Erreur #2 - Angle du bras sur l’immobilisation d’ikkyo

Angle du bras sur l'immobilisation d'ikkyo

Le bras d'uke doit former un angle à 90° avec sa colonne vertébrale parce que c'est l'angle maximal où son épaule peut rester plaquée au sol. Vos deux genoux sont alignés le long de son bras. La main qui tient le coude transmet la poussée de votre corps.

Dans cette photo, l'angle à 90° n'est pas respecté. Le bras d'uke forme un angle de près de 135° avec sa colonne vertébrale. Uke a une possibilité de s'échapper.

Commentaires

Bonsoir,

L’argument avancé pour justifier la position du bras d’Uke à plus de 90° est que dans cette position Tori peut surveiller le corps entier d’ Uke et notamment ses pieds dont il pourrait se servir pour frapper tori.

Dans la position que vous préconisez comment se prémunir de ce risque ?

Bonsoir spock,

La position que je préconise...Mais ce n’est pas moi qui préconise cette position. C’est O Sensei. Vous pouvez vérifier sur toutes les photos et à tous les âges de sa vie. Et c’est aussi la position qu’il a enseignée à maître Saito qui l’a fidèlement transmise par la suite. Pourquoi faudrait-il changer l’enseignement du Fondateur ? Quel génie martial supérieur à O Sensei a décidé qu’O Sensei n’avait pas pensé aux pieds d’uke et qu’il fallait corriger cette erreur ?

Je suis sensible à votre question spock, parce que moi aussi bien sûr, comme tous les jeunes professeurs, j’ai pendant une période de ma vie pensé que l’on pouvait modifier l’enseignement du Fondateur, éliminer ceci, ajouter cela... améliorer au fond. Car c’est bien de ça qu’il s’agit n’est-ce pas ? Quelle bêtise était la mienne, et quel orgueil ! Il est au contraire absolument nécessaire d’accueillir l’enseignement d’O Sensei avec humilité et avec patience, car il dépasse infiniment la compréhension que tous les hommes pressés peuvent en avoir. Il faut scrupuleusement s’attacher à imiter ce que Morihei Ueshiba nous a légué, sans changer d’un iota la moindre technique. L’héritage de l’Aikido est à ce prix. On ne bricole pas les oeuvres des génies de l’humanité. Quel écrivain veut remanier l’Iliade et l’Odysée ?

Sur le plan purement technique maintenant, je dirai trois choses.

D’abord, en Aikido comme dans d’autres domaines traditionnels, le haut vaut le bas. Avant de descendre uke au sol, le bras est bien à 90°, il n’y a donc pas de raison que cet angle change en arrivant au sol.

Ensuite et surtout, si la technique est appliquée comme elle doit l’être dans la réalité, uke en arrivant au sol a le coude cassé, la tête fracassée au sol, et comme cela ne suffit pas, tori l’assome en plus avec sa main libre d’un coup de poing dévastateur sur la nuque. Tout ça en une fraction de seconde. Il est indispensable de bien se représenter ce qu’est la dimension martiale de l’Aikido. Ce n’est pas une plaisanterie, c’est de la dynamite que vous avez dans les main. L’immobilisation d’ikkyo n’est pas conçue pour maintenir au sol pendant cinq minutes un uke qui frétille et tente de s’échapper ou de donner des coups de pieds. Cela n’est qu’enfantillage. « L’argument avancé pour justifier la position du bras à plus de 90° » relève, de ce point de vue, de l’incompréhension du sens véritable du mouvement ikkyo. C’est le type même de préoccupation qui n’a aucune raison d’être et qui est amenée sur le devant de la scène par des ratiocinations intellectuelles qui ont perdu de vue la raison qui procède au mouvement.

Enfin, je dirai que les zélateurs de la surveillance des pieds sont devant un choix cornélien. S’ils ne surveillent pas les pieds ils craignent le coup de savate, et s’ils veulent surveiller les pieds ils doivent amener dans ce but le bras d’uke à plus de 90°, c’est alors ce bras qui va leur échapper.
Que faire ? Imiter O Sensei. C’est un choix assez raisonnable croyez-moi. Peut-être avant d’opter pour une manière d’exécuter une technique avait-il fait plus que de tirer à pile ou face. Peut-être avait-il longuement pesé les choses. C’est en tout cas une hypothèse qu’il serait sage de ne pas écarter.

1Bonsoir,

1/ Sur la forme : mon "que vous préconisez" ne sous-entendait aucune critique mais au contraire "...dans la continuté de O’Sensei."

2/ Sur le fond : Merci de m’avoir éclairé, j’ai ma réponse.

Bonjour,

petite question à Monsieur Voarino, car je me retrouve confronté (comme il est souvent le cas malheureusement) à des divergences de points de vue sur certaines techniques d’aïkido, avec des professeurs qui vous disent haut et fort, que des techniques ont du être revues par d’autres ’’Grands ^Maîtres’’ pour parfaire la taches d’O sensei.... ma question est la suivante sur Shomen Uchi Shiho Nage, aite propose et uke répond à cet instant aite doit-il croisé avec son bras gauche(si l’attaque vient Hidari) au dessus sortir la jambe doite (arrière dans ce cas) pour changé de Hanmi et donc se retrouvé à l’intérieure (coté droit) presque omote face à uke pour porter l’atemi puis continuer le controle avec le bras gauche pour ramener le bras d’Uke et ensuite entrer pour executer shiho nage ou alors au contraire, sortir sur le coté gauche d’uke...avec atemi etc...

Il me semble que la position qui explique la sortie sur l’angle devant uke reste dangereuse même avec un déséquilibre...

Ce qui me rappel à l’esprit une seconde interrogation si je suis migi hanmi mon shomen part directement de mon coté droit et inversement le mouvement de coupe de shomen ne vient pas de l’arrière ???? Car je vois partout ce qui me semble être une erreur de courtoisie Fédérale.....

Merci de m’éclairer sur ce point, peut-être basique mais qui devient source de conflits. Le discourt des styles, formes et adaptations de l’aïkido commence vraiment à nuire à la magnificence de l’art d’O sensei comme le mélange d’une forme de iaido amélioré adapté en disant que c’est de l’Aikiken...

Cordialement
Sébastien

Bonjour,

On peut voir dans le livre Budo plusieurs images (en particulier sur les photos prises à Wakayama) où M. ueshiba applique l’immobilisation ikkyo osae avec un angle supérieur à 90° similaire à cette photo de Kisshomaru Ueshiba. Dois-je comprendre que Morihei Ueshiba y commettait une erreur .

A la lecture de votre intervention sur ce forum DG, j’ai subitement été pris d’un doute ...
Je suis donc allé chercher mon exemplaire de Budo pour y vérifier vos dires.
Dans l’édition française que je possède, l’on voit O Sensei appliquer l’immobilisation d’ikkyo respectivement pages 119,116,115,110,108,107,106,105 et enfin 46.

Et sur aucune, je dis bien aucune de ces photos, je ne vois O Sensei faire cette immobilisation autrement qu’avec le bras d’uke perpendiculaire à sa colonne vertébrale et aligné avec ses deux épaules.

Et puisque dans votre message vous concluez par un peu d’ironie, je vais faire de meme en vous rappelant qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut voir...

Quelle ironie DG de vouloir repondre à Philippe Voarino en utilisant un livre que très peu ose prendre comme référence, car étant considéré comme un manuel technique d’avant guerre, donc par conséquent un apport technique non utilisable pour la majorité des pratiquants actuels...

Mais il n’empêche que si l’on est de bonne foi et que l’on ouvre un tant soit peu ses yeux on remarque p 105 que l’immobilisation effectuée est bel et bien réalisée à 90° par rapport à l’axe du corps. Vous me direz peut être que c’est une photo d’avant guerre, alors je vous renverrai p 106 ou l’on voit Morihei Ueshiba immobiliser son uke avec son à 90°, et pourtant à wakayama en 1951...

Plutôt que de chercher des photos qui prouveraient à tort que l’immobilisation d’ikkyo doit être réalisée avec un angle de 90° entre le bras et le corps, demandez vous plutôt pourquoi il est nécessaire de faire cela...

Et pour reprendre une phrase devenue célèbre, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif...

Mais cet ouvrage est bel et bien considéré comme ouvrage de référence pour nombre de pratiquants qui ne se réclament pas de l’enseignement de Morihiro Saito, moi en particulier.

Et j’y vois deux photos où l’angle du bras sur l’immobilisation d’ikkyo est manifestement supérieur à 90°. Par exemple page 116 à 2 reprises où pages 105 et 106. Est-ce moi qui m’aveugle ou les tenants de l’ orthodoxie ? En la matière, je suis ouvert à la discussion et je préfère l’expérimentation à la règle issue du dogme.

Toujours est-il que mon but est plutot d’essayer de comprendre que de créer une polémique.

Ainsi, la possibilité de s’échapper que monsieur Voarino montre en cas d’angle ouvert n’est-elle pour moi que théorique : elle n’existe que si tori ne controle pas bien le coude de uke et le laisse tourner son bras comme montré sur les photos (de paume en l’air, tori laisse uke tourner son coude pour arriver paume en bas). Si le controle est ferme, cette possibilité n’existe plus. J’ai moi-même constaté en tant que uke que le bras à 90° ne m’empechait pas de bouger, alors qu’un angle plus ouvert verrouillait l’épaule et palliait ce problème.

Toutefois, je vais aller dans le sens de monsieur Voarino en convenant que dans un cas comme dans l’autre, il est vain de se focaliser sur une immobilisation illimitée de uke.

DG tout d’abord il faut remettre en question cette idee d’immobilisation, j’entend par là que même en maintenant un bras correctement aligne avec les deux épaules ne permettra un contrôle illimité de la personne.

En effet il faut déjà bien comprendre que se mettre à genoux pour immobiliser est un non sens martial.

Si l’on veut parler d’immobilisation réaliste alors il veut mieux réaliser l’immobilisation montre p103 ou p112.

Alors à partir de là en considérant qu’il y ai une recherche plus profonde que de casser le coude d’uke ou de l’immobiliser de douleur. Ne peut on pas voir en la position finale, tout simplement, la fin d’un cycle.

Si l’on prend ikkyo dans toute la globalité de son cycle, une condition nécessaire pour la bonne réalisation de la technique consiste à maintenir le bras d’uke tendu devant soi, et pour garder le contrôle durant la technique il est absolument indispensable que le bras et le corps d’uke forme un angle à 90°, pourquoi tout simplement parce que l’angle formé reflete l’angle de déséquilibre utilisé...

Arriver dans une position à genou en maintenant le bras à 90° n’est donc qu’une conséquence de ce qui s’est déroulé auparavant.

Je ne comprends plus,

Si l’angle de 90° est uniquement motivé par un soucis de cohérence avec l’angle du bras maintenu pendant l’amener au sol, et plus par un soucis pratique de maintien au sol, en quoi est-ce une erreur de maintenir un angle supérieur à 90° ?
Et pourquoi souligner comme une erreur chez Kisshomaru Ueshiba ce que son père Morihei montre dans son livre Budo sur d’autres photos que celle montrée ?

Tout d’abord DG, et je me répète, je n’ai pas trouvé dans budo une seule photo où l’immobilisation d’ikkyo se fasse avec un angle supérieur à la perpendiculaire ...

Ensuite, et si vous admettez que le bras doit former un angle de 90° avec le corps pendant ikkyo, pourquoi voulez vous déplacer ce meme bras jusqu’à 135° de l’axe du corps dans la conclusion du mouvement ?
La sobriété, l’économie de gestes superflus sont un souci constant en aikido ...
Laissez donc ce bras là où il était !

Enfin, l’immobilisation ikkyo avec les épaules et le bras alignés est la plus efficace et si l’on peut s’en défaire, c’est au prix d’efforts beaucoup plus grands et parfois meme inutiles.
Alors que se délivrer d’une immobilisation à 135° est un jeu d’enfant, il serait plus aisé de vous en faire la démonstration pratique que de débattre sans fin ici meme.

Monsieur Potiez, j’ai pu citer les pages où l’immobilisation ikkyo faite par Morihei Ueshiba est manifestement axée sur un angle supérieur à 90°. Sur l’une d’elles, cet angle est supérieur à celui montré sur la photo de Kisshomaru Ueshiba. Comme visiblement vous avez fait un calcul trigonométrique pour évaluer l’angle sur la photo de K. Ueshiba, je vous encourage à faire de même sur les pages que j’ai citées. Mais peut-être n’avons-nous pas la même édition de l’ouvrage ?

