Erreur #11 - Sokumen irimi nage, regarder où l’on projette

Morote dori (katate ryote dori) kokyu nage (technique aujourd’hui appelée sokumen irimi nage) : défaut qui consiste à se tourner vers uke et à regarder où on le projette.

Quand il exécutait sokumen irimi nage, O Sensei regardait dans la direction opposée à celle où il projetait uke.

Vous ne devez pas regarder uke et ne devez pas tournez pas votre hanmi vers lui.
Vous devez au contraire rester vigilant dans les autres directions de l’espace.


La projection sokumen irimi nage doit être exécutée, comme tout mouvement d’Aikido, dans l’idée que le danger se situe simultanément dans les 4 directions de l’espace.

Quand tori tourne son hanmi vers uke et le regarde, comme dans l’exemple ci-dessus, il y a un risque majeur : il perd le contrôle des trois autres directions de l’espace et tourne le dos au danger.

Il y a en outre deux autres risques plus techniques :

  1. uke peut déséquilibrer tori et l’entraîner dans sa chute,
  2. uke peut frapper tori d’un coup de pied.

Commentaires

Bonjour M. Voarino.

Autant sur les autres erreurs techniques j’arrivais à comprendre où vous vouliez en venir même si je ne partageais pas toujours vos arguments, autant cette fois-ci je suis dubitatif.

Quelle que soit la direction dans laquelle on regarde, il y aura toujours des côtés que l’on ne surveille pas, donc pour moi cet argument ne tient pas. Pour les deux autres arguments, je ne vois pas non plus :

  •  pourquoi tori serait-il plus facile à déséquilibrer quand il est tourné vers uke ? Si il a une garde stable, il n’y a aucune raison
  •  si uke peut placer un coup de pied, quel rapport avec la garde de tori ? Dans ce cas, le coup de pied peut être donné à un tori de face ou de profil...
    Avez-vous plus d’éléments pour expliquer vos arguments aux profanes ?
  • Bonjour Philippe,
    D’accord,mais en me faisant l’avocat du diable,que répondre à l’éventuelle question : quand on fait ikkyo ou bien d’autres techniques,il est pour le moins difficile d’être vigilant sur 360°
    Encore merci pour tout ces sujets de travail et de réflexion
    Bernard

    Bonjour DG.

    Votre remarque : « Quelle que soit la direction dans laquelle on regarde, il y aura toujours des côtés que l’on ne surveille pas. » Oui, bien sûr. Et la réponse de l’Aikido à ce problème s’appelle irimi. Irimi n’est pas seulement la manière d’entrer dans la garde de l’adversaire, c’est aussi, et en même temps, la manière de sortir d’une position dangereuse par rapport aux autres directions de l’espace. En même temps, ce point est essentiel. Au milieu d’une attaque multiple, il y a toujours un endroit sûr, au plus près de l’attaquant. Irimi est le moyen de rejoindre cet endroit qui annule pour un instant l’attaque de vos adversaires. Cet endroit n’est pas sûr éternellement, c’est évident. La seconde qui suit votre déplacement il devient l’endroit le plus dangereux du monde pour vous. C’est pourquoi il faut le quitter à nouveau. L’Aikido est une mobilité permanente articulée autour du principe irimi-tenkan.

    Je vous demande donc de prendre toute la mesure de cette information qui devrait interpeller chacun de nous davantage que ce n’est généralement le cas. Il s’agit du texte concernant les dispositions d’esprit indispensables à la pratique de l’Aikido, écrit et affiché au Hombu dojo de 1931 par O Sensei lui-même. Le Fondateur attachait à ces directives une grande importance. Et la toute première des six recommandations qui composent ce texte est la suivante :

    I – L’Aikido est une voie par laquelle au moyen du Un on peut atteindre les dix mille êtres.
    Même avec un seul adversaire, il ne faut pas uniquement se préoccuper de ce qui est devant ; il est nécessaire de pratiquer en étant attentif aux quatre, aux huit directions.

    Pour les deux autres risques plus « techniques » du déséquilibre et du coup de pied, ils sont une conséquence d’un changement de hanmi à 180° qui, pour la raison stratégique que je viens d’évoquer précédemment, doit absolument être évité.

    Le déséquilibre d’abord. Remarquez que les nage de l’Aikido se font pour la plupart dans la projection du ventre de tori, autrement dit uke chute devant tori. C’est le cas d’irimi nage, shiho nage, tenchi nage, kote gaeshi… Morote dori et quelques autres kokyu nage font exception à cette règle générale et uke est alors projeté derrière tori, c’est-à-dire non pas en projection de son ventre mais en projection de son dos. Quand tori projette devant son ventre, son pied arrière pivote naturellement tenkan vers l’arrière, autour de son pied avant, permettant ainsi d’aligner le hanmi dans l’axe de la projection. Cette possibilité d’ajustement a la particularité de fournir un appui en hanmi dans l’axe de la projection, c’est-à-dire dans celui où uke peut éventuellement s’« accrocher » et déséquilibrer tori. Quand tori projette au contraire vers son dos, la rotation de l’axe du corps s’effectue à contre sens et s’il commet l’erreur de pivoter de 180°, le pied arrière est alors naturellement entraîné vers l’avant par la rotation du corps. La conséquence est que tori perd sa position hanmi par ce déplacement vers l’avant du pied arrière. Il est à cause de cela privé d’appuis dans l’axe de la chute d’uke qui, s’il s’accroche (spécialement en morote dori) risque de le déséquilibrer.

