo, omote ou ura. Quand on enseigne nikyo à des débutants, il faut mettre l’accent sur cette forme là. La forme nikyo avec le bras en extension est en réalité une forme intermédiaire entre nikyo et ikkyo. Elle est tout à fait valide et ne pose un problème que dans la mesure où notre esprit occidental est porté à l’établissement de catégories forcément artificielles. Vous avez raison de rappeler qu’O Sensei ne se préoccupait absolument pas de tels problèmes. On pourrait comparer cela avec la forme d’ikkyo qu’O Sensei pratiquait vers la fin de sa vie qui n’était ni un ikkyo omote ni un ikkyo ura au sens où nous connaissons ces formes mais une forme intermédiaire à mi-chemin entre ces deux-là.

Il est absolument indispensable d’acquérir un jour une liberté par rapport à l’aspect très scolaire que représente l’apprentissage des bases. Mais encore faut-il que ces bases soient très claires dans l’esprit de celui qui doit s’en dégager. Le genre de discussion que nous avons, qui précise certains points indispensables à la compréhension d’un mouvement, n’est donc pas à mon avis inutile.

Pour ce qui concerne les techniques où uke finit sur le dos, elles ne sont la plupart du temps pas des immobilisations, mais j’en traiterai au fil du temps quelques unes dans la rubrique "techniques oubliées" du site.

Philippe Voarino

Ohlàlà, tant de certitudes…

Il existait autrefois des dizaines et des dizaines d’immobilisations sur ce genre de mouvements : debout, à genoux, en kibadachi, avec ou sans les mains, le bras tendu ou non, au sol ou non, le corps de uke allongé ou non, etc. Et aujourd’hui on dit : "C’est comme ça la vérité !", ou par exemple : "nikyo est un mouvement anatomique qui impose que le bras d’uke soit plié". Mais de quelle vérité parle-t-on ?

Pas du tout, « nikyo n’est pas un mouvement anatomique qui impose que le bras d’uke soit plié, ce mouvement implique juste qu’a contrario de ce mouvement qui fut un jour très récent nommé "Ikkyo" (« ikkajo » auparavant, et plus anciennement encore : « Ippon-dori »), le sens de travail des mains de tori au poignet et au coude de uke soient absolument inverse dans leur sens de rotation respectif (ce pourquoi ce mouvement de "nikkyo" s’appelait, lui et auparavant : "gyaku-ude-dori", bien avant d’autres versions nominatives, et ce qui donne naturellement la forme ura que l’on connaît aujourd’hui lorsque uke essaye de fuir cette rotation du coude).

Encore : le fait de plier ou non le coude de uke sur cette immobilisation que vous montrez ne fait pas référence, au contraire : autrefois il existait une version par laquelle on pliait justement le coude de uke avec la main pour cette immobilisation, une version dans un sens et l’autre dans l’autre (essayez un jour et vous serez surpris du résultat si vous poussez en même temps avec le ventre, gaffe à votre uke quand même car c’est redoutablement efficace). Quand au fait que uke puisse se retourner, c’est encore un effet de « l’illusion commune de la raison » de croire que c’est un problème majeur. Pourquoi croyez-vous alors que Ô Sensei dans ce cas s’emparait du bras qui revient vers le haut pour le redescendre sur l’autre en retournant complètement son uke : parce que c’est là aussi une ancienne technique d’immobilisation d’aïki-jutsu, mais cette fois en utilisant les deux bras de uke comme support à l’immobilisation ! Ce n’est donc pas à l’avantage de uke de se retourner de cette façon (et ce n’est pas à moi pauvre hère ici de vous dire la bonne, si jamais il y en a une…).

Bien à vous et sans méchanceté aucune.

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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