Quant à l’immobilisation en elle-même, j’ai moi-même pu expérimenter les 2 écoles : 90° ou angle supérieur avec verrouillage de l’épaule. Rien ne m’a permis d’affirmer que l’une des méthodes était supérieure à l’autre, pour peu que les deux soient appliquées avec maitrise. Là encore, je suis prêt à vous croire, mais pour cela il faut que la pratique rejoigne la théorie, ce qui n’est pas forcément le cas.

DG une photo est et ne reste qu’une photo si l’on ne sait regarder.

l’immobilisation d’ikkyo est la résultante de mécanismes biomécaniques de contrôle du corps d’uke préalablement mis en place lors de l’exécution de la technique.

Et cela a son importance. Vous ne pourrez même pas prétendre à immobiliser uke au sol (sans sa coopération) si vous ne comprenez pas que pour contrôler uke en utilisant la technique ikkyo il est nécessaire que le bras d’uke et son corps forme un angle de 90° et je le répète, angle qui correspond et cela non pas par hasard au point de déséquilibre.

Aligné les deux épaules, le coude et le poignet et une condition élémentaire.Sans quoi vous pourrez toujours essayer de forcer sur le coude pour avoir un levier, vous n’arriverez peut être qu’à faire un peu mal.

C’est pour cela que je pense qu’il faut arreter de voir une immobilisation séparée de tout ce qu’il y avant, il suffit de relire l’article erreur courante 1 pour se rendre compte que l’immobilisation découle de ce qui se passe avant et c’est pour cela qu’il est illogique de faire l’immobilisation de nikko pour kote gaeshi et inversement, mais pour cela il faut comprendre pourquoi et comment les déplacements préalablement effectués ne nous laissent pas le choix.

Amicalement

Matthieu

P.S : si vous pouvez venir pratiquez avec nous n’hésitez surtout pas il est beaucoup plus facile de parler d’Aikïdo quand on a la possiblité de monter sur le tatami.

Bonjour,

J’ai sous les yeux le tome 1 de la série Takemusu Aikido. Il y est écrit : "Immobilisez son bras à angle droit avec son corps"
Dans les commentaires on peut aussi lire : "De plus comme énoncé dans Budo "Lorsque vous immobilisez votre adversaire au sol, il est essentiel que son bras soit à angle droit avec son corps..."(page 12). Si vous immobilisez le bras de votre partenaire en diagonale, en direction de sa tête, votre technique sera inefficace et pourra être facilement contrée."

D’après les dires de Maitre Saito Morihiro, il est indiqué dans Budo que le bras doit etre placé à angle droit.

A bientôt.

Bonjour Matthieu J. et Maxime
Je connais effectivement le dogme IR qui impose l’angle de 90°, avec la démonstration que vous faites. Il provient peut-être de la note p46 de l’ouvrage, traduite par "il est nécessaire fixer le bras de l’adversaire selon un angle droit".
Je vois aussi dans l’article ci-dessus que l’on montre une photo de Kisshomaru Ueshiba immobilisant avec un angle important le bras d’uke, à titre d’exemple de ce qu’il ne faut pas faire.

Ce qui me parait dommage quand on à affaire à un dogme, c’est l’impossibilité pour les tenants de ce dogme de voir ce qui le contredit. Pour me distraire, j’ai fait les calculs trigonométriques sur les photos du livre budo, en regardant l’angle entre les axes épaule-poignet et cou-coccyx.

p.105, cet angle est de plus de 110°, p106 (colonne de droite, 2ème photo), cet angle est supérieur à 135°, de même que p.116 (1ère colonne 3ème photo et 2ème colonne 2ème photo), sur mon édition de 1991. Je vous encourage à faire les calculs pour vérifier et vous laisse tirer les conclusions qui s’imposent.

Autre point, on peut voir sur la photo 11 p.46 que l’angle que sur ikkyo omote, lors de l’amener de uke au sol, le bras de uke est loin d’être à 90° (inférieur, en fait, avec un bras courbé). Et photo 36 p 52 (dans ce qui peut parfois être appelé un gokkyo plus qu’un ikkyo), là l’angle est supérieur à 110°.

Pour l’anecdote, il est amusant de voir que sur nombre des photos du livre (dans la 2ème partie, celle du livre original), c’est Kisshomaru Ueshiba qui est le uke, à mains nues, au sabre et à la baïonnette.

P.S. : je vous remercie de vos invitations. Je pratique volontiers avec des pratiquants se réclamant d’Iwama quand j’en ai l’occasion et c’est toujours enrichissant.

Bonjour,

Je suis tres surpris devant tous ces commentaires .Je pratique tous les jours depuis 2 ans a l’Aikikai de Bangkok avec des maitres japonais et Thais .Tous ont des differences dans leurs techniques et leur approche de l’Aikido . C’est vrai que certains preconisent 90 et d’autres plus . Notre Sensei lui nous a expliqué qu’avec plus de 90 uke etait mieux bloque car a 90 il pouvait pivoter sur son epaule et frapper avec son coude libre .Bien qu’il soit 7 dan , 40 ans de pratique , ete eleve de O Sensei pendant 2 ans il peu comme le feu Doshu faire des erreurs.......Bref ce qui me surprends c’est que dans aucun des commentaires il n’est fait reference a une experience de pratique personnelle , l’Aikido n’est il pas la pratique avant tout ? .Des que j’ai lu votre article au lieu de prendre un compas et de mesurer les photos dans Budo comme certains je suis alle au dojo et ai experimente les deux techniques .Les deux fonctionnent meme si c’est vrai que Uke peu pivoter le bras quand il est au dessus de 90 mais si la pression sur son bras est correcte , c’est au prix d’un sacre effort .De toute facon comme vous le dites plus haut, avec un coude brise et la tete fracassee par terre 90 ou plus c’est pas ca qui va faire une grande difference car on peu aussi ,comme s’amuse parfois a nous le montrer notre sensei monter sur le bras de Uke avec le genoux , essayez vous verrez .Autre choses aussi que je ne comprends pas a la lecture de ces commentaires dans cette recherche du geste vrai (l’authentique c’est la mode en France)c’est que dans l’enseignement de l"aikido il y a le fait que lorsque vous etes en presence d’un professeur nouveau il faut apprendre sa technique et non rester focalise sur ce qu’on sait deja, c’est la notion de "learn and forget" l’Aikido c’est vivant et c’est les experience toujours differentes qui vont construire notre propre Aikido au bout de nombreuses annees .Ici a Bangkok on a la chance d’avoir comme maitres 4 japonnais de haut grades et une demi douzaine de Thais plus les gens de passage qui viennent tous aussi de pays et de dojos differents avec chacun des approches differentes .

Dans quelques heures , je m’envole pour HongKong pour participer avec mon Sensei et d’autres amis a un seminaire de 3 jours ou seront present une dizaine de maitre japonnais dont Fujita Sensei 8 dan . Je vais leur soumettre la question (apres quelques bieres , il va de soit) et reviendrais bientot dans cette page vous transmettre leur reponse .Bonne pratique .Merci pour votre site .Cordialement.

Thierry Martino
Bangkok

Je ne puis qu’approuver vos propos, M. Martino. Ils vont dans le sens de mes commentaires sur la nécessité d’expérimenter plutot que de baser ses convictions sur une seule photo.

Tout d’abord merci monsieur Voarino pour les informations dont vous nous faites profitez au travers de ce site passionnant. Au sujet de l’immobilisation d’ikkyo, permettez moi de vous poser deux questions : Existe-t-il une raison précise pour laquelle, sur les photos, Uke une fois au sol regarde dans le sens opposé de Tori, ou bien est-ce une convention ? Est-il possible pour Uke, si Tori relache son attention, de "ramper" jusqu’à amener sa colonne vertébrale dans un angle supérieur à 90° avec son bras et ainsi de pouvoir le dégager ? Dans le cas ou Tori ne lui aurait ni briser le coude, ni frapper sur la nuque au préalable.
Concernant la possibilité de recevoir un coup de pied de Uke lorsque celui-ci est plaqué au sol, il me semble que ce coup de talon ne pourrait être que de faible puissance, certes désagréable, mais pas au point de blesser Tori.
Amicalement

Kakuto bonjour,

La question ne m’est pas destinee je le sais bien, et je laisserai le soin aux personnes concernees de completer ou rectifier mes dires.

Tout d’abord pourquoi tourner la tete à l’opposee de l’immobilisation ?

Et bien sur ikkyo, tout comme sur nikkyo, sankyo, yonkyo,kote gaeshi... si uke tourne la tete c’est tout simplement par securite, en effet on pourrait dire que c’est une convention pour assurer un maximum de securite durant la pratique. Ce n’est pas evident sur l’immobilisation d’ikkyo, mais prenons celle de nikkyo, ou sankyo par exemple,au moment ou tori descend à genoux si uke regarde du cote de l’immobilisation il y a une risque que tori accroche le nez, lui griffe les yeux avec son hakama... C’est pour cela que par convention il est preferable de prendre le reflexe de tourner la tete.

quand à ikkyo l’idee de ramper me parait un peu bizarre. Je veux dire qu’il faut considere deux situations :

 Si l’on est dans le cadre de l’etude sur le tatami, de la recherche alors il serait nul et non advenu pour uke de vouloir à tout prix se debattre, meme si tori n’a pas reellement frappe la nuque ou briser le coude ;-)

 Ou alors on est dans le cadre du combat reel, et là pas question de descendre au sol, donc ça enleve à uke la possibilite de vouloir ramper.

Je crois qu’il est vraiment important de voir une immobilisation comme la fin d’un cycle.Et non comme le moment ou l’on va briser un coude, une epaule...

Amicalement

DG, je vais une fois de plus vous redire que l’angle de l’immobilisation d’ikkyo est toujours de 90° dans Budo et ce quelle que soit la photo ...
Il m’est impossible d’y voir autre chose, désolé.

Je me permets ensuite de citer vos propos :

"Je ne puis qu’approuver vos propos, M. Martino. Ils vont dans le sens de mes commentaires sur la nécessité d’expérimenter plutot que de baser ses convictions sur une seule photo."

"Ce qui me parait dommage quand on à affaire à un dogme, c’est l’impossibilité pour les tenants de ce dogme de voir ce qui le contredit."

Je m’amuse toujours d’etre accusé d’aveuglement idéologique pour la simple raison d’avoir une opinion et des arguments qui la légitiment.
Et ces arguments, je les tire de ma pratique, que viennent corroborer la lecture de Budo,des articles de ce site.

A l’heure où avoir des convictions raisonnées est vécu comme une agression par les tenants d’un consensus mou et informe, je ne m’étonne pas de me voir traiter de gardien aveugle du dogme , comme vous le faites.
Ne comptez simplement pas sur moi pour me jeter du haut de la falaise comme un mouton de Panurge ...

cher monsieur Potiez
Je vous ai donné les références des photos et les évaluations trigonométriques des angles (bien que cela apparaisse clairement de visu). Vous me dites malgré cela qu’il vous est impossible d’y voir autre chose qu’un angle de 90°. Que répondre ? Je crois que la discussion semble vaine. Comme écrit plus haut : "on ne fait pas boire..."
Je suis désolé, mais cette impossibilité à voir ce qui contredit ses convictions me parait relever du domaine du dogme

DG vous voulez parler de vecu, d’experience alors je vais vous expliquer que jamais vous n’arriverez à mettre au sol une personne non consentante sur ikkyo si l’angle entre son bras, et son corps ne forme pas un angle de 90°. Plutot que de citer encore une fois toutes les phrases que l’on peut trouver dans les differents ouvrages, que ce soit ceux de Maitre Morihiro Saito, Tadashi Abe, ou Morihei Ueshiba...

Prenons cela sur un plan biomecanique, ikkyo c’est quoi ?

Ikkyo c’est une action sur le coude, mais une action pour quoi, une action qui va servir de levier pour faire descendre le corps...

Mais comment voulez vous arrivez à mettre en place un levier si vous n’alignez pas les differentes parties ?

Essayer de soulever quoique ce soit en modifiant l’angle. et bien ikkyo fonctionne exactement de la meme façon, pour avoir un levier vous devez aligner le poignet,le coude, et les deux epaules.

De plus si vous fermez cet angle durant la technique il est tres facile de retourner ikkyo, de plus fermer l’angle revient à avoir soit une mauvaise gestion de la distance et dans ce cas là il n’y a plus de desequilibre, soit à ne plus avoir kokyu et devoir plier les bras, ce qui revient à perdre toute la puissance du corps et ne plus tenir uke qu’avec les bras...