    Le risque de coup de pied, quant à lui, n’existe que dans la mesure où uke est déséquilibré comme il vient d’être décrit ci-dessus, à la suite d’un pivot à 180°.

    Philippe Voarino

    Bonjour Bernard.

    Il n’existe pas une seule technique d’Aikido qui ne permette pas simultanément de gérer l’attaque d’un adversaire tout en se préservant dans les autres directions de l’espace. C’est le génie de l’Aikido. Dans cet esprit, les techniques d’immobilisation ne valent pas moins que les techniques de projection. On peut même aller jusqu’à dire qu’une technique quelconque, aussi efficace soit-elle par rapport à une direction d’attaque donnée, n’est pas une technique d’Aikido dès lors qu’elle ne permet pas, dans le même temps, de se prémunir dans les autres directions de l’espace. Cette qualité de l’Aikido doit même être regardée comme un repère, comme un fil d’Ariane qui permet à l’étudiant de se repérer dans le dédale des techniques.

    Beaucoup de gens répètent les paroles d’O Sensei :

    « Devant la multitude d’ennemis
    qui m’encerclent et m’attaquent,
    je me lance et bataille
    en pensant à eux comme s’ils n’étaient qu’un. »

    Mais ils mesurent rarement les implications d’une telle idée. Un shomen uchi ikkyo réalisé sans sortir de la ligne peut éventuellement déstabiliser l’attaquant que l’on a en face de soi, mais c’est la mort assurée par rapport au sabre qui nous coupe en même temps dans le dos.

    Philippe Voarino

    Enfin une vision claire d’irimi... ! Un jour, fasciné, j’ai vu un vieux maitre de capoeira expliquer qu’il fallait entrer tout droit parfois...
    (la ronda musicale n’étant une des techniques d’entrainement - géniales au vrai sens du mot - mais pas la seule)

    et j’ai vu un magnifique irimi...

    C’est encore moi. Pardon de jouer les trouble-fête. Je ne sais si ce message passera, mais je pense qu’il est erroné de faire croire en la vérité d’un mouvement quel qu’il soit par la logique qu’on y induirait, ou par les moyens d’une raison démonstrative (« Vous voyez : telle cause = tel conséquence possible, donc… Et donc… ») ou par l’unicité de sa "façon" (cela ne peut se faire que comme cela !).
    Par expérience, les mouvements d’aïki n’entrent pas dans ce type de logique et ne sont même parfois pas logiques ou raisonnables du tout à la base (ou pour être plus précis, il ne s’agit pas vraiment de la même logique employée communément. Il y a donc un mécanisme anatomique dans la notion d’aïki mais qui n’est pas généralement visible ou apparent au premier abord, d’où les erreurs profondes lors d’un « recopiage » et l’état de l’aïkido actuel qui me fait penser à des photocopies de photocopies de photocopies de...photocopies) ; ils sont de plus rarement "uniques" dans leurs moyens justement (l’aïkido est circonstanciel et contextuel effectivement (grand ou petit, un mouvement ne se fait pas exactement de la même façon par exemple suivant la taille des partenaires).

    Dans ce mouvement de sokumen par exemple vous avez raison. Mais le big problème, c’est que Kishomaru sur sa photo a raison lui aussi, puisqu’il existait autrefois en aïki-jutsu ces deux types de mouvements (et d’autres versions encore) : 1) vers la saignée du coude opposé de uke (en le regardant) et 2) vers l’arrière de soi (sans le regarder).

    Critiquer à l’aide de photos est ainsi un piège redoutable, comme est redoutable pour soi la croyance d’avoir raison par ignorance. Cela correspondrait à faire de la philosophie avec des proverbes régionaux comme base de son analyse, ou avec le journal du dimanche (pourquoi pas remarquez si l’on est vraiment philosophe). On bascule vite dans le défaut, dans le parti pris.
    Et ici le parti pris contre Kishomaru est flagrant de délit. Celui-ci a eu bien des défauts c’est sans doute vrai, et s’il a filtré l’aïkido de son père de façon très auto-technocratico-totalitaire et avec une trop grande vulgarisation, une chose qu’on peut difficilement lui reprocher, c’est de n’avoir pas connu les ficelles du métier ni ce genre de détail technique justement sur le tapis (quoiqu’en disent ceux qui ne l’ont pas connu assez). Le traiter, le penser incapable à ce point ne mérite assurément pas de considération. Car on traite en général les autres de ce qu’on croit être soi-même. Ce ne serait donc pas à votre honneur je pense de continuer sur cette ligne malveillante… Mais baste de feu le Kishomaru.

    Je reconnais que si l’on veut parler technique (et sans attaques aussi personnelles), ce n’est pas simple avec des mots. Mais alors il faut monter le niveau d’analyse je pense, faire exploser le niveau technique également, et, au lieu d’être critique ou "commun" ("logique communément admise", je veux dire ici : de la « cause à effet superficielle »), essayer de trouver ce qui fait qu’une technique "marche", fondamentalement (si, si, il y a des vraies raisons, même si souvent ça paraît "faux" au départ, ou même : "Non, comment est-ce possible !"), comment et pourquoi (bon courage malgré tout avec des mots et des photos !).

    Mais c’est à mon sens beaucoup plus constructif.

    Bien à vous.

    Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


    L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

    Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


    La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

    Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


    Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

    Aikido art martial ou art de paix ?


    La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

    http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/erreur-11-sokumen-irimi-nage-regarder-ou-lon-projette
    Copyright TAI (Takemusu Aikido Intercontinental)