Le temps n°10 de Jusan no jo

A mon premier retour d’Iwama en 1986, j’utilisai pour la première fois en France dans un article le concept de buki waza pour désigner l’ensemble des techniques d’Aikido avec armes. C’est par ce terme que les désignait Morihiro Saito. Mon but était de faire réfléchir sur le fait que nous ignorions tout de ce concept à l’époque, et de questionner l’habitude que nous avions prise de regrouper dans la catégorie des "Armes de l’Aikido" certaines techniques originaires de budo japonais variés et sans lien avec l’Aikido.

Cet article eut une odeur de soufre au nez de quelques plénipotentiaires – y compris japonais – et me valut plusieurs lettres peu courtoises de la part de responsables de la fédération dont j’étais membre à cette époque. Je remercie ces hommes dont j’avais bousculé bien naïvement l’orthodoxie, grâce à eux j’entrai à ce moment de ma vie dans une dissidence qui ne m’a plus quitté, et qui m’a épargné les compromissions auxquelles on finit par consentir quand l’esprit s’habitue à ses entraves.

Une dizaine d’années plus tard, parce qu’on ne peut garder éternellement une vérité sous le boisseau, et parce que ce qui doit arriver finit par arriver un jour, les deux fédérations françaises d’Aikido habilitées par le Ministère des Sports avaient intégré la rubrique et le terme "Buki waza" dans leurs catalogues officiels d’examens !

Trente ans plus tard, à l’heure où j’écris, les kumitachi et les kumijo de l’Aikido sont enseignés partout dans le monde, et il n’est je crois aucun pratiquant d’Aikido qui n’ait au moins entendu parler de ki musubi no tachi, de sanju ichi no jo, ou de jusan no jo.

Je suis heureux que cette évolution ait pu s’accomplir, heureux d’avoir contribué, avec d’autres élèves de maître Saito, à faire bouger les lignes de la connaissance dans ce domaine. Et si l’ostracisme fut à peu près le seul remerciement que j’en reçus, ce n’est pas grave, on n’agit pas pour être remercié.

Je continue d’avancer sans guère me retourner, et j’essaie désormais, depuis quelques années, d’expliquer qu’une autre étape est devant nous, une étape plus considérable que l’étape précédente, et que tout ce qui a été compris jusqu’ici n’avait d’autre raison que de préparer le terrain à ce qui est à venir, et qui est d’une autre nature. C’est pour cette raison aussi que la chape de plomb qu’il faut soulever cette fois est plus lourde encore qu’elle ne fût hier.

Je sais que beaucoup de pratiquants d’Aikido qui connaissent désormais parfaitement jusan no jo, ne reconnaîtront pas dans la vidéo ci-dessus le temps 10 de leur exercice. Pourtant c’est bien lui ici, mais pour le voir il faut que l’esprit change. Je leur demande juste de réfléchir à toute la différence qui peut séparer un exercice artificiel, linéaire, conçu pour l’étude, d’un mouvement martial réel spiralé dont l’exercice linéaire n’est que le simulacre pédagogique.
Je leur demande aussi de ne pas perdre de vue que le jo qu’ils utilisent est en réalité une lance bien plus longue, et munie à ses deux extrémités de lames acérées et à double tranchant, et que par conséquent le "jo" ne frappe pas, il pique et il coupe.

La vidéo indique avec suffisamment de clarté les deux manières possibles d’entrer en spirale dans le quartier du cercle considéré ici, et matérialisé par l’espace qui sépare les deux attaquants. C’est parce qu’il n’y a que deux possibilités de rotation (dextrogyre et sinistrogyre) qu’il n’y a que deux modes possibles d’action dans chacune des quatre directions. Et c’est pour cette raison qu’il y a huit pouvoirs (hachi riki), selon la phrase qu’utilisait O Sensei pour résumer son Aikido : "ichi rei, shi kon, san gen, hachi riki".

La rotation irimi-tenkan, sinistrogyre ou dextrogyre selon les circonstances (le temps n°10 de jusan no jo est dextrogyre), est matérialisée à chaque fois par les deux pas caractéristiques qui sont illustrés ici. C’est cela que j’appelle la spirale d’O Sensei, spirale géométrique dessinée par le corps selon les lois d’invariance d’une spirale de Bernouilli. Cette spirale renaît toujours identique à elle-même, dans toutes les situations d’Aikido, quelle que soit la direction choisie… eadem mutata resurgo. L’action conforme dépend d’un principe, en Aikido comme dans tout domaine, et le principe demeure nécessairement identique à lui-même, s’il en était autrement il ne s’agirait pas du principe.

Philippe Voarino, mars 2018.

Reprise: 

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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