Il en est de meme si vous ouvrez l’angle...

Tant qu’ikkyo restera une technique ou il est necessaire d’avoir un levier, vous ne pourrez changer la condition de l’alignement du bras dans la ligne des epaules.

Alors oui il existe des technniques realisables dans le cas ou le bras n’est pas aligne, tel que sankyo, yonkyo... mais dans ces techniques il intervient autre chose qu’un levier, une torsion du poignet ou un maintien du poignet qui permet d’avoir le controle de l’epaule...

Il est possible en Aikido de faire beaucoup de choses, encore faut il que cela respecte certaines bases elementaires...

La biomecanique, la securite, les desequilibre...

Là encore, je suis tout disposé à vous croire, Matthieu J, même si l’on s’éloigne du sujet sur l’immobilisation. Malheureusement, j’ai pu encore une fois voir quelques photographies de Morihei Ueshiba appliquer un ikkyo omote avec bras plié.
Comme pour moi la référence de l’aikido reste Morihei Ueshiba, il ne me reste qu’une alternative : essayer de comprendre pourquoi et dans quelles circonstances il montre cela.

ikkyo le bras plié ? Alors ça c’est nouveau...

Bonjour,

Je ne suis pas un élève Iwama Ryu mais j’apprécie la clarté et les explications qui accompagnent les démonstrations de M. SAITO et maintenant de ces élèves.

C’est pourquoi j’aimerais réagir aux propos de "DG" qui me paraissent être un procès d’intentions mal argumenté.

J’ai la chance d’avoir moi aussi un exemplaire de Budo et je tombe de l’armoire devant l’acharnement de DG à voir dans les photos de O’sensei des arguments à l’encontre des principes que défendent les élèves de M. SAITO.

Déjà, parce que les photos sont souvent trompeuses et que je serai tenté de faire confiance pour leur interprétation à quelqu’un comme M. SAITO qui a toujours pratiqué avec O sensei.

Deuxièmement, parce que sur les photos cités par DG je ne vois en aucun cas un angle similaire à celui vu sur la photo de Kishomaru ueshiba. Sur la page 105, O sensei regarde droit devant lui, dans une direction parallèle à UKE. Il ne peut donc pas avoir mis le bras dans un angle différent de 90 °.
Page 106 colonne de gauche on voit bien que le bras éloigné de O sensei est au meme niveau que le cou de uke il est donc à 90 °. Sur la colonne de droite, la photo étant prise de face c’est pas le mieux pour évaluer l’angle.
Page 107 l’angle est de 90 °.
Page 116 si la position des genoux de O sensei et son regard sont orientés comme sur la photo de son fils, le bras est quant à lui en arrière de son genou droit et reste à 90 °. Page 115 idem.

On peut reprocher aux éleves de Maitre SAITO d’etre dérangeants pour nous, la grande majorité des pratiquants qui mettons le bras d’uke en l’air et un genou dans ses cotes, par contre je ne pense pas qu’on puisse lutter contre eux en matière de légitimité par rapport à ce que faisais O sensei...

J’ai repris Budo et j’ai cherche ou trouve un ikkyo avec le bras plie, et j’ai trouve deux "techniques" :

 ikkyo nage p 106
 la variante p112 (technique plus connu sous le nom de ude garami)

Il est interessant de voir ces techniques classees sous le nom d’ikkyo.

Quand Tadashi Abe sortit ces livres il presenta les techniques sous cinq chapitres :

 ikkajo : techniques ou le coude est sollicite
 nikkajo : techniques ou le poignet est sollicite
 sankajo : techniques ou l’epaule est sollicitee
 yonkajo : techniques sur les points douloureux
 gokajo : techniques sur le principes d’irimi

C’est ainsi que sous le nom d’ikkajo il est possible de voir des techniques aussi diverses que ikkyo, shiho nage, ude kime nage... Toutes ces techniques qui mobilisent l’articulation du coude.

Ikkyo nage et ude garami sont ici deux techniques que l’on mettre dans ce chapitre ikkajo car toutes deux utilisent l’articulation du coude. Maintenant ikkyo nage (ou plus connu sous le nom de kokyu nage) ou ude garami ne sont pas des ikkyo à proprement parle. Ces techniques ne sont pas realisables dansles meme conditions et le chemin pour y parvenir n’est pas le meme.

Pour illustrer si l’on prend une saisie kata dori, on ne fera pas ikkyo et ude garami de la meme façon. Il est imperatif de beaucoup plus rentrer pour ude garami, paume au ciel pour prendre le controle du coude... Alors qu’ikkyo deviendra impossible si l’on rentre aussi profondement...

Amicalement

Bonjour Matthieu J. Quand je parlais de coude plié, je pensais à ce ikkyo nage, mais aussi à une fameuse photo du "présence et message d’A. Nocquet", où Morihei Ueshiba applique un ikkyo omote à genoux sur un uke au bras replié. Mais là n’est pas le propos aujourd’hui, je crois.

Cher Matlamb, ne vous y trompez pas : j’apprécie grandement le contenu technique de ce site. Mes interventions se situent dans une autre optique : je trouve que le fait de systématiquement montrer des photos de Kisshomaru Ueshiba en soulignant le fait qu’il y fait des erreurs est une forme d’acharnement. Et cet acharnement brouille la pertinence des propos techniques que l’on retrouve par ailleurs sur ce site.

Dans cette optique, et pour garder cet esprit d’éternel débutant cher au fondateur de notre art, je me permet de souligner par des mises en perspectives que ce que l’on prend comme une règle absolue, par exemple l’immobilisation ikkyo à 90°, n’en était pas une pour M. Ueshiba, qui montre dans d’autres photos que l’angle qu’il adoptait était variable. Mais il est évident que seule la pratique pourra nous dire l’angle nécessaire à une immobilisation : pour peu que l’on demande à notre uke d’être moins "gentil", par exemple en allant chercher des uke dans d’autres arts martiaux, il ne faut pas 30 années de pratique pour voir ce qui est efficace et ce qui ne l’est pas.

Bonsoir à tous,

Je ne vais plus pouvoir prendre de vacances. Quelques jours sans accès internet et me voila avec 27 commentaires et presque autant de réponses à faire. Donnez moi un peu de temps pour digérer tout ça et je me mets au travail. C’est un plaisir de dialoguer avec vous.

Philippe Voarino

Bonsoir Sébastien,

En Aikido, il y a deux notions fondamentales : irimi et tenkan qui n’ont rien à voir avec omote et ura. Pour l’exemple que vous choisissez de shomen uchi shiho nage, irimi consiste à entrer directement (en respectant évidemmennt le travail des mains qui croisent et spiralent) sur le côté extérieur d’uke avant d’exécuter la deuxième partie de la spirale caractéristique de shiho nage. De la sorte, vous êtes près d’uke, mais vers l’extérieur de son épaule et donc hors de portée d’une frappe. Si irimi n’est pas possible d’emblée parce que le timing ne le permet pas, vous devez alors exécuter tenkan avec votre corps en absorbant l’énergie et la frappe d’uke. Dans ce cas, vous vous retrouvez sur l’intérieur d’uke, c’est à dire devant lui, et cette position est assurément plus dangereuse que la précédente, même si vous devez être alors à une plus grande distance d’uke que dans le cas précédent. C’est dans une telle situation que la notion d’atemi prend tout son sens. L’atemi est nécessaire dans ce cas pour exécuter en sécurité la deuxième partie de la spirale.

Il n’y a donc pas une technique juste (sur l’extérieur) et une technique fausse (sur l’intérieur). Irimi et tenkan sont les deux faces de la vérité que vous propose l’Aikido.

Pour ce qui concerne l’attaque shomen (ou yokomen d’ailleurs), la réponse est simple : c’est la distance qui commande. Si vous êtes à une courte distance et pouvez toucher avec une bonne extension du côté qui est déjà devant, c’est cette solution qui est juste. Si vous êtes à une distance plus grande, vous avez besoin de faire un pas pour toucher, il faudra donc attaquer en avançant la jambe arrière.

Pour terminer Sébastien, demandez donc à ceux qui expliquent que des "Grands Maîtres" ont dû "parfaire" la tâche d’O Sensei s’ils sont bien conscients que pour parfaire la tâche de quelqu’un il faut avoir accédé au moins au niveau de cette personne. Et demandez leur quels sont les maîtres qui, selon eux, ont atteint ou dépassé le niveau d’O Sensei.

Je reviendrai dans les cahiers techniques futurs sur cette notion d’irimi-tenkan qui est une clef indispensable à la compréhension de ce que propose l’Aikido.

Philippe Voarino

Bonjour kakuto,

Avec un tel pseudo vous ne devez pas être le dernier intéressé par les questions d’angles. Pour la position de la tête qui regarde à l’opposé de tori dans les immobilisations, je crois qu’il ne faut pas aller chercher midi à quatorze heures. Dans la réalité, il n’y a pas immobilisation, il y a destruction au sol d’uke. Dès qu’on parle d’immobilisation, on se place donc dans le cadre de l’entraînement. A l’entraînement, comme il est préférable de ne pas s’écraser le nez au sol à chaque fois, uke s’arrange pour mettre la tête de profil. Si l’immobilisation est effectuée convenablement, c’est à dire avec l’épaule d’uke plaquée au sol, et non comme je l’ai lu ailleurs avec l’épaule décollée du sol, la pression sur la nuque est beaucoup plus importante si uke tente de placer la tête vers tori. Une telle position serait très inconfortable avec ikkyo et impossible avec nikyo, sankyo, kote gaeshi. Impossible je répète si l’épaule d’uke est plaquée au sol. Si l’épaule n’est pas plaquée au sol, il devient effectivement possible à uke de placer la tête vers tori. Mais s’il peut faire cela, uke peut aussi rouler sur l’épaule opposée à l’immobilisation et devenir un danger pour tori. Il y a des gens particulièrement forts et souples, il ne faut pas l’oublier.

Si l’on veut résumer, c’est parce que l’épaule est convenablement plaquée au sol qu’il est anti naturel et douloureux, dans toute les immobilisations, de regarder du côté de tori.

Et pour revenir à cette immobilisation d’ikkyo, on comprend mieux dès lors pourquoi il faut respecter l’angle à 90°. En effet, plus on monte le bras au-dessus de 90° plus le deltoïde se soulève du sol, c’est biomécanique. Si le deltoïde est décollé du sol, uke peut dans cet intervalle placer sa tête vers tori, et si la tête peut tourner, le corps peut tourner à son tour.

Bonjour Thierry Martino,

« Learn and forget » je suis d’accord. La question est apprendre quoi et oublier pourquoi et pour quoi ? Un de mes enfants apprend la flûte traversière. Il a eu la chance de rencontrer de très grands professeurs. Ils lui ont dit : il faut apprendre à lire la musique, très peu de musiciens sont capables aujourd’hui de lire la musique et c’est pourtant d’une importance capitale. Ils lui ont dit ensuite : il faut arrêter de lire avec une précision mathématique, une lecture parfaite est froide et sans âme.
C’est je crois assez clair : un musicien doit maîtriser sa technique sur le bout des doigts afin que puisse s’exprimer quelque chose qui est d’une autre nature que la technique, mais qui s’exprime malgré tout à travers ou en utilisant le support de la technique. Autrement dit, la technique bien que présente, finit par devenir invisible, c’est en ce sens qu’elle a été « oubliée ».

L’aikidoka doit accomplir le même parcours. Mais il a un handicap sur le musicien. La technique musicale n’est discutée par personne : un temps est un temps, une blanche vaut deux noires et une noire vaut deux croches. La base technique de la musique n’est pas matière à polémique entre le classique, le jazz ou le rock par exemple. En Aikido en revanche, on enseigne aujourd’hui sous un même nom des bases techniques qui n’ont plus en commun que leur nom précisément. C’est la grande difficulté de notre discipline : quand nous disons base technique, de quoi parlons nous au juste ? Si par exemple un professeur me dit pour shomen uchi ikkyo omote il faut pousser tout droit vers la jambe d’appui arrière d’uke, et si un autre me dit il faut pousser sur le côté vers le déséquilibre avant d’uke, ces deux directives sont contradictoires, elles ne peuvent pas être justes toutes les deux. L’Aikido n’est pas magique, et ce qui n’est pas juste est faux. C’est une banalité de dire cela, mais les erreurs d’enseignement existent. Alors, je suis bien d’accord avec vous Thierry que les expériences différentes sont dans la vie une source de richesse, encore faut-il pour cela que l’individu soit suffisamment construit pour faire la part des choses. Un gosse de treize ans qui fume un paquet de gitanes par jour est-il vraiment en mesure de porter un jugement lucide sur ce qu’il fait ? C’est la même chose en Aikido, un débutant n’est pas en mesure d’évaluer la valeur et la justesse de l’enseignement qu’il reçoit. Il fait confiance, c’est d’ailleurs une attitude qui réconcilie avec l’humanité, mais en même temps qui charge l’enseignant d’une lourde responsabilité. Si en retour de sa confiance il reçoit comme enseignement l’erreur, ce qui ne peut pas être exclu vous me l’accorderez, il l’absorbera comme un élixir. Et le « learn and forget », qui dans un tel cas devient pour le coup tout à fait impératif, aura le goût amer du temps perdu. Parfois le « forget » n’interviendra jamais.

Il y a dans l’Aikido de Morihei Ueshiba un fil rouge qui permet de ne pas s’égarer dans le maquis des techniques. Quand l’individu perçoit ce fil rouge, le regard s’ouvre. Alors toutes les expériences techniques deviennent profitables, y compris celle qui lui permet d’apprendre à contre-pied de l’erreur qui lui est proposée et qu’il est en mesure désormais de reconnaître pour telle.
L’objet de ce site est parfois mal perçu, ce n’est pas la critique systématique et sectaire, en fonction de je ne sais quel dogme tombé du ciel, de tout ce qui n’est pas dans la ligne. L’objet est de fournir des éléments de réflexion fondés sur l’enseignement du grand maître d’Aikido que fut Morihiro Saito, et également sur une expérience personnelle de trente années de pratique et d’enseignement, qui puissent aider les pratiquants à découvrir ce fil rouge et à exercer, grâce à cela, leur jugement dans les meilleures conditions. Je crois profondément que l’individu a une part de responsabilité dans les choix qu’il opère et qu’il est trop facile de se réveiller un beau jour en disant : « J’ai été trompé ». Merci d’être en contact avec nous, votre expérience en Asie est une ouverture importante pour tous les visiteurs de ce site.

Bonjour DG,

Je vais essayer de faire une seule réponse en reprenant les différents points de vos interventions. Ce sera un peu long.

Tout d’abord, je suis sensible au fait que vous considériez le livre Budo comme une référence. Ce n’est malheureusement pas le cas de beaucoup de pratiquants auxquels ce livre est généralement présenté comme le vestige archaïque d’un passé révolu sans rapport avec l’Aikido. Une relique juste bonne à trôner dans un musée à côté du sabre et du obi d’O Sensei.

Je conviens volontiers qu’il n’est pas toujours évident de déterminer l’angle exact d’une position sur une photo, fut-ce au moyen de la trigonométrie. Ceci est dû aux problèmes de perspective. Je vais vous raconter une anecdote. A la fin d’un cours que j’avais donné peu après mon premier séjour à Iwama en 1986, deux pratiquants avancés qui étaient mes camarades depuis de longues années avaient pris un des livres de maître Saito qui traînaient toujours sur une étagère du dojo, et discutaient sans parvenir à se mettre d’accord sur l’angle de la projection d’irimi nage. Ils me prirent à témoin pour les départager. N’ayant pas de vision extra lucide, que pouvais-je dire de plus catégorique qu’eux à partir des mêmes photos ? Je leur répondis simplement que pour moi les photos n’étaient que la confirmation, « et non la source » de ma connaissance, et que je savais avec certitude l’angle utilisé par maître Saito. Pas grâce aux photos, mais pour avoir vu et entendu ce dernier expliquer personnellement et longuement ce point précis plus d’une fois à Iwama, et plus encore peut-être pour avoir senti l’angle en ayant été utilisé comme uke pour la démonstration.

Bien que je n’aie pas eu la chance de connaître O Sensei, je trouve également confirmation dans ses photos de points expliqués par maître Saito, mais là aussi il ne s’agit pas de la source de ma connaissance. Ma source encore une fois est maître Saito qui mettait un point d’honneur et un scrupule de conscience à la limite de l’obsession à transmettre l’enseignement d’O Sensei sans en changer le moindre détail. J’ai eu une totale confiance en lui dans cette entreprise. Non pas pour avoir entendu parler de son honnêteté proverbiale dans ce domaine et parce que je me serais inconsidérément appuyé sur le ouï dire, mais parce que j’ai vécu au contact de cet homme et sous son toit, et que j’ai pu vérifier cette qualité dans les faits d’une vie quotidienne partagée avec lui. Alors, quand maître Saito, qui a vécu si longtemps avec le Fondateur, expliquait qu’O Sensei insistait souvent dans son enseignement pour que le bras soit à 90° dans l’immobilisation d’ikkyo, je n’ai pas de raison de mettre cela en doute.

Voilà pour ce qui concerne la connaissance considérée sous le point de vue de l’autorité de sa source. Maintenant est-ce un dogme que d’accepter les préceptes d’O Sensei ? Peut-être bien, si on ne se fait pas une règle dans la pratique de vérifier la vérité de cette connaissance. Le dogme est par définition une certitude que l’on ne peut pas questionner. Mais qu’a donc fait O Sensei pendant toute sa vie sinon remettre en question la totalité de l’enseignement qu’il avait reçu dans le domaine des arts martiaux, le tourner dans tous les sens, le remodeler et l’affiner patiemment autour d’un principe révolutionnaire, jusqu’à en faire cette chose inconnue jusqu’alors qu’est l’Aikido. L’œuvre d’O Sensei, c’est justement le questionnement radical et sans concession de tous les dogmes qui existaient dans le domaine du budo, pour proposer quelque chose de nouveau tant sous l’aspect de la technique que sous celui de l’esprit.

Questionner toutes les connaissances que nous avons reçues d’O Sensei reviendrait en réalité à refaire tout le travail qu’il a effectué dans sa vie. Est-ce envisageable ? Je ne crois pas que tout un chacun ait la compétence, le temps, l’énergie, la motivation et l’esprit suffisamment libre de tout préjugé pour accomplir cette œuvre exceptionnelle. En revanche, nous pouvons - et nous devons - dans notre entraînement vérifier comment et pourquoi les choses fonctionnent bien ainsi qu’il les a définies au terme de sa recherche. Cette vérification n’est pas simple car la confirmation doit presque toujours être trouvée, ainsi que l’indique Matthieu J, dans la compréhension d’un contexte global.
Dans notre exemple d’ikkyo, l’immobilisation n’est que la phase finale et la conséquence d’un processus qui a une cause logique. Avez-vous remarqué quel est l’effet sur uke de l’entrée de tori ? Cela inverse sa position hanmi : alors qu’uke regardait vers l’avant migi hanmi par exemple, tori l’oblige par son action à regarder vers l’arrière hidari hanmi. Dans cette nouvelle position, vous conviendrez que le déséquilibre d’uke se situe sur son côté droit et pas dans l’angle de sa jambe gauche qui est celle de son d’appui avant. C’est une évidence de la mécanique statique. L’angle à 90° est donc celui dans lequel il faut amener le bras d’uke pour provoquer sa chute, et ce d’autant plus que cet angle est celui qui fournit un levier maximum sur le coude. Le déplacement pour arriver à amener le bras dans un tel angle avant qu’uke ne soit au sol est : 1- Petit pas sur le côté / 2 - Grand pas vers uke / 3 - Petit pas pour descendre à genoux.
Si l’on modifie cette arrangement des pas et que l’on fait comme cela est enseigné à l’Aikikai : 1- Grand pas vers uke / 2 - Petit pas / 3 - Grand pas final avant de descendre à genoux, que se passe-t-il ? Le grand pas final amène le bras d’uke dans un angle supérieur à 90°, c’est-à-dire qu’il le dirige dans cette zone de la jambe avant d’uke qui n’est pas l’angle idéal de son déséquilibre, zone qui plus est où tori n’a plus la puissance de levier idéale sur le coude d’uke.
Ainsi, selon qu’uke est amené au sol avec la première formule de déplacement ou avec la seconde, il terminera logiquement au sol avec le bras à 90° ou avec le bras à 135°. L’immobilisation n’est donc qu’une conséquence de tout le processus, de tout le cycle de la technique. C’est en ce sens que j’ai pu écrire que le haut vaut le bas. D’un tel point de vue, vous m’accorderez que les discussions pour savoir quel angle est le plus contraignant au moment de l’immobilisation au sol n’ont qu’une importance toute relative. Ce que j’avais déjà indiqué en expliquant qu’au moment où uke arrive au sol il est dans la réalité hors de combat.

La vraie question est donc de savoir pourquoi l’arrangement des pas a été modifié à l’Aikikai par rapport à l’enseignement d’O Sensei. Et j’en arrive ici à votre remarque regrettant « l’acharnement » qui consiste à stigmatiser les erreurs du Doshu. J’ai pris le soin de m’expliquer, dans l’éditorial « Aikido underground » de ce site, sur le choix que j’ai fait de prendre à sa source le problème de ce que je considère comme une dérive moderne de l’Aikido mis au point par Morihei Ueshiba. Je vous engage à lire cet article qui apporte je crois quelques éléments de réponse à votre remarque. Mais je vais vous dire ici quel a été ma démarche avant d’en arriver là. L’idée était de mettre en place une critique argumentée et constructive, sur des éléments techniques précis, pour tenter de faire valoir que ce qui était enseigné aujourd’hui sous le label d’Aikido « officiel » était en réalité éloigné, sur bon nombre de points, de l’enseignement du fondateur de l’Aikido Morihei Ueshiba. De cette manière, le reproche facile de sectarisme et de dogmatisme qui est généralement fait à l’enseignement d’Iwama serait un peu plus difficile à maintenir avec crédibilité. Il fallait donc bien prendre quelque part les exemples de ce qui allait devenir l’objet même de la discussion. J’ai pensé dans un premier temps utiliser pour cela les différentes publications des professeurs d’Aikido, elles ne manquent pas. Mais en consultant ces publications, je me suis aperçu qu’elles ne comportaient pas de modifications notables par rapport à l’enseignement qui avait été dispensé à ces professeurs. J’ai donc décidé de remonter d’un étage dans le temps et de reprendre les publications des professeurs de ces professeurs. Vous l’avez compris ce sont les maîtres japonais dont j’ai moi-même été élève pendant une partie de ma vie et qui constituent la toute dernière génération des élèves japonais qui ont connu O Sensei. Mais en étudiant alors attentivement les publications techniques de ces maîtres japonais, je me suis aperçu qu’elles ne comportaient pas de modifications notables de l’enseignement qu’eux-mêmes avaient reçu. Je suis donc remonté d’un étage encore dans la chronologie et dans la hiérarchie et je me suis intéressé à leur professeur commun : Kisshomaru Ueshiba, pour m’apercevoir qu’avec évidence il était la source, l’origine commune, de toutes les modifications techniques dont je voulais faire l’objet de mon travail.

Que devais-je faire DG ? Refermer tous ces bouquins et faire comme si de rien n’était ? Je sais bien que tout cela est dérangeant. J’ai été un des premiers à en être dérangé il y a des années de cela et je comprends bien que ce n’est pas facile à avaler. Mais s’il y a un problème lié à la transmission de l’Aikido, pourquoi ne pas en parler ? Il ne s’agit pas de démolir le Doshu pour le travail duquel, je le répète, j’ai une grande admiration et, j’ajouterais, une grande reconnaissance. Mais il a visiblement modifié des éléments techniques importants qui ont transformé l’Aikido. Et cette transformation n’est pas étrangère à bon nombre de problématiques dont on trouve la trace dans l’esprit de beaucoup de pratiquants, sur les forums, et jusque dans notre ministère des sports. Pourquoi ne pas accepter de traiter ce problème important avec sérénité, en acceptant les arguments des uns et des autres et en essayant de tirer la situation au clair. Pourquoi ne pas essayer d’instaurer un dialogue, une discussion ? J’entends une vraie discussion bien sûr, avec des arguments, pas de ces vociférations qu’on trouve sur les forums du style « Voarino raconte que des mensonges » qui ne font pas avancer le Schmilblick.
Pour lancer un tel débat, il faut bien à un moment que quelqu’un mette les pieds dans le plat. Sinon rien ne se fait jamais. C’est le sens de ma démarche, et je vous assure qu’il n’y a aucune forme d’acharnement là dedans. Peut-être un peu d’entêtement, oui, sans doute. Mais sans cela peut-on essayer de remonter le courant ? Il est plus facile de se laisser porter par le flot, c’est certain. Mais je vous rappelle cet enseignement d’une vieille sagesse : « Quand deux chemins s’offrent à vous, pour être sûr de ne pas vous tromper, choisissez le plus difficile. »

Enfin, je ne veux pas terminer sans vous remercier pour votre référence à la très belle photo d’O Sensei dans le livre d’André Nocquet (p 172) que je suis allé consulter. Je me servirai de cette photo pour illustrer un cahier technique sur le mouvement yonkyo. L’immobilisation d’ikkyo n’est possible que sur un bras en extension puisque l’action d’ikkyo implique un blocage du coude. Quand, pour une raison quelconque, le bras ne peut être amené dans cette extension caractéristique d’ikkyo, qu’il plie et reste plié, alors l’Aikido offre les ressources des mouvements nikkyo, sankyo et yonkyo. Ces mouvements sont conçus précisément pour faire face à une situation où le bras d’uke est plié. Sur cette photo, O Sensei est en passe d’appliquer un sankyo ou un yonkyo. Je pencherais plutôt pour yonkyo.
Cette consultation du livre d’André Nocquet m’a permis de revoir les très belles photos également d’O Sensei avec Morihiro Saito (p 138, 140, 142, 145, 147) prises au dojo d’Iwama. Merci pour cela DG. Et une pensée pour André Nocquet qui eut le courage de se présenter un beau jour à Iwama et de demander à O Sensei de poser pour des photos, chose qu’aucun Japonais n’avait eu l’audace de faire jusqu’alors. Merci pour cela Monsieur Nocquet.

Philippe Voarino

Bonjour à tous,
Mon modeste point de vue :

1°) Vous écrivez "si la technique est appliquée comme elle doit l’être dans la réalité, uke en arrivant au sol a le coude cassé, la tête fracassée au sol, et comme cela ne suffit pas, tori l’assome en plus avec sa main libre d’un coup de poing dévastateur sur la nuque".
Si l’aikido c’est cela, j’ai pas compris ce que voulait dire AÏKIDO dans le message de O Senseï.
Et dans ce cas le seul angle possible pour UKE, c’est l’angle mort.

2°) A la question "Pourquoi le visage est-il tourné dans la direction opposée à TORI : c’est parce que, justement, dans un souci de sécurité, UKE cherche à se protéger de TORI en n’offrant pas son visage aux coups de pied ou de poings de TORI. En fin, je crois...

Pour finir, merci pour ce site de grande qualité.

Bonsoir pdouchet,

L’"angle mort". Voilà qui est bien trouvé. D’abord j’ai bien ri. Puis, en réfléchissant, je me demande si ce n’est pas la meilleure réponse que l’on puisse faire au fond. C’est décidé je vous engage. Je crois que tous autant que nous sommes nous avons bien besoin de rire. Le monde de l’Aikido devient un peu lugubre par les temps qui courent.

Philippe Voarino

Bonjour M. Voarino,
Je vous remercie pour l’invite à relire votre article "l’aikido underground", qui présente votre point de vue sur l’histoire de l’aikido.
En la matière, j’avoue que je préfère revenir à la source de cette lecture : Stanley Pranin, qui a mené le travail de recherche historique le plus impressionant que j’ai pu voir. Les réponses qu’il fournit quand on lui pose des questions indiquent que la vision d’une transformation radicale de l’aikido Aikikai n’est pas si évidente. Malheureusement, beaucoup se limitent à une lecture en diagonale de ses écrits pour mettre en valeur leur propre professeur. Ainsi, si le second doshu a effectivement fait évoluer son aikido, la transmission qu’il en a fait n’a en pratique réellement commencé que dans les années 70, avec une influence surtout sur les pratiquants de la deuxième génération. De même, on peut voir en comparant les vidéos des années 60 et celles des décennies suivantes, que d’autres élèves du fondateur comme M. Saito ont fait évoluer leur pratique.

Je note au passage la petite pique de votre part à l’encontre d’André Nocquet, pour lequel une recherche historique un tant soit peu sérieuse suffit à montrer qu’il n’a pas passé qu’un week-end aux côtés du fondateur après avoir parcouru la moitié du globe. Je crois sur ce point que beaucoup d’aikidokas français auraient rêvé d’avoir son parcours...
Pour revenir à la photo en question, je comprend que dans votre logique la seule explication possible soit une préparation à autre chose qu’un ikkyo, comme par exemple un yonkyo. Mais sur ce point, j’avoue préférer me référer aux témoins directs, en particulier A. Nocquet.

J’en profite pour vous remercier pour le contenu technique de votre site qui est d’un intérêt certain.

Merci,Philippe

J’aime bien votre réaction. Cà, c’est Aïki...

Bien à vous.

Cher Voarino Sensei,

Merci de la reponse faite a mon message .Elle est tres pertinente et je ne peux aller que dans votre sens .Votre site m’a ouvert les yeux et depuis que j’y vais regulierement ma pratique a change , j’essaye a ce qu’elle soit plus intelligente et n’ai de cesse d’essayer en dehors des cours si"ca marche".J’ai encore essaye cette position finale d’ikyo avec un sempai 2dan un grand gaillard autralien et effectivement j’arrivais a tourenr ma main comme vous l’avez explique .Oui je vis l’Aikido depuis l’asie et meme si ce n’est pas le Japon c’est certainement tres different de la France ou je n’ai jamais pratique donc si mes petits messages peuvent aider a ce site ce sera avec un tres grand plaisir que je vous ferai vivre mes experiences . J’etais donc a HongKong pour ce seminaire .Ce fut vraiment formidable . 3 jours , 5heures par jours avec 15 professeurs differents ,Japon , Singapour , Malaysie , HK , NewZeland ,Australie . Et tous parlaient le meme language , celui de l’aikido .Les cours ont etes tres interressants car bases plus sur des concepts que des techniques .Le dernier etant anime par Fujita Sensei 8dan qui ne nous a finalement explique que des mouvements d’echaufements et ’comment marcher’ .Pour ma part j’ai vraiment decouvert que j’etais trop tendu dans ma pratique et pas assz vivant comme Uke , je me suis pris une grande claque sur les fesses de Mineguchi Sensei "you are dead , Uke must be alive" .Du haut de son metre cinquante et de ses 65 ans elle a anime une classe formidable en fin de journee ou tout le monde commencait a fatiguer .Elle a pris tous les plus robustes comme Uke et il y avait des gars d’Afrique du sud et de Russie qui pesait bien 100kg pour montrer Kaiten nage , vraiment c’etait a voir avec qu’elle facilite elle les faisait vaciller et chuter sans forcer .Le mois prochain je me rends a Singapour durant 3 jours aussi mais anime uniquement par Notre Sensei Fukakusa et Tamura Sensei qui ensuite viendra dans notre dojo ici a Bangkok , je vous ferai part des commentaires .Bien cordialement.

Thierry Martino Bangkok

Bonjour DG,

Vous faites référence à Stanley Pranin, personnage clef de l’histoire de l’Aikido, au travail duquel nous devons de mieux connaître et de mieux comprendre notre discipline. Il se trouve que c’est un ami qui m’a rendu plus d’un service quand je vivais au Japon. Je le connais donc bien, et les conversations que nous avons eues ensemble, à Tokyo comme à Iwama, me portent à penser que son jugement concernant les transformations apportées à l’Aikido d’O Sensei par ses élèves d’après guerre est plus catégorique que vous ne l’imaginez.

Mais je ne vous demande pas de me croire sur parole et je vous renvoie à la lecture d’un article que vous connaissez certainement, écrit et publié par Stanley Pranin dans Aikido Journal en 1996, et dont vous trouverez la traduction française sur le site de mon camarade Daniel Toutain. Dans cet article, Stanley indique de manière non équivoque :

« ...l’Aikido tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est pas l’art pratiqué et enseigné par O Sensei, mais plutôt l’une des nombreuses formes dérivées mises au point par des élèves pivots qui ont étudié sous la férule du fondateur sur des périodes plutôt courtes. »

Il ajoute un peu plus loin :

« Morihei Ueshiba n’était pas le personnage principal qui enseignait jour après jour au Hombu dojo. O Sensei y était par intervalles imprévisibles et son enseignement se focalisait souvent sur des sujets philosophiques. Tohei et Kisshomaru Ueshiba sont les personnes les plus responsables du contenu technique et de l’évolution de l’Aikido au sein du système de l’Hombu Aikikai. »

Je crois que l’on peut difficilement être plus clair, Tohei et Kisshomaru Ueshiba sont les personnes les plus responsables du contenu technique...
Si l’on attache, comme vous le faites avec raison, une valeur à l’avis autorisé de Stanley Pranin dans le domaine de l’histoire de l’Aikido, et une importance à ce que parler veut dire, il semble difficile de ne pas conclure, à la lecture d’une telle phrase, que ce contenu technique eut été différent si O Sensei en avait assumé la responsabilité directe. Je ne crois pas qu’il s’agisse là d’une lecture en diagonale, mais au contraire du sentiment profond qui se dégage de la phrase et plus généralement de l’ensemble de l’article de Pranin .

Par ailleurs, vous concédez qu’il y a bien eu transformation de l’Aikido, mais vous indiquez que la transmission de cet Aikido transformé n’est intervenue qu’à partir des années 70. Sur ce point je ne peux vous suivre. Koichi Tohei avait le titre de Shihan Bucho (responsable en chef de la technique) à l’Aikikai dès les années 50. S’il a bien eu, comme le dit Stanley Pranin, une influence technique au Hombu dojo de Tokyo (qui n’était pas à la vérité Hombu à cet époque puisque le Hombu dojo est demeuré à Iwama jusqu’en 1956), cette influence s’est donc nécessairement exercée bien avant les année 70. Et cela d’autant plus que Tohei a quitté l’Aikikai avec quelque fracas après avoir fondé son école personnelle la Ki no Kenkyukai en 1971.

D’autre part, les élèves de l’Aikikai des années 50/60 comme Nobuyoshi Tamura, Yoshimitsu Yamada, Mitsunari Kanai, Kazuo Chiba, Seichi Sugano, Mitsugi Saotome..., ont évidemment reçu des cours directement du fondateur - avec la réserve qu’indique Stanley Pranin - mais ils considéraient que leur véritable professeur étaient Kisshomaru Ueshiba, et ne s’en cachaient nullement. Maître Tamura lui-même, qui est l’aîné de ce groupe, a confirmé ce point à plusieurs reprises. La lecture du livre « Aikido » écrit par Kisshomaru au tout début des années 60 (la version anglaise est parue en 1974 chez Hozancha Publishing Co.) est à cet égard révélatrice. On y constate que Kisshomaru projette deux adolescents, Tamura et Chiba, à peine plus jeune que lui, avec un bagage technique qui ne diffère en rien de celui que, devenu Doshu, il utilisera jusqu’à la fin de sa vie.

Ces arguments m’amènent donc à la conclusion suivante :

1 - Il n’est pas juste de penser que Kisshomaru aurait appris, et en quelque sorte fait le tour de l’Aikido de son père, puis aurait progressivement évolué en transformant cet Aikido et en enseignant, à partir de ce moment, un Aikido modifié. Sur le plan technique, il n’y a aucune différence notable entre les formes telles qu’il les pratiquait à 30 ans et telles qu’il les pratiquera à la fin de sa vie. Ce qui ne préjuge pas évidemment de l’évolution de l’individu à l’intérieur de ce cadre technique, mais ne perdons pas de vue que c’est l’aspect technique des choses qui nous intéresse dans cette discussion.

2 - Kisshomaru a acquis assez tôt un bagage technique qui était différent sur un grand nombre de points de l’Aikido d’O Sensei et l’a utilisé dès qu’il a commencé à enseigner, c’est-à-dire dans l’immédiat après-guerre, et non pas comme vous l’indiquez sur les pratiquants de la deuxième génération (les élèves des années 50/60 étant considérés si je comprends bien comme ceux de la première génération après-guerre).

Vous signalez que la pratique de maître Saito a évolué au fil des décennies. Je suis d’accord avec vous si l’on fait bien la distinction entre le concept de pratique et celui de technique. La pratique de maître Saito quand il était jeune avait une dimension où la masse corporelle et la puissance physique étaient très présentes. En vieillissant, la puissance est devenue progressivement l’expression d’une énergie d’une autre nature que la simple énergie physique de la jeunesse. C’est le parcours normal d’un pratiquant d’Aikido. Mais la base technique du maître Saito des années 90 ne diffère pas de la base technique du jeune Saito des années 50. En ce sens, il a lui aussi travaillé, progressé et enseigné sa vie durant à partir du bagage technique initial qui lui a été transmis dans sa jeunesse. Et de ce point de vue, son itinéraire est analogue à celui de Kisshomaru. La différence fondamentale qui existe entre ces deux individus c’est que le jeune Saito a reçu et fait sien le bagage technique tel qu’il fut mis au point par O Sensei, alors que Kisshomaru a fait sien un bagage technique initial modifié par rapport à l’enseignement de son père. Je pense comme Stanley Pranin que la différence entre les temps de pratique effective auprès d’O Sensei ont été un élément déterminant dans ce phénomène.

Enfin je n’ai envoyé aucune pique à l’égard d’André Nocquet dont je respecte le parcours. Si vous avez cru déceler ce sentiment dans mes propos, c’est que je n’ai pas été assez clair dans mon expression. Je suis sincèrement reconnaissant à André Nocquet. Son esprit d’entreprise, sa clairvoyance, l’on conduit au Japon quand rien ne disait que l’Aikido était une valeur d’avenir. J’ai un très grand respect pour ce genre d’enthousiasme. Grâce à lui, nous sommes en mesure de profiter aujourd’hui de ces témoignages photographiques d’une valeur historique et technique exceptionnelles. Ceci dit, et puisque vous en parlez, il est vrai qu’André Nocquet n’a pas vécu bien longtemps à Iwama. Mais cela n’enlève rien à son travail de pionnier et au fait qu’il ait travaillé à de nombreuses occasions avec O Sensei au Hombu dojo de Tokyo.

Quant à la photo à laquelle vous faites référence en disant que vous préférez vous « référer aux témoins direct, en particulier André Nocquet », je n’ai pas vu dans son livre qu’André Nocquet expliquait cette photo de la page 172 en disant que c’était un ikkyo, et je ne comprends donc pas comment vous pouvez en tirer un argument quelconque pour notre problème d’angle du bras.

Philippe Voarino

Bonjour Monsieur Voarino,

Merci d’avoir pris le temps de me répondre. Je partage votre point de vue sur l’évolution de la pratique de Kisshomaru Ueshiba, mais aucun témoignage ou vidéo ne me permet de confirmer la "faiblesse" des bases techniques de sa pratique que vous évoquez.
Il n’a certe pas pratiqué tous les jours auprès de son père tout au long de sa vie, mais sa pratique a bien commencé avant guerre, ce que l’on peut vérifier sur une grande partie des photos du livre "budo" en tant que uke de son père. Les témoignages montrent aussi qu’il maintenait un contact très fréquent avec son père, comme par exemple dans cette période de 3 ans qu’il a passée à Iwama au moment où Maitre Saito commençait l’aikido.

En ce qui concerne la présence de Morihei Ueshiba à Tokyo après guerre, S. Pranin a bien montré que celui-ci avait recommencé à visiter ses anciens élèves dès la fin de la guerre (1 an et demie passés à Osaka en 1951-1952 par exemple), et passait pas loin de la moitié de son temps à Tokyo à partir de 1955, dans une période où M. Saito travaillait 1 jour sur 2 et où le fondateur se trouvait donc en mal d’uke à Iwama. Tous les témoignages montrent que même si M. Ueshiba partageait son temps entre Iwama, Tokyo, et les dojos de ses anciens élèves à Osaka, Kumano ou autre (il y a hors Tokyo et Iwama des élèves de longue date peu connus qui mériteraient plus de reconnaissance, soit dit en passant).
Comme je le disais, la principale figure technique à l’Aikikai a l’époque était Koichi Tohei, et non Kisshomaru Ueshiba. Mais l’Aikikai comptait aussi des enseignants élèves d’avant-guerre, il ne faut pas l’oublier. Tous avaient un unique "modèle" : Morihei Ueshiba. Si par exemple A. Nocquet a fait tout ce voyage, à 40 ans après une vingtaine d’années consacrées au jujitsu et au judo, c’est pour étudier directement auprès du fondateur, et non de ses élèves.

Cela ne m’empêche pas d’aller dans votre sens : oui Kisshomaru Ueshiba est parti dans sa propre direction. Mais mon analyse de l’histoire me fait dire que son influence ne s’est développée qu’après sa nomination en tant que doshu, et donc dans les années 70.

Pour parler de ce que je connais, je n’ai entendu parler du fils du fondateur qu’après une dizaine d’années de pratique. Nombre des pionniers qui sont venus enseigner l’aikido en Europe (Mochizuki, Abe, Murashge) n’ont jamais étudié qu’auprès du fondateur. Et les ushi deshis d’après guerre avaient selon moi deux références principales : Morihei Ueshiba et Koichi Tohei. C’est pourquoi je dis que l’influence de Koichi Tohei ne s’est fait sentir que sur les maitres de deuxième, voire troisième génération (comme C. Tissier en France).

Je crois pouvoir dire que beaucoup de ceux qu’on appelle maintenant les "shihans" d’après guerre ont plus pratiqué auprès de Morihei Ueshiba que nombre d’élèves se réclamant d’Iwama ont pratiqué auprès de Morihiro Saito.

Morihiro Saito , de par sa situation privilégiée auprès du fondateur de l’aikido, a pu accumuler un savoir quasi encyclopédique sur sa pratique, même s’il était jeune et peu expérimenté quand il l’a rencontré. Je pense cependant qu’il ne faut pas pour autant négliger les connaissances transmises par les autres maitres ayant pratiqué auprès du fondateur. Même un soto deshi de l’Aikikai des années 50 comme maitre Kato a saisi des choses que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs : chacun peut transmettre une vision de ce qu’il a perçu et il serait dommage de s’en passer. Nul ne devrait prétendre avoir l’exclusivité de la transmission du savoir du fondateur.

Enfin, pour conclure, je vous remercie à nouveau pour le contenu technique de votre site, même si je pense qu’il gagnerait à ne pas être exposé "par opposition" à la pratique d’un des élèves de M. Ueshiba (parmi d’autres) : son fils Kisshomaru.
Je trouve un grand intérêt à découvrir votre vision de certains points techniques, ainsi que les ouvrages de M. Saito, que je n’ai jusqu’à présent jamais trouvés contradictoires avec ce qu’on m’a enseigné depuis mes débuts. Je pense qu’il y a plus d’intérêt à mettre en évidence ce qui nous rassemble que ce qui nous distingue, sans oublier ce qu’André Nocquet appelait "la richesse des différences".

Cordialement,

Bonjour DG,

Je réponds à votre courrier du 17 novembre, puis ce sera pour une dizaine de jours le silence radio de ma part car je pars pour un stage à Beyrouth.

Vous avez raison d’écrire que Kisshomaru Ueshiba a consacré un temps d’étude important auprès de son père. Moins que maître Saito il est vrai, mais plus que la grande majorité des élèves d’O Sensei, avant ou après-guerre. Dans ces conditions on est justement en droit de se demander pourquoi les bases techniques qu’il a transmises au cours de sa vie sont aussi différentes de celles élaborées par son père. Je sais que vous ne me suivez pas sur ce chemin et jugez au contraire qu’il n’y a pas une si grande différence que ça entre les bases techniques d’O Sensei et celles de Kisshomaru. Ce n’est pas mon avis bien sûr, et je vous fais remarquer que tout mon propos étant précisément de mettre en évidence cette différence, qui est à mon sens importante, je suis bien contraint par l’objet même de mon étude de présenter mes arguments « par opposition » pour reprendre votre expression. Je préfère toutefois utiliser le terme de comparaison à celui d’opposition. Et comment mettre en œuvre une comparaison entre les bases techniques de Kisshomaru Ueshiba et celles de son père sans montrer ce dont je parle, sans y faire référence, sans définir au préalable ces bases, chez l’un comme chez l’autre d’ailleurs ? Tant il est vrai, comme aurait pu dire Coluche, qu’il est difficile de faire la différence entre O Sensei. Présenter effectivement, dans la réalité crue du détail, les points techniques en question est la seule manière de ne pas tomber sous le coup du reproche classique de tenir des discours gratuits et partisans, sectaires dit-on aujourd’hui. Aucun sectarisme n’utilise l’argument de la méthode expérimentale, aucun sectarisme ne fait appel à l’esprit critique de son interlocuteur. Et vous conviendrez qu’on ne peut pas à la fois reprocher aux élèves d’Iwama d’être sectaires, et en même temps leur reprocher d’expliquer, de justifier, de donner des exemples quand ils le font.

Vous écrivez, en parlant de Kisshomaru Ueshiba : « aucun témoignage ou vidéo ne me permet de confirmer la faiblesse des bases techniques de sa pratique que vous évoquez ». Je vous fais remarquer d’abord que je n’ai pas parlé de faiblesse, j’ai utilisé le terme de différence. Mais surtout, j’aimerais que vous acceptiez que votre affirmation ne peut pas être retenue pour une argumentation. Le premier venu peut dire exactement le contraire avec le même ton définitif et cela clôt tout débat. Pour qu’il y ait échange et discussion, il faut bien donner une base à cette discussion, développer une argumentation. C’est la seule manière de se faire une idée, de construire une vision et un jugement. La seule manière de ne pas se jeter au visage des certitudes partisanes. Si l’on veut avancer un tant soit peu, il est nécessaire de fonder le discours sur des éléments précis, sur des éléments objectifs que chacun peut librement apprécier et sur lesquels il devient possible d’exercer l’esprit critique, c’est-à-dire au fond la raison. C’est ce que j’ai entrepris de faire. Evidemment cette analyse oblige à relever la différence quand elle existe. Et là aussi vous n’êtes pas d’accord puisque vous écrivez qu’il y a plus d’intérêt à mettre en évidence ce qui nous rassemble que ce qui nous distingue. Je n’aurais pas pu, pour ce qui me concerne, écrire une telle phrase, car l’Aikido m’a appris que des éléments qui paraissent à première vue contradictoires et inconciliables sont en réalité complémentaires, pourvu que le regard parvienne à se hisser à un point de vue supérieur. Si vous considérez d’un point de vue supérieur nos différences, il n’est pas impossible que vous constatiez qu’en elles réside l’essence même de ce qui nous rassemble et fait le ciment de l’humanité. Eu égard à cela, je crois qu’il n’est pas illégitime de mettre l’accent sur ce qui distingue. Sans doute est-ce ce à quoi vous faites allusion quand vous faites référence pour finir à la « richesse des différences ».

Si les bases techniques de Kisshomaru sont bien, comme je m’efforce de le démontrer, différentes de celles de son père, la question à laquelle il reste à répondre est donc, je le répète : dans la mesure où Kisshomaru a étudié avec son père un temps suffisamment long, pourquoi cette différence existe-t-elle et quel sens a-t-elle ?
Nous garderons si vous le voulez bien la réponse à cette question pour plus tard, si la suite des dossiers techniques sur les erreurs courantes parvient à vous faire admettre que la différence entre O Sensei et son fils n’est pas la conséquence d’une « évolution » de ce dernier, mais une réalité qui est présente dès le début des responsabilités d’enseignant de Kisshomaru.

Au contraire de vous, je situe cette responsabilité bien avant les années 70. Kisshomaru avait des pouvoirs techniques et administratifs très étendus à l’Aikikai bien avant la mort d’O Sensei en 1969. Je répète que maître Tamura parle de Kisshomaru en disant « mon professeur » alors qu’il ne parle pas d’O Sensei dans ces termes. Et Tamura a quitté le Japon en 1963. D’autre part, Tamura est le plus âgé de toute la génération d’après-guerre, ce qui veut dire que les plus jeunes, a fortiori, eurent également Kisshomaru pour professeur. Vous en trouverez des indices assez forts par exemple dans le rapport qu’un élève comme Kazuo Chiba entretenait avec Kisshomaru Ueshiba. Il le protégeait avec le dévouement et la dévotion d’un fils qui veut épargner tout souci à son père. Avec bec et ongles quand c’était nécessaire. Un tel rapport affectif ne se construit qu’après que beaucoup ait été donné dans un premier temps à la personne qui le retourne ensuite. Ceci dit, vous trouverez bien sûr aussi des photos de Tamura et de Chiba avec O Sensei, puisque ils ont aussi pratiqué avec le Fondateur. Mais cette pratique, si elle plaçait bien comme vous le dites O Sensei dans la position et la perspective d’un modèle à atteindre, n’en faisait pas ce que l’on entend par un professeur, car les conditions dans lesquelles elle s’exerçait - ainsi que l’affirme sans équivoque Stanley Pranin - étaient trop épisodiques et davantage dirigées vers l’aspect spirituel de l’Aikido que vers son aspect technique. Maître Tamura a d’ailleurs confirmé cela à maintes reprises dans ses écrits en expliquant qu’O Sensei parlait pendant si longtemps sur le tatami que les uchi deshi s’ennuyaient et finissaient par s’endormir en seiza. Il est intéressant de noter que différents témoignages de première main indiquent que son attitude semble avoir été différente à Iwama et que son enseignement y faisait une part très importante à la technique.

Je partage votre avis quand vous écrivez que l’influence de Kisshomaru n’a pas pu se faire sentir sur des élèves comme Murashige, Mochizuki, Abe. Ce n’est pas surprenant puisque aucun de ceux-ci n’a étudié à l’Aikikai. Quand Murashige et Mochizuki étaient élèves d’O Sensei, Kisshomaru était encore en culottes courtes. Quant à Tadashi Abe, de la même génération que Kisshomaru, il a appris l’Aikido avec O Sensei à Iwama pendant la guerre.
Cet argument ne me semble pas minimiser l’influence de Kisshomaru sur le développement de l’Aikido mondial. J’explique pourquoi. Murashige n’a enseigné que quelques années en Birmanie avant de mourir en 1963 dans un accident de voiture, l’année suivant son arrivée en Belgique. Il n’a de ce fait pas eu le temps de laisser une trace et une influence véritable. Mochizuki a rapidement créé sa propre discipline le Yoseikan Budo, système composite réunissant des éléments du Judo, du Karaté, du Kobudo et de l’Aikido. Par cette fondation du Yoseikan, l’influence de Mochizuki dans le développement de l’Aikido a été réduite à zéro : parce qu’il pratiquait désormais une discipline différente. Le seul des trois personnages que vous citez qui a eu une influence réelle sur l’Aikido mondial est Tadashi Abe, par sa résidence et son activité prolongée en France dans les années 50. Et il est tellement vrai que son Aikido était différent de celui de Kisshomaru que lorsqu’il rentra au Japon en 1960 il rendit tous ses grades d’Aikido en déclarant qu’on ne faisait plus d’Aikido à l’Aikikai. Abe, élève d’O Sensei, a effectivement proposé un Aikido bien différent de celui de Kisshomaru, mais c’était un homme seul, soutenu tant bien que mal par un petit groupe d’ami, à une époque où tout était à construire. Son enseignement s’est dilué jusqu’à se perdre, recouvert par les vagues successives d’enseignants formés à l’Aikikai, dont le professeur principal était Kisshomaru Ueshiba, et qui se sont implantés en Europe par la suite.

Qu’O Sensei ait beaucoup voyagé à partir d’Iwama est incontestable, et je m’accorde volontiers avec vous sur ce point. Il se rendait dans tout le Japon et entre autre à Tokyo. Mais rien n’indique comme vous le pensez qu’il ait voyagé de manière aussi intensive parce qu’il était en mal d’uke à Iwama. Morihiro Saito n’était auprès de lui qu’un jour sur deux (ce qui au passage n’est quand même pas si mal, reconnaissez le), mais il y avait bien d’autres pratiquants au dojo d’Iwama à cette époque. Vous ne soupçonnez pas le nombre de fois où l’on est arrêté dans les rues d’Iwama par un vieux Japonais qui vous interpelle parce qu’il sait très bien que vous n’êtes pas là pour faire du tourisme, et qui vous dit qu’il a reçu le deuxième, le troisième ou le quatrième dan d’O Sensei. Un jour Saito sensei m’a amené manger chez un ami dont j’ignorais tout et qu’il m’a présenté comme son sempai en Aikido. Tous ces gens sont devenus menuisier, plombier, médecins, policiers...ils ont arrêté l’Aikido par la suite, et leurs noms n’apparaissent nulle part dans l’historiographie de notre discipline, mais ils étaient là. La seule différence entre Saito sensei et eux est que Saito a continué.

Vous avez tout à fait raison quand vous dites que beaucoup des élèves d’après -guerre ont davantage pratiqué avec Morihei Ueshiba que nombre d’élèves se réclamant d’Iwama n’ont pratiqué auprès de Morihiro Saito. Mon sentiment est que de toute façon, dans ces domaines, le temps qui décante toute chose finit par rendre son verdict. Personne ne peut faire semblant pendant trop longtemps.

Je ne crois pas enfin que Morihiro Saito ait jamais dit ou pensé avoir l’exclusivité de la transmission du savoir du Fondateur. Mais il a occupé une place particulière auprès d’O Sensei, ainsi que vous le rappelez, et cela ne peut pas être sans conséquence sur l’autorité des connaissances qu’il a transmises. Puisque vous rappelez également l’influence des élèves d’avant-guerre sur l’Aikikai d’après-guerre, je ne peux pas manquer de vous rappeler ce commentaire d’un des plus célèbres parmi eux :

« Tout bien réfléchi, la personne qui a le plus rendu service au Maître est Morihiro Saito Sensei. Je lui tire sincèrement mon chapeau. Il a servi O Sensei avant de se marier. Il l’a aidé dans ses travaux agricoles. Après son mariage sa femme s’est occupée de celle de Maître Ueshiba. En fait, tout le monde dans sa famille a été au service du Fondateur. Celui-ci lui a donné des cours très sincères et Saito Sensei les a reçus dans le même esprit. C’est pour cela qu’il reçut en héritage un peu de terrain et que la garde du dojo lui a été confiée. Il s’est entraîné comme personne. Il a participé à l’achèvement de l’Aikido défini par Ueshiba Sensei. »

Rinjiro Shirata « Les Maîtres de l’Aikido » p 190

Philippe Voarino

Bonjour Monsieur Voarino,
J’attendrai donc avec impatience votre retour pour poursuivre cet échange très intéressant.

Je vais en attendant essayer de formuler une réponse, pendant que j’ai les éléments en tête.
Tout d’abord, je reprécise que je suis d’accord avec vous sur le fait que les éléments techniques de l’aïkido de Kisshomaru Ueshiba ont évolué par rapport à celui de son père. Ce que je conteste, c’est votre hypothèse selon laquelle son aikido soit la base de la pratique de l’Aikikai dans la période 1950-60. Beaucoup d’ushi deshis de l’époque ont en effet une grande gratitude envers celui qui les nourrissait et les logeait au sein de l’Aikikai.
Mais , aux yeux des connaisseurs, il n’y avait pas d’ambiguïté : pour rapporter les dires d’André Nocquet, "le meilleur, c’était Tohei". J’ai cru comprendre que M. Saito vouait aussi une grande admiration à K. Tohei, dont le rôle a été diminué après sa déféction de l’Aikikai. S. Pranin l’a bien montré : c’est Tohei qui était le référent technique à l’Aikikai sur cette période. Et n’oublions pas non plus G.Shioda qui a été un des principaux acteurs de la dissémination de l’aïkido au Japon à cette époque.

Et n’oublions pas non plus Osawa, Shirata, élèves d’avant-guerre, qui enseignaient à l’Aikikai eux aussi. N’oublions pas non plus d’autres élèves directs du fondateur, qui n’ont jamais étudié à l’Aikikai : Tanaka, S. Abe, Sunadomari (l’un des trois aux moins), Hikitsuchi...

Pour résumer ma pensée : les doshus (hormis le fondateur) n’ont pas pour vocation d’être des référents techniques et ne l’ont jamais été à mes yeux. Leur rôle se porte plutôt sur les liens à créer dans l’aikido mondial. C’est pourquoi j’ai du mal à comprendre cette mise en opposition systématique vis-à-vis du second doshu (Kisshomaru). J’aurais trouvé plus intéressant de faire des comparaisons avec la pratique de G. Shioda, K. Tohei, M. Hikitsuchi, voire R. Shirata, etc...

P.S. : Murashige est arrivé en Belgique en 1960, et est mort en 1964 (ce qui si mes comptes sont bons fait plus d’un an de résidence).

Bonjour DG,

Le stage de Beyrouth a été un peu agité cette année avec les évènements, mais je suis bien rentré.

Il me semble que nous sommes d’accord. « Tohei et Kisshomaru Ueshiba sont les personnes les plus responsables du contenu technique et de l’évolution de l’Aikido au sein du système de l’Hombu Aikikai. » Cette phrase que j’ai extraite de l’article de Stanley Pranin dans un post précédent montre que je ne néglige nullement l’influence de Koichi Tohei sur les débuts de l’Aikido. J’ai même indiqué que Tohei avait le titre de Shihan Bucho (responsable en chef de la technique). C’est tout dire.
Cependant, Kisshomaru Ueshiba a eu sa part d’influence également, et elle fut plus déterminante. Mais pour comprendre cela il y a un facteur qu’il est bon de ne pas négliger : ce sont les affinités électives. En effet, que Tohei ait été le meilleur, comme vous l’écrivez, ne signifie nullement que ce soit lui qui ait laissé la trace la plus profonde. Je m’explique en prenant l’exemple d’Arikawa sensei qui a débuté l’Aikido en 1947. Quand Gérard Gras, le Président de la Ligue FFAB Ile de France l’invita à Paris quelques années avant sa mort, il y avait sur le tatami un respectable parterre de pratiquants enthousiasmés par son enseignement, qui s’imaginaient sans doute qu’Arikawa devait avoir une influence considérable à l’Aikikai eu égard à sa qualité technique et à sa notoriété justement méritée. Quand Gérard demanda un jour en privé à Arikawa si ses cours à l’Aikikai étaient très populaires, celui-ci eut un sourire et répondit tranquillement qu’il n’avait pas plus d’une dizaine d’élèves, et qu’il lui arrivait fréquemment de faire cours pour trois ou quatre seulement. Cela alors que dans le même temps de jeunes assistants fraîchement promus faisaient salle comble dans les mêmes locaux de Wakamatsu-cho. Etre le meilleur n’est pas nécessairement gage d’une grande audience. Je dirais même que la qualité a tendance à faire fuir les masses.

Alors je ne vais pas jusqu’à dire que Tohei n’avait pas d’élèves bien sûr, mais je dis que les élèves de l’Aikikai qui eurent par la suite un rôle clef dans la propagation de l’Aikido dans le monde n’étaient pas - pour des raisons d’affinités électives - les élèves de Tohei mais les élèves de Kisshomaru Ueshiba. Je pense évidemment à tous ceux qui nous ont transmis l’Aikido à partir des années 60 : Tamura, Kobayashi, Yamada, Kanai, Chiba, Sugano, Saotome, Kanetsuka... mais aussi, peut-être dans une moindre mesure il est vrai, à Arikawa, Tada, Yamaguchi, Nishio.
Je ne dis pas non plus que Tohei n’ait pas formé de professeurs qui ont ensuite propagé son enseignement. Mais ceux-ci, par rapport aux élèves de Kisshomaru, étaient la portion congrue.

Je vous rappelle en outre que c’est Kisshomaru Ueshiba qui a écrit en 1957 le tout premier manuel de présentation de l’Aikido qui avait simplement pour titre « Aikido », et que cet ouvrage eut une importance considérable dans le lancement et l’essor de l’Aikido au Japon à la fin des années 50.

Et quand je prends aujourd’hui en main un livre qui a pour titre « Aikido Officiel » et pour auteurs Kisshomaru et Moriteru Ueshiba, j’y lis que cet ouvrage est l’ouvrage de référence de l’Aikikai, et qu’il a pour ambition d’affirmer la « pratique juste » de l’Aikido et de servir d’ouvrage de référence aux millions d’Aikidokas de par le monde.

Enfin, et ceci est à mon sens l’argument le plus fort : quand je compare les bases techniques de tous ces élèves avec celles de leur professeur Kisshomaru, j’y vois une très grande proximité qui est le signe incontestable à mes yeux d’une filiation. Cette filiation est d’ailleurs si nette qu’on peut la retrouver très présente encore chez les élèves de ces élèves eux-mêmes.

Pour toutes ces raisons évoquées, je crois qu’il ne serait pas responsable dans la position qui est la mienne de sous estimer l’influence technique de Kisshomaru dans la transmission de ce qui est aujourd’hui reconnu d’une manière générale comme l’"Aikido" et qui, selon ce que je m’applique à démontrer, n’est pas l’Aikido d’O Sensei.

Vous écrivez en terminant votre post que les doshus n’ont pas pour vocation d’être des référents techniques. Je nuancerais votre affirmation en disant que cela dépend, mais je crois que vous mettez là le doigt sur un point fondamental. C’est tout le problème précisément : Kisshomaru Ueshiba, qui n’était pas à mon sens en mesure d’assumer - techniquement s’entend - la succession d’O Sensei, s’est présenté au monde entier, pendant toute sa vie, et après sa mort à travers son fils qu’il a formé à son image, comme un référent technique. Et l’Aikido Officiel est l’aboutissement magnifiquement démonstratif du parcours de cet homme et du souci permanent qu’il eut de s’affirmer comme la seule légitimité en matière de technique (lui et tout le courant issu de lui évidemment, que l’on regroupe généralement sous l’expression un peu vague de courant Aikikai). Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui-même :

« Il existe des groupes dissidents qui ont été établis par d’anciens élèves du Fondateur. Malgré la ressemblance évidente des techniques, si ces systèmes ont renié l’esprit du Fondateur, ce n’est pas de l’Aikido. »
Kisshomaru Ueshiba - « Aikido Officiel » p 21 de la traduction française - Budo Editions -

Autrement dit, il y a l’Aikido officiel, le seul authentique, le mien et celui de mes élèves de l’Aikikai, et il y a l’Aikido dissident (du mien) qui n’est pas de l’Aikido tout simplement.

Vous comprenez bien qu’avec un tel discours, qui - je ne me fais aucune illusion - est accepté par 80 % des pratiquants d’Aikido de la planète, il n’y a pas plus grande urgence aujourd’hui que de rétablir une vérité historique que j’ai déjà énoncée dans mes précédents posts : l’Aikido de Kisshomaru Ueshiba n’est pas - et ce depuis le début - l’Aikido d’O Sensei. Et si l’on veut appliquer la terminologie et la logique de Kisshomaru lui-même, c’est en réalité un Aikido dissident, ce n’est donc pas de l’Aikido.

L’extrême subtilité de cette dissidence est qu’elle est parvenue à se faire passer pour l’authenticité en prospérant et en se développant dans le sein des seins de la légitimité, au cœur même de la famille Ueshiba, et en jetant a contrario, sur tous ceux qui n’acceptaient pas ce renversement de valeurs et entendaient rester fidèles à l’enseignement d’O Sensei, l’anathème de la trahison et de la dissidence. Transformer le vice en vertu et la vertu en vice, il y avait assurément une dimension Shakespearienne dans le personnage de Kisshomaru. Et les Ueshiba sont décidément une famille surprenante. Le nom, voila quelle est la force de Kisshomaru. Je vous rappelle cette réflexion d’un professeur tchèque qui m’avait marquée, quand j’essayais d’ébranler quelques unes de ses certitudes sur le fils d’O Sensei : « Je ne peux pas imaginer que quelqu’un qui porte le nom de Ueshiba ne soit pas le meilleur Aikidoka du monde".

Vous regrettez que j’oppose Kisshomaru à son père, mais encore une fois, avais-je un autre moyen de mettre en évidence ce que je dénonce qu’en comparant l’Aikido de Kisshomaru à l’Aikido de son père ? Et je copie-colle ce que j’ai déjà écrit plus haut : comment mettre en œuvre une comparaison entre les bases techniques de Kisshomaru Ueshiba et celles de son père sans montrer ce dont je parle, sans y faire référence, sans définir au préalable ces bases, chez l’un comme chez l’autre d’ailleurs ? Tant il est vrai, comme aurait pu dire Coluche, qu’il est difficile de faire la différence entre O Sensei. Présenter effectivement, dans la réalité crue du détail, les points techniques en question est la seule manière de ne pas tomber sous le coup du reproche classique de tenir des discours gratuits et partisans, sectaires dit-on aujourd’hui. Aucun sectarisme n’utilise l’argument de la méthode expérimentale, aucun sectarisme ne fait appel à l’esprit critique de son interlocuteur. Et vous conviendrez qu’on ne peut pas à la fois reprocher aux élèves d’Iwama d’être sectaires, et en même temps leur reprocher d’expliquer, de justifier, de donner des exemples quand ils le font.

Ceci dit, votre idée d’opérer des comparaisons entre différents maîtres est intéressante et je la retiens. Mais elle relève d’une autre démarche, elle ne correspond pas à ma préoccupation du moment, à cette urgence que j’ai décrite et qui passe par l’analyse scrupuleuse et détaillée de l’Aikido de Kisshomaru Ueshiba mesuré à l’aune de celui de son père.

Philippe Voarino

Bon, cette croisade pour expliquer les différences entre Kisshomaru et son père est la votre et je la respecte comme telle.

Vous parlez de dissidence, ma conviction personnelle est qu’aucun des élèves de Morihei Ueshiba n’a (n’avait) une pratique identique. Le mieux placé peut-être pour nous conter son parcours aurait été son neveu Noriaki Inoue qui a suivi le même parcours, mais il n’est plus de ce monde. Partant de là, nous ne pouvons plus maintenant que connaître les faits de manière indirecte, par des témoignages qui petit à petit se déforment et se chargent d’interprétations.
Mes recherches historiques sont peu compatibles avec ces considérations d’écoles et je ne chercherais pas à vous convertir.

Ceci dit, j’ai mis à profit ces derniers jours pour retrouver ce qui me turlupinait à propos de cette histoire de bras plié sur ikkyo. En fait, j’ai trouvé le parfait exemple pour essayer de vous expliquer ce que j’avais en tête : cette vidéo de 1964 de Morihiro Saito, où l’on voit que tori ne redresse le bras d’uke qu’à la fin du déséquilibre. C’est cette forme là qui m’est familière. Peut-être arriverons-nous à trouver un terrain d’entente sur ce sujet...

Bonsoir DG,

Je ne mène pas de croisade, j’essaie seulement d’apporter un peu de clarté dans une discipline où règne beaucoup de confusion. Je ne veux convaincre ni à la force du sabre ni à celle du goupillon. Je ne veux à vrai dire plus convaincre depuis longtemps. Cet élan, cet enthousiasme un peu naïf qui est si touchant chez la jeunesse, je ne l’ai plus. Mais livrer les éléments que je possède pour aider et faire que d’autres bâtissent leur jugement librement et en connaissance de cause, ça oui je veux le faire.

Nous avons en effet trouvé un terrain d’entente. La forme pratiquée par Morihiro Saito sur cette vidéo correspond à ce que j’ai appris de lui à Iwama, et à ce que lui avait appris d’O Sensei au même endroit. Si cette forme est celle qui vous est familière également, alors nous pratiquons ikkyo de la même manière. Voilà une bonne mise au point de réalisée. Est-ce que demain nous abordons nikyo ?

Philippe Voarino

J’ai lu l’article concernant ikkyo et « l’erreur d’angle » sur l’immobilisation au sol.

DG… Ne voyez pas la critique de Philippe Voarino comme une attaque directe envers Kisshomaru Ueshiba Senseï. Il a simplement exposé la photo de Kisshomaru Ueshiba dans son article afin de montrer l’erreur technique présente de manière générale dans le courant Aikikai, erreur que les élèves des élèves de l’ancien Doshu font encore dans la grande majorité des dojos en France (FFAAA et FFAB notamment).

De plus, je crois que Philippe Voarino est le mieux placé sur ce site pour démontrer ce genre d’argument, car ayant pratiqué dans le courant Aikikai et Iwama (bien que je déteste faire la distinction), il est plus à même que d’autres pratiquants à déceler des erreurs qui pour la plupart nous semblent acquises comme une vérité.

La démarche de Philippe Voarino n’est qu’une critique constructive afin de nous donner matière à réfléchir, c’est-ce que je pense. Ce n’est pas un acharnement ou une croisade…il présente son enseignement et les techniques qu’il a apprises. Ce n’est pas une guerre de styles (puisque la notion même de style est à bannir. Il faut regarder la tasse dans son ensemble et ne pas se contenter d’une seule perspective, d’une seule facette). La démarche de Philippe Voarino n’est qu’une transmission.

Alors certes on peut prendre cela comme des critiques virulentes, une croisade, une guerre de tranchée Aikikai contre Iwama. C’est stupide. Aikikai et Iwama ce ne sont que des noms. Saito senseï ne déclarait pas son école comme un style. Il transmettait son enseignement c’est tout. Il disait « je pratique aikido tel que O’Senseï me l’a transmis. »
Ce sont les élèves de Saito Senseï et de O’Senseï qui ont crée des styles en collant une étiquette à leurs pratiques, mettant en avant une facette de l’art afin de cacher d’éventuelles lacunes.

Je pratique à la FFAB, et pendant longtemps je faisais l’immobilisation ikkyo à plus de 90°. La majorité de mes camarades au dojo continuent de faire cela, et moi par respect pour mon enseignant je ne les corrige pas, mais je fais toujours mes ikkyo à 90°.
En tombant sur le site de TAI, je me suis intéressé à la pratique de Monsieur Voarino et à celle de Saito Senseï. Depuis je fais mon immobilisation à 90° car en subissant moi-même cette technique j’ai remarqué des failles lorsque le bras est à plus de 90° notamment un écart, une interstice entre l’épaule et le tapis. Un espace qui me donne l’occasion de bouger mon épaule.

Et j’ai fais pareil pour l’immobilisation nikyo et kote gaeshi, j‘ai pris la présentation très claire présentée par Philippe Voarino et je l‘ai on va dire acquise. Et je continue à faire la même chose pour un tas d’autres techniques.

Mon aikido s’est beaucoup amélioré. Et lorsque j’ai passé mon Shodan UFA dernièrement, j’ai fais mon immobilisation ikkyo à 90°, le jury n’a pas dit que c’était une erreur, au contraire, ils ont apprécié mon travail et ont dit que j’avais beaucoup progressé depuis ma 1ère tentative à l’examen. Après ils m’ont demandé de travailler mon Ma Ai, afin de continuer à avoir un meilleur placement…mais ce point technique c’est mon gros défaut, mais cela je le sais car c’est du à mon handicap visuel.

Bref…

Tout ça pour dire que ce que présente Philippe Voarino, même si on n’adhère pas, au moins faudrait-il tester afin de se faire une réelle idée. C’est-ce que j’ai fais, et mon aikido, je pense, en a été bonifié.

Après on peut voir Kisshomaru Ueshiba senseï comme une référence, peut être pas technique, mais sans lui l’aikido ne se serait pas autant développé. Après libre à chacun de suivre son intuition. Je trouve personnellement que la pratique présentée par Philippe Voarino mérite qu’on s’y intéresse. En regardant dans le livre Budo les ikkyo de O’Senseï sont tous à 90° à part peut être une photo page 105 où j’ai un doute, mais faut dire que la perspective et la position du photographe ne sont pas bonnes pour vraiment analyser la technique.

Aujourd’hui dans le monde de l’aikido dès que l’on veut chercher une réponse, que l’on s’interroge seulement, on passe pour un hérétique aux yeux de l’Aikikai.

Chercher la critique en disant : « nan mais Aikikai c’est Ueshiba donc c’est du O’Senseï…Iwama c’est du Saito-Ryu etc… ». C’est stupide, cela ne mène qu’au conflit…un conflit de pouvoir, d’endoctrinement et d’intérêt personnel. La guerre Iwama - Aikikai est aussi stupide que la guerre FFAAA-FFAB.

Où est l’aikido aujourd’hui ? Il est où le Principe qui doit rendre à l’Homme les valeurs de base de la vie comme la compassion, l’entraide, la sincérité, la générosité ?

Cordialement,

Ono-San

bonsoir a tous, et si tout le monde avait raison.

Et si la rotation était la solution!!

En ura katame, essayez donc de descendre uke sur ikkyo en rotation en posant un genou au sol (celui contre uke) cela a 90°, comme le faisait SAITO MAIS au lieu de reculer la jambe pour poser le bras d'uke au sol a 90° GARDER LE PIED en place et faites pivoter votre bassin vers la tete de uke en posant le genou a 120°(environ)dans le même temps du pivot faites glisser le bras d'uke sur votre jambe pour immobiliser son bras en extension maximum a 135°.

Je vous garantie que si uke n'est pas souple vous risquez de lui déboiter l'épaule et c'est justement pour cela peu être que la méthode SAITO est noble, elle préserve uke.
en fait le corps de uke est en extension grâce a vos genoux, 1 dans les cotes l'autre au niveau du poignet . Allez à 135° directement n'est pas la solution. IL FAUT PASSEZ par 90°. personnellement je préserve les moins souple en ne descendant par le bras au sol apres ma rotation a 120°.car le bras glisse du creux de ma hanche(120°) vers mon genoux et le SOL soit 135°.

ps ; nous ne sommes pas a quelques degré prés.

cdlt gilles

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/erreur-2-angle-du-bras-sur-limmobilisation-dikkyo
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